Jaroslaw et Lech Kaczynski

Par Pauline Joris | 3 novembre 2006

Pour citer cet article : Pauline Joris, “Jaroslaw et Lech Kaczynski”, Nouvelle Europe [en ligne], Vendredi 3 novembre 2006, http://www.nouvelle-europe.eu/node/36, consulté le 08 août 2022

 

Depuis l'automne 2005, la Pologne est gouvernée par le parti Droit et Justice (PiS), dont les dirigeants, les frères Kaczyński, ont déjà fait beaucoup parler d'eux. Voici une chronologie de l'évolution du gouvernement polonais depuis les élections législatives de septembre 2005. (Lech et Jaroslaw Kaczyński Photos provenant du site Internet de la présidence de la République polonaise.)

Elections législatives et présidentielles

Le 25 septembre 2005, lors des élections législatives et sénatoriales (pour élire le Parlement: la Diète), la bataille se jouait entre les deux grandes formations libérales et de droite du pays. L'alliance de la gauche démocratique (SLD), au pouvoir depuis quatre années et prise dans des scandales de corruption, n'avait, en effet, aucune chance.
Mais alors qu'on attendait la Plateforme civique (PO) comme premier parti de la droite, le Parti de Jaroslaw Kaczyński, Droit et Justice (PiS), la devance (27% des voix contre 24% aux législatives). Les deux partis ensemble ont la majorité absolue des sièges à la Diète (288/460) et conformément à leur accord pré-électoral, le Premier ministre doit appartenir au parti arrivé en tête des suffrages.

Les 9 et 23 octobre 2005 ont eu lieux les deux tours de l'élection présidentielle. Essentiellement honorifique, le rôle du président de la République n'en est pas moins important par l'influence qu'il peut avoir sur toute la vie politique (droit de veto - que la Diète peut contourner à la majorité des 3/5 et la moitié des députés présents -, décider d'un référendum national, chef des armées, ratification des accords internationaux, droit de grâce).

A nouveau, la Plateforme civique (PO), représentée par son président Donald Tusk, est partie favorite. Avec près de 36% des voix au premier tour, Donald Tusk devança effectivement Lech Kaczyński, le candidat de Droit et Justice (PiS) (33% des voix). Mais les sondages lui prédisaient une avance d'une quinzaine de points sur son adversaire encore une semaine avant le vote.
Et deux semaines plus tard, alors qu'aucun sondage ne l'avait jamais donné gagnant, Lech Kaczyński remporte l'élection présidentielle avec 54,5% des voix contre Donald Tusk.

Le PiS sans la Plateforme civique (PO)

Début novembre 2005, le nouveau gouvernement polonais est formé. La Plateforme civique n'en fait finalement pas partie ayant rompu les négociations.
Et en effet les deux partis ont des projets différents. PO (autant pro-européen que PiS anti) veut mettre en œuvre une profonde réforme économique et ne s'associe nullement aux déclarations tapageuses des Kaczyński contre les homosexuels ou sur la défense de la patrie. Le cabinet du nouveau Premier ministre Kazimierz Marcinkiewicz (PiS) est donc un gouvernement minoritaire, auquel les députés de l'extrême droite de la Ligue des familles polonaises (LPR) et les populistes antilibéraux d'Autodéfense de la République (Samoobrona) accordent leur soutien sans participation.

Le 15 novembre 2005 a lieu un premier incident. Le parti de la Ligue des familles organise dans les locaux du Parlement européen à Strasbourg, une exposition contre l'avortement. L'exposition comprend notamment une photo d'enfants derrière des barbelés dans un camp nazi ; elle est sous-titrée : « Si une mère en vient à tuer son enfant, comment peut-on éviter que les hommes s'entre-tuent ? », phrase de Mère Térésa rapportée par Jean-Paul II. Les députés européens de gauche, entre autre, protestent vivement.

Le 23 décembre 2005, Lech Kaczyński est devenu président de la République, succédant à Aleksander Kwazniewski, président depuis 1995. Lech est le benjamin des jumeaux, celui qui a - pour les différencier - un grain de beauté sur la joue gauche ; on dit d'eux que c'est l'aîné des frères, Jaroslaw, qui a le plus d'influence sur l'autre.
Désormais, Lech est chef d'État et Jaroslaw président du Parti PiS.

Une nouvelle coalition

Le 2 février 2006, la Ligue des familles et Samoobrona concluent un accord de majorité avec le PiS. Aucun des membres de ces deux parties ne rentre cependant au gouvernement.

Le 5 mai 2006, la Ligue des familles polonaises (LPR) et Autodéfense (Samoobrona) ont rejoint le gouvernement polonais. Roman Giertych, de la LPR, est devenu vice-Premier ministre et ministre de l'éducation. Andrzej Lepper, d'Autodéfense est également nommé vice-Premier ministre et nommé à la tête du ministère de l'agriculture.
Seul le ministre des affaires étrangères, Stefan Meller, un universitaire non affilié à un parti, démissionne pour protester contre ces changements.

Le 15 juin, le Parlement européen a adopté une résolution par 301 voix contre 161 à propos de la coalition au pouvoir en Pologne. Le Parlement s'est déclaré "profondément préoccupé par la montée générale de l'intolérance raciale, xénophobe, antisémite et homophobe en Pologne".

Jaroslaw et Lech Kaczyński doublement à la tête de la Pologne

Le 7 juillet 2006, le Premier ministre Kazimierz Marcinkiewicz démissionna. Cet ancien professeur de physique, dont on disait de lui qu'il était terne et ne serait qu'une marionnette manipulée par Jaroslaw Kaczyński, était pourtant un homme populaire. Avec 70% d'opinions favorables dans les sondages et des idées plus modérées que celles des Kaczynski, Marcinkiewicz commençait-il à faire trop d'ombre aux jumeaux ?
Sans doute ; et si en septembre 2005 Jaroslaw Kaczyński déclarait « Si mon frère gagne, je serai obligé de renoncer au poste de Premier ministre. Ce serait inacceptable pour les Polonais que deux frères occupent les deux principaux postes de l'État », la "juméocratie" ne semble aujourd'hui ne plus être un problème pour les deux frères.

Le 28 juillet 2006, dans un entretien à la radio publique, le président Lech Kaczyński rappelle qu'il a toujours été un partisan de la peine de mort et dit penser qu' «avec le temps l'Europe changera d'avis sur ce point». Mais tant le Conseil de l'Europe que l'Union européenne rappellent à l'ordre le chef d'État polonais, soulignant que la peine capitale n'est pas compatible avec l'appartenance à l'UE*.

 

Eclatement, réconciliation … et nouvel éclatement ?

Le 21 septembre 2006, le chef du gouvernement, Jaroslaw Kaczyński, limoge Andrzej Lepper, le leader du parti Samoobrona (Autodéfense) et vice-Premier ministre de son gouvernement. A. Lepper, très critique vis-à-vis de l'action d'un gouvernement dont il fait pourtant parti, refuse en effet son accord à la proposition de budget 2007 du gouvernement, trouvant entre autre l'envoi de soldats polonais supplémentaires en Afghanistan trop dépensié. Le calcul de Kaczyński est que suffisament de députés de Samoobrona choisissent de se rallier au gouvernement et éviter au PiS des élections anticipées très difficiles.

 

Mais le 26 septembre 2006 la chaîne de télévision privée TVN diffuse un enregistrement clandestin montrant le chef du cabinet du Premier ministre promettre un poste de ministre et un soutien financier à une députée de Samoobrona, Renata Berger, si elle quitte son parti et soutient le gouvernement. C'est un véritable scandale pour un parti, le PiS, qui a beaucoup joué la carte de l'intégrité face aux autres partis qui seraient "tous corrompus".

 

Le 16 octobre, n'ayant pas réussi à construire une majorité stable en ralliant des élus de Samoobrona et confronté à une motion réclamant l'autodissolution du Parlement, Jaroslaw Kaczyński reforme sa coalition gouvernementale avec Samoobrona. Et Andrzej Lepper redevient vice-Premier ministre et ministre de l'Agriculture. Largement devancés dans les sondages par la Plateforme civique, les Kaczyński ont préféré reformer leur alliance bancale avec les ultra-catholiques de la LPR et les populistres eurosceptiques de Samoobrona que de risquer une défaite électorale lors de législatives anticipées.

 

 

 

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Peine de mort et Union européenne:
La Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, proclamée solennellement par le Conseil européen de Nice en décembre 2002, pose dans son article II-2 l'interdiction de la peine de mort.