L’Europe et le vin : une longue histoire et ses enjeux contemporains

Par Virginie Lamotte | 5 novembre 2008

Pour citer cet article : Virginie Lamotte, “L’Europe et le vin : une longue histoire et ses enjeux contemporains”, Nouvelle Europe [en ligne], Mercredi 5 novembre 2008, http://www.nouvelle-europe.eu/node/537, consulté le 17 septembre 2019

Le vin est un des symboles de la civilisation européenne en général, et des cultures européennes en particulier. Autant dire que le vin est quasiment une boisson nationale dans de nombreux pays européens : la France, l’Espagne, l’Italie, la Roumanie, etc.

 

L’Europe et le vin : une histoire commune

Le vin a une très longue histoire. Son apparition (bien évidemment sous des formes très différentes de celles d’aujourd’hui) remonte à l’ancien Egypte il y a 5000 ans. La Bible fait également référence au vin dans la Genèse : « Noé commença de travailler la Terre et planta la vigne,… et il en buva du vin ».

L’histoire du vin en Europe commence dans l’Antiquité il y a environ 4000 ans. Chez les Grecs, le vin était un élément indispensable de leur agriculture et faisait partie de la « trilogie méditerranéenne » (céréales, vigne, olivier). La vigne et la production du vin sont illustrées sur de nombreux articles de vaisselle grecque retrouvés par les archéologues. Entre 1500 et 500 avant JC, grâce aux Grecs et aux Phéniciens, la vigne s’est répandue un peu partout dans le bassin de la Méditerranée, où elle s’est bien adaptée grâce au climat favorable. C’est aussi à cette époque (vers 600 avant JC) que la vigne fait son apparition sur le sol gaulois via le port de Massilia (Marseille).

Le vin jouait aussi un très grand rôle dans la vie des Romains, pour qui c’était pratiquement le seul alcool connu. Le commerce du vin prend une très grande ampleur dans l’Empire et on implante désormais la vigne un peu partout en Europe romaine. Le vin occupe une place tellement importante dans la société grecque, puis romaine, que deux Dieux sont « en charge » de cette culture : Dionysos en Grèce et Bacchus chez les Romains. A cette époque, le vin se boit le plus souvent mélangé d’eau et aromatisé avec des épices, des herbes, etc.

La chute de l’Empire romain dans l’Europe de l’Ouest n’allait pas freiner le développement de la culture du vin, bien au contraire. Cette boisson continue son ascension, notamment grâce à l’Eglise. Pour les Chrétiens, le vin c’est aussi le sang du Christ, qui doit être bu lors des cérémonies religieuses. La plus grande partie des vignobles sont donc tenus par l’Église, et c’est aussi à cette époque qu’apparaît le vin de grande qualité, tel que nous le connaissons aujourd’hui.

Pendant la grande époque des colonisations, les Européens vont exporter la vigne partout dans le monde. Le christianisme y joue un rôle très important, car, pour les colons européens chrétiens, il était essentiel de préserver leur tradition et leur religion, mais aussi de les exporter ailleurs. Ce sont donc les religieux qui développent le vignoble dans les Amériques, en Afrique du Sud, etc.

Alors qu’Europe occidentale la production du vin fleurit, l’Europe orientale subit un affaiblissement de la viticulture. Cela est notamment lié aux conquêtes ottomanes du XVIe siècle dans les Balkans, la principale région vinicole d’Europe de l’Est. La Sublime Porte interdit la vinification. C’était le cas de la Moldavie, où il faut attendre le XIXe siècle, et plus précisément 1812, pour que le vignoble puisse être restauré, lorsque celle-ci est rattachée à la Russie. La noblesse russe, grande amatrice de vins français, et notamment des Bordelais, investit beaucoup dans les vignobles locaux pour avoir du vin chez eux. Quand, suite à des guerres russo-turques, les Balkans sont libérés du joug ottoman, l’industrie du vin connaît un véritable essor. Les viticulteurs français ont grandement contribué à cet essor en apportant leur savoir-faire, leur connaissance et leur vigne. C’est à partir de cette époque que le Pinot Noir, le Cabernet Sauvignon, le Merlot, le Chardonnay ou encore le Sauvignon Blanc, des Grands crus français par excellence, sont produits en Roumanie, en Moldavie, etc. Mais les vignobles locaux, tels que le Feteasca, Purcari deviennent eux aussi mondialement reconnus.

Il faut dire que si le vin en Europe a connu un tel développement, c’est aussi grâce à des conditions géographiques particulièrement favorables. Grâce à la tradition de vinification, au savoir-faire des vignerons européens, l’Europe est devenue un continent de vins de très grande qualité, mais aussi de très grande diversité…

La diversité des vins européens

Le goût du vin dépend surtout du raisin à partir duquel il est produit, déterminé à son tour par l’environnement dans lequel il se trouve. Avec le développement de l’œnologie, les goûts ont pris encore plus de nuances, la robe des vins est devenue encore plus fine et leur qualité s’est agrandie. On peut trouver des vins mondialement connus partout en Europe. Les plus grands producteurs sont la France, l’Italie et l’Espagne, qui à elles trois produisaient en 2005 un peu moins de 70 % de l’UE à 25.

La France est mondialement connue pour son vin. Les vins de Bordeaux, des Côtes-du-Rhône, d’Alsace, de Bourgogne ou encore du Languedoc ont rendu célèbres les viticulteurs de l’hexagone dans le monde entier. Le vin français était et reste toujours un signe d’excellence et de perfection. Tout au long des XIXe et XXe siècles, le vin français est partout où la noblesse et la grande bourgeoisie organisent de grandes fêtes. Pouchkine, grand amateur de ces vins, les mentionne à plusieurs reprises dans ses poèmes comme à un symbole de la richesse.

L’Italie est surtout connue pour ses vins de Toscane, notamment les Chianti et Sangioveto, mais aussi le prestigieux Brunello di Montalcino qui vient de la région de Sienne. C’est un rouge d’une puissance et d’une longévité légendaires. On peut aussi distinguer la région de Venise avec les Soave, un blanc sec très populaire en Italie, le Valpolicella et l’Amarone, un vin avec un bouquet riche et épicé.

L’Espagne, quant à elle, produit des vins reconnus pour leur goût exceptionnel tels que Rioja et Ribera del Ruedo en rouge, Rías Baixas et Rueda en blanc.

Les vins allemands sont, à tort, moins connus dans le monde. Pourtant, les blancs allemands sont très bons et peuvent satisfaire même un grand connaisseur. L’ingrédient de base de tous ces vins c’est l’incomparable riesling. Parmi les vins allemands les plus connus, on compte le vin de Piesport, petit village situé au bord de la Moselle. Sinon, quatre régions vinicoles allemandes se distinguent parmi les autres : Moselle, Sarre, Ruwer et Rheingau. Des excellents vins blancs sont également produits en Autriche. Il s’agit ici des Grüner Veltiner ou Riesling pour les blancs secs, mais aussi de l’Ausbruch pour les vins moelleux, qui sont mondialement reconnus pour leurs goût et leur richesse exceptionnels.

Plus à l’Est, en Hongrie et en Slovaquie est produit le Tokaj, que Louis XIV appelait « vin des rois et roi des vins ». Le Tokaj est devenu un mythe, étant considéré souvent comme le meilleur vin blanc du monde. Produit dans une petite région à la frontière hungaro-slovaque, le vin s’exporte dans le monde entier. Le secret du Tokaj, c’est la façon dont il est produit. En effet, si le raisin est vendangé à sa maturation, on obtient un blanc sec de base. Si le raisin est vendangé quand il atteint la pourriture noble (et devient donc plus sucré), il est alors cueilli à la main et c’est à partir de ce raisin que l’on obtient l’Aszú, une pâte issue de la transformation des grains atteints par la pourriture noble. Cette pâte est ensuite mélangée avec le vin de base, et c’est ainsi que on obtient le vin liquoreux connu sous le nom de Tokaj. Les Tokaj se distinguent selon le nombre d’unité d’Aszú que l’on mélange avec le vin de base (1 unité = 1 puttonyos). Plus le vin contient de ces puttonyos, plus il est sucré. Il y a une classification des Tokajs : 3 puttonyos, 4 puttonyos, 5 puttonyos, 6 puttonyos et plus de 6 puttonyos.

Il faut reconnaître qu’ici ne sont mentionnées que quelques marques de vin. Dans chaque pays cité ci-dessous, on peut trouver des vins moins connus mais tout aussi bons, élégants, avec leur caractère régional et leur charme unique.

La diversité des vins européens et l’existence du marché unique nécessitent une véritable gestion au niveau européen. En effet, depuis 1962, la politique vinicole est en très grande partie gérée par les institutions européennes.

La politique vinicole de l’Union européenne

La Commission européenne se saisit de la politique vinicole en 1962 dans le cadre de la Politique agricole commune.

Il faut dire que cette politique est issue d’un compromis difficile entre les Etats membres de la CEE. Le problème était que les pratiques vinicoles variaient énormément d’un Etat à l’autre. Par exemple, si en France les plantations étaient réglementées, en Italie ce n’était pas le cas. Un autre exemple est lié à la façon de produire le vin : si en Allemagne ou au Luxembourg on rajoutait, en raison des conditions climatiques, du sucre pour produire du vin, ce n’était pas le cas en France ou en Italie. C’est pour ces raisons que politique vinicole est d’abord très libérale pour obtenir l’accord de tous les pays. Les viticulteurs étaient incités à produire beaucoup pour faire face à des fluctuations annuelles de productions. Il n’y avait presque pas de réglementation ou de restrictions de plantation de nouvelles vignes.

Cependant cette politique libérale demeure intenable financièrement, car la Commission se confronte à des problèmes d’écoulement des vins non vendus sur le marché. En 1978, les plantations sont interdites et la distillation du vin non vendu en alcool de bouche devient obligatoire. Cet alcool est racheté ensuite par la Commission à des prix minimum fixés. Vers la fin des années 1980, la politique vinicole européenne encourage financièrement l’arrachage et l’abandon des vignobles afin d’éviter les excès de production. En tout, entre 1989 et 1999 environ 500.000 ha de vignobles ont été arrachés.

Une nouvelle étape de négociations au sein de GATT (General Agreement on Tariffs ans Trade) commencée en 1995 et plus connue sous le nom d’Uruguay Round ouvre le marché des vins de l’UE à la concurrence étrangère. Les surplus de la production deviennent donc plus difficiles à gérer et une nouvelle réforme du secteur s’impose.

En 1999, sur proposition de la Commission, le Conseil adopte un texte qui prévoit notamment d’inciter l’abandon des vignobles non rentables et la reconversion vers des marchés plus rémunérateurs. Cependant, cette réforme n’aboutit pas à réduire significativement les excès de productions. En outre, de nouveaux enjeux ont apparu : concurrence étrangère plus rude, impératif du développement durable, etc. Aussi, l’Union européenne continuait de dépenser plus de 500 millions d’euros par an pour le vin non écoulé sur le marché. La réforme de 2008, proposée par la Commission, vise notamment à répondre à tous les enjeux du marché de vins.

Il faut dire que même si les ventes totales des vins diminuent, la demande des vins de qualité augmente. La logique de cette réforme est donc de privilégier les productions d’une grande qualité qui trouveraient des débouchés sur le marché mondial. En outre, la réforme prévoit davantage d’aides à la reconversion des vignobles peu rentables. Les fonds structurels vont être orientés vers le développement rural des régions vinicoles. Par exemple, cet argent pourrait être utilisé pour « l’installation des jeunes agriculteurs, l’amélioration de la commercialisation, la formation professionnelle, l’aide aux organisations de producteurs, les aides destinées à couvrir les coûts supplémentaires et les pertes de revenus liés à l’entretien des paysages à valeur culturelle, et la retraite anticipée », comme le prévoit la réforme.

La réforme prévoit également de donner aux États la possibilité d’intervenir et d’aider leurs industries vinicoles. Les états s’occuperont par exemple de la promotion du vin dans les pays tiers, les investissements pour l’innovation dans le secteur vinicole, la restructuration et la reconversion des vignobles en crise, etc. On prévoit aussi l’abrogation des droits d’implantation d’ici 2015, avec des dérogations exceptionnelles possibles pour 2018 au niveau national.

Et enfin, la réforme donne de nouvelles compétences techniques à la Commission, notamment en matière de chaptalisation et de pratiques œnologiques.

Le vin constitue bien un des symboles de la civilisation européenne et il est très important de le préserver pour notre identité. Cette identité liée au vin s’exprime tout autant au niveau régional, national qu’européen. C’est pour cela qu’il faut que la politique vinicole puisse soutenir nos viticulteurs, tout en s’adaptant aux impératifs du monde contemporain.

Pour aller plus loin :

À lire

  • Réglement (CE) No 479/2008 du Conseil, avril 2008
  • Commission Européenne, document de travail «VIN, Economie du secteur », Février 2006
  • Commission Européenne, document de travail «VIN, Organisation Commune de Marché», Février 2006

Sur Internet

Source photo : Par Tomas Castelazo (Travail personnel) [CC-BY-SA-2.5], via Wikimedia Commons

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