József Antall, un homme de principes

Par Csilla Vegh | 30 janvier 2008

Pour citer cet article : Csilla Vegh, “József Antall, un homme de principes”, Nouvelle Europe [en ligne], Mercredi 30 janvier 2008, http://www.nouvelle-europe.eu/node/407, consulté le 20 novembre 2018

La présidence du Parlement européen a décidé le 14 janvier 2008 que l’une des ailes du nouveau bâtiment du Parlement à Bruxelles portera le nom du 1er Premier ministre de la troisième République hongroise née après le changement de régime de 1989. A cette occasion, retour sur le parcours de cet homme politique remarquable qui demeure encore un point de référence pour les intellectuels d’aujourd’hui.

 

L’influence de la famille et de l'instruction

József Antall naquit le 8 avril 1932 à Budapest dans une famille issue de la petite noblesse. Son père "József Antall l'aîné", politiquement très actif, était juriste et officier dans plusieurs gouvernements avant l’occupation communiste. L’influence de son père, qui lui a transmis son respect pour la démocratie représentative, la nation et les valeurs chrétiennes, fut fondamentale dans le développement de sa personnalité et de sa future orientation politique. Sa mère était la fille d’un enseignant – István Szűcs – qui participa également à la vie politique. József Antall avait une sœur, Edith.

Après le cercle familial, le rôle du lycée Piariste fut le plus important dans l’éducation du futur Premier ministre. L’esprit de l’école pourrait se résumer à la prééminence des mœurs et de la tolérance chrétiennes, du conservatisme national et de la sensibilité sociale qui fut complétée par un enseignement de haute qualité. Il fréquenta le lycée au moment où les institutions chrétiennes furent le plus intensément attaquées, ce qui l’a renforcé dans ses convictions que le régime en place ne pourrait pas perdurer sur le long terme.

Après les Piaristes, il a été admis à la faculté de lettres et sciences humaines de l’Université de Loránd Eötvös. Il s’est spécialisé en hongrois, histoire et archivistique. Il fut obtint des diplômes de professeur, bibliothécaire et muséologue.
Ses débuts en politique

Lorsque la révolution d’octobre 1956 fait trembler l’édifice du système communiste en Hongrie, on trouve József Antall au lycée Eötvös où il est enseignant. Avec ses élèves, il assiste aux évènements bouleversants de la révolution et participe à plusieurs manifestations contre le régime. Il participe également à la fondation de l’Alliance des Jeunes Chrétiens, puis à la réorganisation du FKGP (Parti des petits propriétaires). C'est pendant la révolution que ses ambitions politiques ont pris forme plus concrètement et qu’il prôna une Hongrie démocratique et pluraliste, ainsi que le départ des troupes soviétiques. Evidemment, ces visions ne l'ont pas aidé à conquérir la sympathie du régime qui l’a condamné à mettre un terme à son activité pédagogique.


Son activité dans l’opposition politique au régime

Suite à l’interdiction d'enseigner et grâce à ses diplômes de bibliothécaire et de muséologue, il s’est investi dans la vie scientifique et, rapidement, ses efforts pour dresser un tableau de l’histoire de la médecine en Hongrie et en Europe lui apportèrent une reconnaissance internationale. C'est grâce à ses voyages à l’Ouest qu’il a réussi à garder un lien avec l’actualité politique de l’autre côté du Rideau du fer et qu'il a également pu établir un réseau de relations personnelles qui se révélèrent utiles par la suite. En 1982, il fut nommé président de l’Association d'histoire de la médecine, puis en 1984, il est devenu directeur général du Musée de l’Histoire de la médecine.

Cependant, son activité scientifique restait toujours une activité secondaire par rapport à ses ambitions politiques. On considère cette période comme une phase de préparation à son avenir, à la période qu'ouvrirait la chute du communisme qui, selon les convictions du József Antall, ne devait plus tarder. Il rejoignit activement les mouvements de l’opposition à partir de 1988, quand il a créé à Budapest une section de l’ « Association de la ligue hongroise des droits de l’homme à Paris ». En même temps, il suivait attentivement la formation du MDF (Forum Démocratique Hongrois), du KDNP (Parti populaire démocrate-chrétien) et la réorganisation du FKGP. Cette sorte de « mise à distance » peut s’expliquer par son désir de créer un parti leader au centre-droit avec une base d’électeurs large et solide.

L'évènement le plus important de la transition hongroise d’un régime oppressif à un système démocratique fut la « Table ronde de l’opposition », créée en 1989, qui a été chargée de négocier avec l’ancien parti communiste MSZMP, devenu ensuite le MSZP, la façon de transformer le régime en démocratie. József Antall participa à ces négociations en tant que délégué du MDF. Sa grande culture générale, sa connaissance profonde de la tradition des institutions politiques hongroises et des brèves périodes démocratiques dans l’histoire du pays, mais également du fonctionnement des démocraties européennes et des concepts libéraux, lui ont permis de trouver un compromis entre les différentes exigences des partis participants. Ses mérites sont indéniables dans la réussite finale des négociations qui ont abouti à la mise en forme et à la signature des conditions de la transition démocratique.


Le Premier ministre

En octobre 1989, József Antall fut désigné chef du parti MDF et candidat pour le poste de Premier ministre aux élections législatives. La force mobilisatrice du réseau du MDF étendu à tout le pays, la personnalité de M. Antall et ses contacts avec les hommes politiques occidentaux les plus importants de l’époque ont permis au parti de remporter les élections législatives du printemps 1990. József Antall fut élu Premier ministre par le Parlement le 23 mai 1990.

Le premier gouvernement de la Hongrie libre et démocratique fut une coalition entre le MDF, le FKGP et le KDNP. Sa mission n’était rien moins que d’accomplir la transition et d'entreprendre une série de mesures douloureuses pour transformer en économie de marché le pays post-communiste et de l’insérer dans les mouvements de l’économie mondiale. Après une première vague d’enthousiasme, les effets des mesures entreprises par le gouvernement Antall – récession économique, hausse de l’inflation et du chômage – furent accueillis avec une grave hostilité et suscitèrent un mécontentement national. Cela a eu pour résultat l’affaiblissement du soutien au Premier ministre au sein de la coalition, ce qui – parmi d’autres raisons – causa le départ du FKGP du gouvernement. Malgré cet intermède, le gouvernement a réussi à garder le soutien de la majorité parlementaire et, à la fin de son mandat, il a mis l’économie du pays sur la voie de la croissance.

En dépit de la grave maladie qui petit à petit s’est emparée de lui et des attaques incessantes de la part de ses adversaires et même de ses partenaires politiques, des médias et de certains groupes de la société, József Antall s’est employé de toutes ses forces à accomplir son œuvre. Notamment pour créer un pays politiquement et économiquement stable, reconnu pour ses mérites par la communauté internationale, un pays qui retrouve progressivement sa place en Europe. Une de ses priorités fut l’intégration de la Hongrie aux institutions européennes (UE) et transatlantiques (OTAN). Son rôle est également indéniable dans la suppression du Pacte de Varsovie et du CAEM (Conseil d’assistance économique mutuelle) et dans le retrait des troupes soviétiques en 1991. Cette année-là, il reçut le prix Robert Schuman.

Après une lutte contre le cancer longue et épuisante mais vouée à l’échec, il s’est éteint le 12 décembre 1993 à Budapest.


Sa politique et ses principes

L’originalité du programme politique de József Antall réside dans le fait que, tout en restant fidèle aux principes conservateurs, nationaux et aux valeurs chrétiennes, il sympathisa également avec les idées libérales et veilla à ce que la séparation et l’impartialité des différentes branches du pouvoir soient assurées.

Il mit l'accent sur l’importance que représente le respect des droits de l’homme et, contrairement aux accusations, il n’était pas dépourvu de toute sensibilité sociale. Quant à son engagement en faveur des valeurs chrétiennes, il faut noter qu'il a cru à la nécessité de la séparation de l’Eglise et de l’Etat et qu'il souligna l’importance de l’héritage chrétien de l’Europe.

En ce qui concerne sa politique extérieure, son but principal était de ramener la Hongrie sur le chemin du développement pour qu’elle rejoigne le groupe des pays riches et développés de l’Europe de l’Ouest. Ainsi, l’intégration européenne fut une de ses priorités fondamentales. Parallèlement, en conséquence de sa conviction que les ambitions russes allaient renaître, il s’est rapproché des Etats Unis et de l’OTAN, dans lequel il a vu la garantie de la sécurité du pays contre cette menace présumée.

Pour terminer, voici quelques citations qui donnent un aperçu du caractère d’un homme exceptionnel qui consacra sa vie entière à la patrie : « La "patrie" est non seulement un mot, la patrie nous représente tous. Celle pour laquelle on doit vivre ou bien, s’il faut, on doit mourir. »
En hongrois: « A haza nem egyszerűen egy szó, a haza mindent jelent számunkra. Azt, amiért élni és valóban, ha szükséges meghalni kell. »

« Etre européen n’est pas seulement un programme politique, mais continuer volontairement notre histoire millénaire. ». En hongrois : « Nemcsak politikai program, hanem ezeréves történelmünk önként vállalt folytatása az európaiság. »

Pour aller plus loin :

À lire

  • KÖRÖSÉNYI, András: A magyar politikai rendszer, Osiris kiadó, Budapest, 1998, 2002, livre sur le système politique hongrois

Sur Internet

 

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