L’agriculture biologique dans la Nouvelle Europe

Par Marine Michault | 5 novembre 2008

Pour citer cet article : Marine Michault, “L’agriculture biologique dans la Nouvelle Europe”, Nouvelle Europe [en ligne], Mercredi 5 novembre 2008, http://www.nouvelle-europe.eu/node/531, consulté le 25 août 2019

L'agriculture biologique est en plein essor dans l'UE. Si les pays les plus développés de l'Union disposent de référentiels et de filières structurées, ce n'est pas le cas de la plupart des nouveaux entrants, en pleine restructuration de leur agriculture. Ils se convertissent toutefois de plus en plus au bio, poussés par des instances européennes soucieuses de mettre en place des règles communes pour tous. Etat des lieux en Pologne et en République tchèque.

 

Qu'est-ce que l'agriculture biologique ?

L'agriculture biologique est un système de production agricole spécifique qui exclut l'usage d'engrais, d'éléments chimiques de synthèse et d'organismes génétiquement modifiés. La production est gérée de façon globale en favorisant l'agrosystème mais aussi la biodiversité, les activités biologiques des sols et les cycles biologiques.

Plusieurs labels internationaux de reconnaissance pour ce type d'agriculture ont été définis, dont le Label AB. Ils sont pour l'heure gérés par les États via des organismes de certification publics ou privés.

L'agriculture biologique est réglementée au niveau international et définie légalement par de nombreux pays. Ces réglementations sont généralement basées sur les normes de la Fédération internationale des mouvements d'agriculture biologique (IFOAM), association internationale coordonnant les organisations actives dans le secteur bio.

L'UE et l'agriculture biologique

Etat des lieux

Environ 4% de la superficie agricole utilisée de l'UE25 (6,5 millions d'hectares) était en 2005 consacrée à l'agriculture biologique, soit 3,4 % du territoire agricole de l'Union, 2 % des exploitations agricoles (environ 140.000 exploitations), mais avec de fortes variations de surface selon les pays. Globalement, l'agriculture biologique reste marginale (1,6% des exploitations en 2005), même si elle est en croissance (+ 2% par rapport à 2004, + 6% d'agriculteurs biologiques).

  • Surface (en bio) par pays : la plus grande était en 2005 en Italie (1,1 million d'hectares, soit 17% du total de l'UE25), devant l'Allemagne et l'Espagne (0,8 million d'hectares chacun, soit 13%).
  • Pourcentage de la surface agricole utilisée : l'Autriche était en 2005 en tête avec 11,0%, suivie de l'Italie (8,4%), la République tchèque et la Grèce (7,2% chacun). Les taux les plus faibles étaient mesurés à Malte (0,1%), Pologne (0,6%) et Irlande (0,8%).
  • La surface moyenne des exploitations bio dans l'UE25, en 2005, est supérieure à celle d'une exploitation conventionnelle (39 hectares contre 16 ha en moyenne). Les fermes bio couvrant les plus grandes surfaces étaient en Slovaquie (463 ha par exploitation), en République tchèque (305 ha), au Portugal (148 ha) et au Royaume-Uni (142 ha).
  • La part de la surface en cours de conversion dans le total des surfaces cultivées en bio, varie fortement, de moins de 10% au Danemark (1%), aux Pays-Bas (4%), en Finlande (8%) et en Suède (9%) à plus de 80% à Malte (100%), Chypre (87%) ou en Lettonie (83%), pays ou le développement de la certification bio est plus récent.

Ce sont les cultures annuelles comme les céréales et les fourrages qui constituent la part la plus élevée de la production biologique. Dans la quasi-totalité des États, la taille moyenne des exploitations biologiques est supérieure à celle de l'ensemble des exploitations avec une superficie de 39 hectares, les exploitations agricoles biologiques représentant moins de 2% de l'ensemble.

En 2005, dans l'Union européenne à 25 États membres, environ 6 millions d'hectares ont été exploités selon le mode de production biologique ou ont été convertis au mode de production biologique. Cela correspond à une augmentation de plus de 2% par rapport à 2004. Au cours de la même période, le nombre d'agriculteurs biologiques a augmenté de plus de 6%.

Politiques

Au sein de l'Union européenne, le premier règlement sur l'agriculture biologique est entré en vigueur en 1992 (Règlement n° 2092/91), suivi en août 1999, de règles relatives à la production, l'étiquetage et l'inspection en matière d'élevage. Les règles de base sont l'interdiction d'utiliser des engrais chimiques et pesticides ou herbicides de synthèse. L'utilisation d'organismes génétiquement modifiés (OGM) est également interdite. Les produits de l'agriculture biologique bénéficient de marques et de logos protégés au niveau européen.

Un produit ne peut donc se présenter comme issu de l'agriculture biologique que s'il a été obtenu et contrôlé conformément aux dispositions du règlement et si diverses interdictions ont été respectées : interdiction de substances tels les pesticides et les engrais de synthèse, interdiction de traitements au moyen de rayons ionisants ou encore interdiction d'utilisation d'organismes génétiquement modifiés (OGM) ni de produits dérivés de ces organismes, ces derniers n'étant pas compatibles avec le mode de production biologique. Les réglementations nationales peuvent aller au-delà des prescriptions du règlement.

Un plan d'action pour harmoniser le cahier des charges en matière de production biologique par la Commission européenne est paru le 12 juin 2007. Le règlement finalement adopté par le Conseil le 28 juin 2007, donc sans vote parlementaire, considère la présence d'OGM comme « techniquement inévitable », et autorise leur présence dans les produits biologiques européens jusqu'à hauteur de 0,9%, qualifiant ce seuil de « présence accidentelle ». C'est aux agriculteurs biologiques que reviendra la charge financière de prouver que la contamination ne résulte pas d'une négligence de leur part. Cette disposition est très critiquée par de nombreuses parties prenantes.

Ce nouveau règlement européen sur le bio entrera en vigueur en 2009. Les critères pour se prévaloir de la production biologique deviennent plus exigeants : seuls pourront faire référence au mode de production biologique les produits dont au moins 95% des ingrédients sont biologiques (alors que le règlement actuel permet cette référence à partir de 70% d'ingrédients agricoles d'origine biologique). Le lieu où les produits ont été cultivés devra également être indiqué, y compris pour les produits importés qui seront soumis aux mêmes règles que les produits communautaires. L'instauration d'une règlementation commune à tous les pays européens permettra ainsi de rendre homogènes les appellations "biologiques", et de faciliter les échanges de produits bio dans l'Union européenne.

Certification et labels

Jusqu'à maintenant, la certification des produits biologiques se faisait à un niveau national. Les règles de production biologique sont consignées dans des cahiers des charges, établis par les professionnels et homologués par l'État et/ou par l'Union européenne. Le respect de ces règles est vérifié par des organismes certificateurs indépendants qui contrôlent chaque unité de production et de transformation de produits biologiques. Ce contrôle, payé par l'opérateur, est effectué au minimum une fois par an. Il aboutit à la certification des produits, garantie pour le consommateur.

Afin d'harmoniser ces labels et de simplifier l'information pour le consommateur, le Conseil des Ministres de l'Agriculture a décidé de créer un label européen, pour attester que les méthodes et les produits présentés comme issus de l'agriculture biologique répondaient aux conditions fixées par les règlements UE.

Jusqu'à maintenant, son apposition était facultative. Il sera désormais obligatoire de signaler les produits biologiques d'origine communautaire par ce logo européen, qui pourra être accompagné de logos nationaux ou privés afin de ne pas dérouter les consommateurs.

Aides au développement pour les agriculteurs

Les mesures agri-environnementales de l'UE proposent de rémunérer les agriculteurs souscrivant à des engagements allant au-delà des bonnes pratiques agricoles. En particulier, la pratique de l'agriculture biologique permet de percevoir des primes et des aides aux investissements. Les agriculteurs biologiques peuvent actuellement bénéficier d'une aide par l'intermédiaire des paiements directs et des mesures de soutien des prix. Par ailleurs, l'agriculture biologique est totalement intégrée dans la politique de développement rural et joue un rôle important dans les mesures agro-environnementales.

L'agriculture biologique dans la Nouvelle Europe

En Pologne

En 1990, ils étaient 29 agriculteurs bio en Pologne... En 2006, grâce à l'entrée dans l'UE et aux aides financières pour l'agriculture biologique, les conversions se sont multipliées : des estimations annoncent en 2006 que près de 200 000 ha sont cultivés en bio (1,08% de la SAU), représentant plus de 10 000 producteurs, soit 0,43% des exploitations. Les subventions à l'agriculture biologique ont totalisé 2,1 millions de dollars en 2003, le double par rapport à 2002.

Toutefois, ces chiffres relèguent la Pologne loin des grands « pays biologiques » européens : l'agriculture biologique n'y est qu'à ses débuts. On pourrait ainsi compter jusqu'à 15000 exploitations agricoles certifiées d'ici 2010. Il y a actuellement sept organismes certificateurs qui se partagent le marché des produits bio polonais.

Le développement de l'agriculture biologique en Pologne, notamment dans le sud-est du pays, est facilité par les caractéristiques de l'agriculture et la physionomie des exploitations : elles sont de petite taille, en partie tournées vers la production "familiale" pour l'autoconsommation, et suivent un mode de culture très extensif, ayant très peu recours aux intrants (pesticides et engrais de synthèse) du fait de leur coût. La superficie moyenne des exploitations biologiques est ainsi de 23 ha. Pour les exploitations de ces régions, aujourd'hui menacées par des problèmes de rentabilité, produire en biologique et commercialiser en vente directe ou sur des marchés locaux peuvent être des solutions assurant leur survie et celle de la biodiversité des territoires locaux.

Toutefois, l'un des problèmes que rencontre le développement du bio est précisément la faible taille des exploitation, qui contient les marchés à une dimension extrêmement locale. Le coût induit par une conversion vers l'agriculture biologique (respect des normes UE, certification) créée une barrière difficile à franchir pour les petites exploitations à faible taille de production. Il n'y a donc pas de vrai marché national du bio en Pologne, d'autant plus que les producteurs ne sont pas organisés pour structurer la filière (manque d'industries de transformation, de circuits de commercialisation, de moyens technologiques, de formation). Les groupements d'agriculteurs estimés "produire du bio" ne sont pas encore capables de satisfaire correctement la demande, tant en volumes (régularité de l'approvisionnement, etc...) qu'en qualité des produits. Le manque d'organisation des producteurs est certainement un facteur important qui pénalise le reste de la filière en Pologne.

Les agriculteurs reçoivent des aides à la certification et au développement de leur production, tant de la part du gouvernement polonais (cadre réglementaire et un plan de développement rural incitatif) que de l'UE. Depuis quelques années, le ministère de l'agriculture subventionne la création et la conduite d'entreprises écologiques. Une loi sur l'agriculture biologique a été adoptée en 2001, mais elle souffre de nombreuses carences. Le contrôle des OGM est ainsi peu strict en Pologne.

Les cultures bio concernent principalement les cultures arables (céréales). Les circuits de commercialisation sont peu organisés et semblent handicaper le développement de ce type de productions en Pologne. Les produits sont ainsi majoritairement vendus en vente directe (fermes ou marchés locaux) ou dans des magasins spécialisés, sans réelle distinction entre produits « naturels « et « bio ». Par ailleurs, beaucoup d'agriculteurs son contraints de vendre leur viande et produits laitiers à des industries de transformation « conventionnelles », faute d'infrastructures spécifiques au bio. Un autre problème pour les agriculteurs polonais est le manque de débouchés pour leurs produits biologiques, alors que de nombreux produits bio importés notamment d'Allemagne et d'Italie sont vendus dans les magasins bio polonais.

Afin de pousser les Polonais vers le bio, le ministère de l'agriculture a lancé en 2006 une campagne de sensibilisation de trois ans sur le bio afin d'améliorer la commercialisation des produits.

L'agriculture biologique reste ainsi un marché de niche en Pologne. Le pouvoir d'achat limité des consommateurs et leur faible sensibilité envers ce type de produits contiennent la taille de ce marché. La différence de prix entre le bio et le non bio est ainsi beaucoup plus importante qu'en Europe de l'Ouest. La clientèle bio polonaise serait, selon une étude réalisée par l'ODR (Centre national de conseil agricole), essentiellement des jeunes couples riches vivant dans les grandes villes, ayant des enfants et se souciant de leur santé, ce qui limite également le développement de la filière. Pour le reste des consommateurs polonais, les labels sont peu connus et suscitent une méfiance justifiée par diverses falsifications. D'autres marchés du bio polonais seraient l'Allemagne et la Scandinavie.

En République tchèque

Parmi les dix pays entrés dans l'UE en 2004, la République tchèque présente la plus grande proportion d'agriculture certifiée biologique, alors qu'en 1990, seulement trois exploitations étaient certifiées. Aujourd'hui, les agriculteurs qui respectent les fondements de l'agriculture écologique exploitent des terres sur une superficie d'environ 300 000 ha, ce qui représente plus de 7% de la surface agricole totale tchèque, et dépasse la moyenne des pays de l'Union européenne qui est d'environ 4%.

  • SAU Certifiée bio : 312890 ha
  • % de la SAU bio : 7,35%
  • Croissance de la surface en bio (2006-2007) : 11%
  • Exploitations certifiées bio : 1318
  • Taille moyenne des exploitations bio : 290 ha
  • Croissance du nombre d'exploitations (2006-07) : 36%
  • Part de marché du bio sur le marché intérieur (%) : 0,7

La période 1997-2003 a vu la plus forte augmentation de la surface exploitée écologiquement, conséquence du soutien de l'État à l'agriculture écologique dès 1998 sous forme de subventions directes en conformité avec le décret du gouvernement pour le soutien des fonctions non productives de l'agriculture. Le soutien financier aux agriculteurs écologiques en République tchèque est accordé tout au long de la durée de l'exploitation écologique. Le Ministère de l'agriculture a préparé un programme, qui permet à la République tchèque de prélever des moyens pour le soutien au développement rural dans la section de garantie du FEOGA (Fonds européen d'orientation et de garantie agricole). Le montant de cofinancement du FEOGA peut couvrir jusqu'à 80 % des paiements.

Le ministère a élaboré un Plan opérationnel pour le développement de l'agriculture écologique d'ici 2010, qui répond au développement actuel dans ce domaine dans l'UE. Il prévoit que 10% de la SAU soit certifiée biologique, et d'améliorer la formation des producteurs, la recherche, et l'information des consommateurs.

L'engagement associatif fort des producteurs (réseau PROBIO) joue également un rôle dans ce développement. Dans un pays où les grandes compagnies agricoles issues de la privatisation prédominent, l'agriculture biologique est vue comme un moyen d'améliorer la multifonctionalité de l'agriculture tchèque. « L'agriculture biologique joue un rôle important dans le maintien de la qualité et de la diversité des paysages. En supportant l'agriculture biologique, nous favorisons la conservation du caractère traditionnel des territoires ruraux tchèques » a déclaré en 2007 Petr Gandalovič, Ministre de l'agriculture tchèque. Depuis 2007 et la mise en place du nouveau plan de développement rural (2007-2013), le montant de subventions accordées à l'agriculture bio a fortement augmenté.

Contrairement à la Pologne, en République tchèque, 80% de l'agriculture bio se situe dans les régions de montagne : l'élevage extensif reste le modèle dominant. 2/3 de la surface en bio du pays concerne des exploitations de plus de 500 ha.

La part de marché des produits bio est encore faible, inférieure à 1%. En cause, comme en Pologne : la faiblesse de la vente directe due à une certaine perte des traditions paysannes pendant la période collectiviste, la relative faiblesse du pouvoir d'achat, et le manque de structures de transformation des produits bio (abattoirs, usines de transformation spécialisés).

Les consommateurs réclament de plus en plus d'autres types de produits comme de la volaille issue de l'élevage biologique, ou encore des oeufs bio, des fruits et légumes, et des produits laitiers. Or, ces produits manquent encore sur le marché tchèque, à cause d'une insuffisance de producteurs de bio, et aussi parce la politique de subvention du ministère de l'Agriculture est faite de telle manière que les agriculteurs et producteurs s'orientent forcément vers la production laitière et l'élevage. Par conséquent, la République tchèque exporte un grand nombre de ses matières premières biologiques, notamment en Allemagne et en Autriche représentent des marchés très intéressants pour la filière biologique tchèque.

S'il doit encore faire face à quelques problèmes de reconnaissance, les perspectives d'évolution du secteur du bio dans les prochaines années sont plutôt optimistes, puisque qu'un plan d'action visant à soutenir l'agriculture et le marché du bio dans plusieurs pays européens sera bientôt lancé par l'Union européenne.

Pour aller plus loin :

Sur Internet

 

Source photo : Logo de l'agriculture biologique de l'Union européenne

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