L’éducation : expérience personnelle d’accès à une culture de masse

Par François Dupré | 7 septembre 2012

Pour citer cet article : François Dupré, “L’éducation : expérience personnelle d’accès à une culture de masse”, Nouvelle Europe [en ligne], Vendredi 7 septembre 2012, http://www.nouvelle-europe.eu/node/1512, consulté le 22 octobre 2017

Tous les Etats membres de l’UE proposent un système scolaire uniformisé censé fournir à chacun des bases sur lesquelles s’épanouir, un prisme à travers lequel appréhender le monde ainsi qu’une manière d’envisager le rapport à autrui. Cependant, la variété de ces systèmes éducatifs, accrue par la réception personnelle que chacun fait de sa scolarité, rend nécessaire l’étude de témoignages de jeunes européens pour en apprendre plus sur ce pan de la vie publique dont la régulation reste en grande partie l’apanage des gouvernements nationaux.

On peut observer une ressemblance forte dans le fonctionnement concret des systèmes éducatifs européens

En effet, on retrouve dans tous les témoignages la description d’un système à l’évolution assez linéaire : la réussite d’une étape est sanctionnée par le passage à l’année scolaire suivante. On peut ainsi observer un premier cycle pour les enfants en bas-âge (de 3 à 6 ans en règle générale) qui n’est pas obligatoire mais permet de préparer ces derniers à l’entrée dans le système scolaire : école primaire en France, « Dimotiko » en Grèce, « Primary school » au Royaume-Uni, « Primarstufe » en Allemagne… Les durées de ces cycles diffèrent selon les pays mais l’on retrouve cette division partout. Un second cycle suit celui-ci : collège en France, « Gymnasio » en Grèce, « Secondary school » au Royaume-Uni… Cependant, certains Etats ont un système qui présente des spécificités : l’Allemagne, par exemple, où une première sélection s’opère assez vite après l’école primaire et répartit les élèves selon leurs niveaux scolaires et leurs aspirations. Cette caractéristique est critiquée dans la mesure où elle propose une filière courte et technique et une autre plus longue qui mène à l’ « Abitur » et aux études supérieures, les possibilités pour un étudiant de passer de l’une à l’autre existent certes mais sont limitées en pratique. Néanmoins, un examen général permettant l’accès aux études supérieures est observable partout : Baccalauréat, « Abitur », « AS and A levels »… Ainsi, le système éducatif décrit dans les témoignages a un fonctionnement dont la base est similaire pour les pays étudiés : il s’agit de fournir des connaissances à une masse indiscriminée que l’on oriente ou bien exclut au fur et à mesure par le biais d’examens et de filières divergentes. En effet, les systèmes de notation présentent des caractéristiques différentes mais sont toujours observables.

Surveiller et punir à l’européenne

Du côté des punitions, on peut remarquer une homogénéité impressionnante : la violence physique est proscrite mais tout jeune européen a pu un jour être privé de récréation, avoir eu à copier de nombreuses fois une même phrase ou tout simplement avoir dû faire signer à ses parents un mot du professeur expliquant avec moult détails les méthodes ingénieuses de l’élève pour passer le temps en cours, méthodes qui se révèlent, malheureusement, ne pas correspondre à l’idée que se fait le professeur d’une ambiance calme et studieuse. Nous ne déduirons pas de cette ressemblance frappante entre tous les modes de répression des comportements fautifs chez les élèves qu’il y aurait une punition européenne mais plutôt qu’en matière de pédagogie il n’y a pas une infinité de méthodes disponibles pour réguler sans violence les turbulences qui ne peuvent être évitées dès lors que l’on fait s’asseoir pendant de longues heures un groupe d’enfants dans une salle dans le but de leur inculquer la beauté des mathématiques ou bien les satisfactions inhérentes à la construction d’une phrase grammaticalement correcte !

L’éducation supérieure : lieu d’expression des spécificités nationales ?

La popularité des classements mondiaux des universités le prouve, l’éducation supérieure est un enjeu important pour un Etat. En effet, ce dernier peut par ce biais attirer des étudiants étrangers de haut niveau qui peuvent ensuite choisir de travailler au sein de leur pays d’accueil, et donc mettre leurs qualifications importantes au service de celui-ci, ou bien retourner dans leur patrie d’origine où ils seront garants de l’image du système éducatif qui les a formés et donc en partie de l’Etat responsable de ce système. La France présente des caractéristiques uniques avec son système de « classes préparatoires » et de « grandes écoles » qui côtoient les universités, l’absence de sélection à l’entrée de la plupart de ces dernières, ainsi que la gratuité toute relative des études supérieures. Dans beaucoup d’Etats de l’UE, une éducation supérieure privée semble coexister avec le système public : « universiteit » et « hogeschool » en Belgique par exemple. En Grèce, l’éducation supérieure publique ne comprend pas de frais d’inscription alors que c’est le cas partout ailleurs, ces frais pouvant être assez faibles comme en République tchèque ou en Allemagne ou bien très élevés comme c’est le cas au Royaume-Uni qui a connu une récente et importante augmentation des frais de scolarités universitaires. Enfin, l’accès aux études supérieures se fait partout sur la base d’un choix personnel en ce qui concerne l’orientation et sous condition d’obtention de résultats suffisants lors du cycle scolaire précédant, quelque soit son nom. La France semble ici faire figure d’exception car elle propose un système universitaire ouvert d’accès avec un très fort taux d’échec en première année.

Les meilleures années ?

La plupart de nos enquêtés, lorsqu’on leur demande de donner un avis sur leur système éducatif, se montrent plutôt satisfaits de celui-ci. Cependant, on ne peut pas déduire de cette tendance une faculté des Etats de l’UE à épanouir leurs étudiants. En effet, ce résultat provient sans doute du fait que nous avons interrogé des étudiants du supérieur ou bien des jeunes professionnels européens, en conséquence, des gens qui ont bénéficié du système éducatif et ont pu s’épanouir grâce à celui-ci. Toutefois, nous n’avons pas ici pour objectif de mettre en avant les failles du système mais plutôt d’observer les points communs qui permettraient ou non de parler de système éducatif européen.

Etudier à l’étranger : une étape obligatoire pour l’étudiant européen ?

On peut à ce niveau observer une spécificité du système éducatif européen : alors que l’étudiant américain ou chinois va étudier à l’étranger lorsqu’il le souhaite, l’étudiant européen dispose d’aides pour que son expérience hors de son pays se fasse au sein de l’UE. Tous nos enquêtés décrivent leurs années d’études dans un autre Etat membre comme quelque chose de très positif et il suffit d’observer le nombre d’affiches pour des fêtes Erasmus dans une université ou le succès de films comme « l’Auberge espagnole » pour se rendre compte du fait que la possibilité de goûter à l’éducation supérieure d’un pays voisin est l'un de ces aspects tangibles et positifs de l’UE qui sont à même de former la base d’une conscience européenne. Notre témoignage tchèque met en avant les nombreux voyages scolaires en Europe comme bons souvenirs du système éducatif : augmenter la fréquence de ceux-ci, élargir le public cible, les rendre obligatoires…Ce type d’initiatives pourrait renforcer la conscience européenne mais le coût de tels programmes rend cela impossible en pratique.

L’harmonisation forcée des systèmes éducatifs à l’échelle européenne ne fait pas l’unanimité

En effet, si certains, comme notre enquêté tchèque, se prononcent pour une harmonisation et une coordination des systèmes nationaux, notre participant danois pense, quant à lui, qu’il s’agit d’une perte de temps dans la mesure où le processus de Bologne (la réforme LMD) suffit à ce niveau là. Toutefois c’est notre enquêté anglais qui touche au cœur du problème : bien qu’europhile, il est absolument contre une uniformisation forcée des systèmes éducatifs européens car cela « porterait atteinte aux cultures nationales ». En effet, on ne peut ignorer que l’éducation est l’outil le plus important de transmission aux enfants d’un sentiment national : le point de vue adopté pour enseigner l’histoire varie selon les pays par exemple. En conséquence, il est extrêmement difficile voire impossible pour l’UE d’imposer ouvertement ses principes aux systèmes éducatifs nationaux. Toutefois et en conclusion de cette introduction aux témoignages, on peut se demander si un cours uniforme sur l’Europe qui serait donné à tous les jeunes élèves ne pourrait pas permettre l’émergence d’une identité européenne qui viendrait se superposer à l’identité nationale de la même manière que le pouvoir de l’UE se superpose et se mêle à celui des Etats membres.

Pour aller plus loin

Sur Nouvelle Europe

En interne

  • Témoignages des étudiants suivants, suite à un questionnaire sur la conception de l'éducation dans leurs Etats respectifs réalisé par François Dupré: 
  1. Tchèque: Alena, 24, student at the University of Sorbonne Panthéon 1 - European governance
  2. Belge: Géraldine, 21 years old. I’m a student in Communication management
  3. Bulgare: Blaga
  4. Anglais: Daniel, 22, Bachelors Student of German and Chinese
  5. Danois: Simon, 25, Intern at the European Commission, European Affairs
  6. Estonien: Algis, 25 years old, European Affairs (Sciences Po)
  7. Allemand: Mirus, 29, Research assistant at the marketing chair at the university of the arts, Berlin, Germany
  8. Espagnol: My name is Ana, I am 25 years old and I am from Spain. I studied translation and interpreting of German and French in Spain. At the age of 21, I had the opportunity of studying in Germany with an Erasmus scholarship for a year. After having finished my degree (at the age of 23) I made the decision of moving to Paris so as to study European studies at the University Sorbonne Nouvelle Paris 3 for a year and then I came back to Spain to start working in an engineering multinational as a translator and an office worker. 
  9. Grecque: Sofia, 26, European Studies

Source photo : Blick in eine Berufsschulklasse, Wikimedia commons

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