Ivica Racan s'est éteint

Par Emilie Proust | 1 mai 2007

Pour citer cet article : Emilie Proust, “Ivica Racan s'est éteint”, Nouvelle Europe [en ligne], Mardi 1 mai 2007, http://www.nouvelle-europe.eu/node/191, consulté le 25 novembre 2020

racan01L’ancien Premier ministre croate Ivica Račan est décédé dans la nuit du article29 avril à la suite d’un cancer. Si les médias français ont négligé cette information, il ne faut pas oublier quelle fut cette importante figure du changement dans la vie politique croate.

 

 

 

  

Du communisme au pluralisme

Né en 1944 en Allemagne, Ivica Račan s’engage dès 1959 auprès de la Ligue communiste croate (LCC), une des six fédérations nationales du parti unique yougoslave. Il entame une carrière politique en 1972. Son ascension sera régulière au sein de la Ligue. Il est alors en charge des questions de l’idéologie, de la culture et de l’information, avant d’obtenir le poste de directeur de l’école de sciences politiques Josip Broz Tito de Kumrovec en 1982.

Račan doit son rapide gravissement des échelons de la LCC à un engagement sans faille, à l’inverse d’autres membres de la section croate qui participeront notamment au Printemps croate. Rappelons que lors de ce mouvement, nombre de membres de la LCC s’étaient levés contre la rigueur du système yougoslave et en faveur d’une place plus importante des Croates dans la Fédération yougoslave. La répression de cette contestation avait valu à ses meneurs l’emprisonnement et l’éloignement des postes centraux dans la Ligue.

En 1989, il devient le président de la Ligue communiste croate, et doit alors affronter Milošević dans les multiples tractations qui précèdent l’effondrement de la Fédération. Lors du dernier congrès de la Ligue communiste yougoslave, il prend la décision historique de quitter la table des négociations, aux côtés des Slovènes, pour s’opposer à la politique menée par Milošević.

Reconnaissant le mouvement qui était alors en marche, il reconvertit progressivement la LCC en un parti de tendance social-démocrate. Dès les débuts du pluralisme, il s’élève contre le HDZ de Tuđman dont il dénonce les tendance nationalistes, mais ne parvient pas à s’imposer. Pendant les dix ans de l’opposition, Račan mène une campagne de décommunisation dans son parti, excluant progressivement ceux de ses membres qui refusaient d’évoluer vers la social-démocratie. Changeant de nom à trois reprises, le parti se restructure et parvient donc à devenir une des voix fortes et crédibles de l’opposition démocratique réformiste.

Une figure du changement démocratique croate.

Ce n’est qu’en 2000 qu’il parvient au pouvoir au sein d’une coalition gouvernementale de six puis quatre partis. Il devient alors Premier ministre d’un gouvernement pionnier qui opère une rupture en entamant activement la marche vers les réformes démocratiques.

Cependant, les difficultés s’enchaînent. Gouverner une coalition hétérogène n’est pas simple surtout lorsque l’un des deux partis les plus puissants se retire de la coalition, ce qui fut le cas du HSLS (parti social-libéral croate). Dès lors, à mesure que les réformes, souvent impopulaires bien que nécessaires, se mettent en place, les tensions internes au gouvernement augmentent. Les mesures deviennent difficiles à mettre en œuvre, et le gouvernement doit parfois reculer.

Les avancées sont pourtant là, et l’Union européenne le reconnaît qui met rapidement en place un Accord d’association et de stabilisation avec la Croatie pour encourager et saluer ses efforts en matière de démocratie.

L’avenir.

Le peuple croate est conscient de ce qu’il doit à Račan. Ces derniers mois, les informations concernant l’état de santé de l’ancien Premier ministre ont régulièrement fait la une des quotidiens croates. Son successeur, Ivo Sanader, lui a rendu hommage, de même que les négociateurs européens pour l’adhésion de la Croatie, comme Vincent Dégert, responsable de la délégation de la Commission européenne à Zagreb, qui reconnaît en Račan un homme de tolérance et d’ouverture.

Le décès de Račan ouvre désormais des questions pour le futur de son parti, le SDP (parti social-démocrate). En effet, les prochaines élections législatives approchent et un nouveau gouvernement se formera à l’automne 2007. D’ici là, il faut au SDP se préparer à trouver un nouveau leader qui soit à la mesure du précédent. Dans les semaines à venir, les différents prétendants au titre de leader du SDP s’affronteront pour reconquérir le pouvoir perdu en 2003.

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