Introduction à l'étude de l'identité européenne

Par L'équipe | 9 octobre 2007

Pour citer cet article : L'équipe, “Introduction à l'étude de l'identité européenne”, Nouvelle Europe [en ligne], Mardi 9 octobre 2007, http://www.nouvelle-europe.eu/node/271, consulté le 11 décembre 2019
articleeurope_etoiles_2La participation des citoyens est essentielle pour la mise en place et la promotion du projet européen. Outre des réponses de type utilitariste, le développement d’un attachement vers l’Europe légitimerait davantage les actions des institutions européennes. Est-ce qu’une fois parties de l’Europe, les individus développent-ils une identité européenne ?

europe_etoilesarticleLa participation des citoyens est essentielle pour la mise en place et la promotion du projet européen. Outre des réponses de type utilitariste, le développement d’un attachement vers l’Europe légitimerait davantage les actions des institutions européennes. Est-ce qu’une fois parties de l’Europe, les individus développent-ils une identité européenne ?

Si une telle identité existe, comment ce processus est-il censé se développer et quels sont les facteurs qui le déterminent ? Ces questions ont marqué la production d’une littérature sur les identités européennes, essayant d’expliquer comment et pourquoi les populations des États-membres et des pays candidats vont apporter leur soutien à l’Europe.

 
 

Pour comprendre les résultats de cette littérature, il serait utile d’expliquer brièvement ses lignes directrices. Le concept d’identité a été initialement développé en psychologie. Pour donner une brève définition du terme, l’identité comporte une action objective de la part de l’individu, qui consiste en la reprise des valeurs et symboles d’un groupe, et une dimension subjective, plus émotionnelle, qui permettrait à l’individu de se positionner par rapport à sa communauté et aux autres.

 

Le principe qui marquerait le développement des identités serait celui de l’inclusion (ou selon le cas, de l’exclusion) d’une certaine communauté. L’individu serait identifié comme partie ou tiers d’un groupe selon le nombre d’éléments qu’il partage avec cette entité et son degré d’attachement. Ne développant que très brièvement le sujet des identités ici, il serait utile de dire que les individus possèdent plusieurs identités, selon les groupes sociaux dont ils font partie, qu’ils sont capables de gérer normalement, d’une façon non conflictuelle.

 
 

L’Europe représente elle aussi une communauté, soumise à un renouvellement au moins partiel à travers ses élargissements. Si les individus sont capables de se situer par rapport aux groupes, quel sera leur rapport avec cette nouvelle entité qui promeut des valeurs transnationales ?

 
 

Les études psychologiques ont servi de support pour le développement des théories sociologiques sur l’identité européenne. Nous ne retrouvons pas de consensus dans la littérature en ce qui concerne la définition d'une telle identité. Certains auteurs ont expliqué que l’identité européenne n’existe pas et que le concept a été inventé pour légitimer des politiques de l’Union européenne.

D'autres auteurs, au contraire, convaincus de son existence, ont essayé de voir plus en détail quelles sont ses composantes. Elle serait  ainsi fondée sur une compréhension et une reprise des valeurs de l’espace européen. Un consensus semble être validé sur ce sujet, celui de l’existence d’une identification, d’un attachement à l’Europe pour des raisons diverses, puisqu'une action objective cohérente ne peut pas être observée à ce stade au niveau de la population. De ce point de vue, la naissance d’une identité européenne est vue comme une possibilité, même si son aboutissement n’est pas garanti.

 
 
 

Deux débats majeurs ont marqué ces analyses : celui des caractéristiques de l’identité européenne et celui du rapport des individus avec leur État, au cours de l’apparition d’une identité européenne. L’identité européenne entraînerait plus qu’une appartenance à n’importe quel groupe social, mais une qualité de l’individu que seulement les institutions politiques soulèvent, celle de citoyen. Si l’Europe signifie, en plus d'une communauté politique, une culture et des valeurs qui peuvent être partagées même par les personnes qui ne soutiennent pas particulièrement le projet européen, la littérature semble avoir abouti au consensus que si une identité européenne doit se développer, elle sera de nature politique.

La question du rapport de l’individu avec son État, comme première entité politique avec laquelle l’individu entre en contact, est aussi reconsidérée. L’Etat est-il voué à dispraître, une fois que ses citoyens s'approprient l’identité européenne ? L’Etat et l’Europe développent-ils des identités concurrentes et conflictuelles ? Ou est-ce que l’Europe, face à la mondialisation, abritera-t-elle uniquement les identités nationales déjà développées/ancrées ? À une littérature qui oppose identité européenne et identité nationale, suit une deuxième série d’études qui privilégie les capacités des individus à faire partie de plusieurs groupes à la fois. Si les individus développent une identité européenne, ce ne sera pas en la défaveur de l’État, qui gardera toujours son rôle vers ses citoyens.

 
 

Le problème du développement d’une identité européenne est, comme nous l’avons dit, marqué par l’incertitude, puisque les éléments qui sont censés produire une telle identification ne sont pas toujours visibles pour les citoyens. Qu’est-ce qui pourra alors produire une identité européenne, les individus se considérant généralement comme peu informés et désintéressés de la politique ?

 

Dans un premier temps, le processus est présenté dans la littérature sociologique, menée par les élites, les masses n’étant pas assez intéressées par le processus d’intégration européenne. Les individus ne montreraient pas leur accord à la poursuite du projet européen, mais ne s’opposeraient pas à l’action de leurs élites. Les élites, politiques et culturelles, travailleraient aussi sur le plan interne, pour convaincre les masses de l’utilité de l’intégration.

 
 

Le moment-clé dans l’apparition de l’idée que les gens pourraient eux-mêmes développer leur attachement à l’Europe est marqué par le Traité de Maastricht, qui met en place la citoyenneté européenne. Les individus seront de plus intéressés à se maintenir au courant et participer activement à la prise de décisions qui les concernent directement. À partir de ce moment, les théories sociologiques identifient plusieurs facteurs qui expliquent l’adhésion plus ou moins grande à l’élargissement (les transactions économiques entre les pays, le rapprochement culturel des nouveaux pays aux anciens membres de l’UE, la religion, les représentations que chaque État se fait de l’Europe, etc).

Pour les pays de l’Europe de l’Est, l’intégration apporte plusieurs avantages, comme la non réversibilité des réformes, la résolution des problèmes ethniques, la stabilisation du régime démocratique mis en place depuis peu. Néanmoins, pour ces pays, le facteur considéré comme étant le plus discriminant dans la production d’un attachement à l’Europe est matériel, un important soutien pour l’intégration de ces populations montrant en effet leur aspiration à un niveau de vie occidental. L’expérience pratique et quotidienne de l’Europe, consistant dans une mise à niveau rapide et radicale avec les nouvelles réglementations, ont produit plus d’une fois une baisse de ce soutien dans les pays candidats ou nouveaux membres de l’UE.

 
Les études qui essayent d’analyser le développement d’une identité européenne et des facteurs qui produisent un attachement à l’Europe ne devraient pas minimiser le poids des spécificités nationales et de l’héritage commun du communisme que ces pays ont partagé pendant 40 ans. Si l’idée d’Europe est réinterprétée au niveau national, il est probable que l’on puisse parler d’identités européennes et non pas d’une seule identité européenne homogène au niveau de l’Union.
 
 
Pour aller plus loin :
 
 
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A lire :

 picto_2jpeg FAVELL, Adrian, Europe’s Identity Problem, “West European Politics”, vol. 28, nr. 5, November 2005, pp. 1109 – 1116
 picto_2jpeg GABEL, Matthew, Public Support for European Integration: An Empirical Test of Five Theories, “The Journal of Politics”, vol. 60, nr. 2, May 1998, pp. 333 – 354
 picto_2jpeg INGLEHART, Ronald, Cognitive Mobilisation and European Identity, “Comparative Politics”, vol. 3, nr. 1, October 1970, pp. 45 – 70
 picto_2jpeg LINDBERG, Leon N., SCHEINGOLD, Stuart A., Europe’s Would Be Polity – Patterns of Change in the European Community, Prentice Hall, 1970, 314 
 picto_2jpeg McLAREN, Lauren, Rational’ Explanations of Support for the European Union, in “Identity, Interests and Attitudes to European Integration”, Palgrave Studies in European Union Politics, 2006, pp. 31 – 48
 picto_2jpeg Transnational Identities. Becoming European in the EU, edited by Richard K. Herrmann, Thomas Risse, Marilynn Brewer, Rowman and Littlefield Publishers Inc., 2004
 

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