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Herman Van Rompuy : comment être ami avec tout le monde sans être aimé par personne

Rédaction Paris Par Annamária Tóth — Lundi 5 mars 2012 | Tags : Institutions européennes
Herman Van Rompuy : comment être ami avec tout le monde sans être aimé par personne

Lors de la réunion des chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE des 1er et 2 mars 2012 a eu lieu la deuxième élection, peu médiatisée mais de grande importance, du Président du Conseil européen. Le seul candidat était l'actuel Président Herman Van Rompuy, dont on dit souvent qu'il est trop invisible et son travail peu efficace. Pourquoi alors l'avoir à nouveau élu ?

Une des raisons de la nouvelle candidature de M. Van Rompuy : il n'y aurait pas eu d'autre candidat. Une Union européenne embourbée dans la crise, l'ombre du couple Sarkozy-Merkel et la difficulté de trouver une voix unifiée dans la cacophonie des 27 semblent rendre le poste du Président du Conseil européen peu attractif. Or, c'était justement la capacité de compromis de « HVR » et son invisibilité qui furent à l'origine de sa désignation en novembre 2009. S'il n'a donc pas toujours été au premier plan de l'action, il a présidé le Conseil et défini le rôle de son Président malgré les lacunes du Traité à ce sujet.

« Mr. Nobody » définit le rôle du président du Conseil européen

À l'époque de la nomination de M. Van Rompuy, l'autre candidat principal, l'ancien Premier Ministre britannique Tony Blair paraissait trop charismatique et célèbre – la décision était donc d'élire un Président du Conseil européen qui pourrait « insuffler ce qu'il [H. Van Rompuy] appelle « l'esprit de club » entre les chefs d'État et de gouvernement » (selon les mots de Ricard et Stroobants). Or, cette décision fut une déception pour tous ceux qui voulaient donner un véritable visage à l'UE.

De même, l'écho de la presse n'était pas positif : comme pour la nomination de la Haute Représentante de l'Union européenne et Vice-Présidente de la Commission, Catherine Ashton, autre innovation du Traité de Lisbonne, le ton des commentaires était pour le moins cynique. On appelait le nouveau président « Mr. Nobody. » Le député européen Nigel Farage est même allé plus loin lors de la première apparition de M. Van Rompuy au Parlement européen : « Vous avez le charisme d'une serpillère humide. » Un an plus tard, dans une vidéo caricaturale, le personnage de M. Van Rompuy est sur le devant de la scène quand le personnage de Guy Verhofstadt, eurodéputé et ancien Premier ministre belge, dit : « Herman, il est tellement discret, tellement discret que même quand il est là, on ne le voit pas. » Les efforts de M. Van Rompuy pour être présent sur les réseaux sociaux, tels que Facebook, Twitter, ou encore son site Ask the President n'ont pas vraiment réussi à changer cette image.

« Un rôle naturel de coordonnateur »

Élu donc pour son expertise en économie (ancien Ministre du Budget belge, l'étudiant en Humanités gréco-latines est Licencié-Doctorandus en Sciences économique à l'Université Catholique de Louvain), son engagement européen (comme le relate Barber), et sa capacité de consensus démontrée au cours de son mandat de Premier ministre belge en 2008 et 2009 plutôt que pour son charisme et sa notoriété, M. Van Rompuy ne voit pas son rôle comme celui d'un Président au sens traditionnel de dirigeant, mais plutôt selon une conception britannique du « chairman », ou président de séance (ainsi que l'indique Thierry Chopin) : « Si l'on avait vraiment voulu créer une fonction de type présidentiel, […] on aurait dû fusionner la présidence de la Commission européenne et de la présidence du Conseil européen. […] Je suis dans un rôle naturel de coordonnateur, de facilitateur de consensus et de compromis entre les 27. ».

Dans son discours d'acceptation de son deuxième mandat, il se décrit aussi comme « gardien de l'unité des 27. » C'est en effet ce rôle qui est défini dans le Traité, qui se limite à dire que le rôle du Président est de « préside[r] et anime[r] les travaux du Conseil européen » (Art. 15(a) TUE), de les préparer, et de faciliter le consensus.

Présider le Conseil européen en temps de crise

Nommé la première fois le 19 novembre 2009, Herman Van Rompuy a commencé son premier mandat avec un tour des 27 États en pleine crise de la dette souveraine grecque. Il mit rapidement en place l'une de ses stratégies, soutenue par l'urgence de la crise : convoquer des réunions du Conseil européen. Lors de cette première année en poste, M. Van Rompuy convoque six réunions du Conseil européen, dont une réunion informelle, et deux réunions des membres de l'Eurozone.

Sa deuxième année de mandat n'est pas plus reposante car il faut stabiliser l'euro, définir la gouvernance économique européenne, redémarrer la croissance et agir au niveau mondial, comme l'explique le Président même dans son rapport « Le Conseil européen en 2011 » : « En 2011 ont eu lieu cinq réunions formelles du Conseil européen, une réunion extraordinaire, une réunion informelle des membres du Conseil européen, ainsi que quatre sommets distincts des chefs d'État ou de gouvernement de la zone euro, que j'ai également présidés. »

Cette forme de rencontre va désormais se formaliser avec le « Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance au sein de l'Union économique et Monétaire », étendant ainsi le mandat du Président du Conseil européen à celui de Président des sommets de l’euro. Herman van Rompuy continuera donc à mettre l'accent sur l'économie, la compétitivité, la création d'emploi et la stabilisation de l'euro lors de son deuxième mandat, tout en « rest[ant] fidèle a mon style et à mes méthodes de travail ». Ses autres priorités sont l'élargissement de l'UE à la Croatie et la Serbie, et l'UE comme acteur international.

À l'ombre des chefs d'État et de gouvernement…

Le rôle qu'a joué Herman van Rompuy dans ces évènements doit être vu dans le contexte des réformes introduites par le Traité de Lisbonne. Deux institutions européennes sortent gagnantes de la révision du Traité : le Conseil européen et le Parlement. Selon Alain Dauvergne, « [l]es leaders politiques nationaux ont repris le gouvernail » au détriment de la Commission, non seulement à cause de ces changements institutionnels mais aussi du fait de la crise économique. La position du Président du Conseil européen dans cette situation est délicate. Il doit trouver un juste milieu entre un rôle de partenaire à égalité avec les membres nationaux et celui de « servant » (selon l'expression de Dinan).

De plus, à plusieurs reprises, « HVR » s'est trouvé à l'ombre du couple franco-allemand. Le compromis de Deauville sur la réforme du pacte de stabilité et de croissance n'en est qu'un exemple parlant. Plus récemment, par le biais d’un document préparatoire, le couple franco-allemand a clairement influencé l’agenda et la déclaration finale de la réunion des chefs d’État de la zone Euro du 30 janvier 2012. Or, comme l'explique l'analyste Piotr Kaczyński, « Ceux qui définissent le programme du Conseil de l'UE sont les personnes qui travaillent avec Herman Van Rompuy. Si la France et l'Allemagne souhaitent influer sur ce programme, elles doivent soumettre leurs idées à Herman Van Rompuy. »

Néanmoins, Desmond Dinan souligne que la présence d'un Président permanent, qui a su définir son rôle selon sa propre stratégie, a tout de même pu être bénéfique au Conseil européen. Certes, M. Van Rompuy n'a pas pu s'imposer au Président français et à la Chancelière allemande, mais il a assuré une certaine continuité, ce que les présidences tournantes n'auraient pas pu faire du fait de la courte durée de leur présidence et de leurs problèmes internes.

… ainsi que du Président de la Commission et de la Haute Représentante ?

Tandis qu'au Conseil européen, M. Van Rompuy doit trouver le moyen de guider les travaux en coulisses malgré l'omniprésence de certains leaders nationaux, il lui faut également trouver sa place entre le Président de la Commission et la Haute Représentante. La tâche de représenter l'UE à l'étranger peut notamment entrer en conflit avec le rôle du Président de la Commission en ce qui concerne, par exemple, le commerce international. Pour éviter le développement de conflits, José-Manuel Barroso et Herman Van Rompuy se réunissent une fois par semaine. Ils ont partagé le rôle de représentation par un accord selon lequel le Président du Conseil européen s'occupe de la politique étrangère et la diplomatie tandis que le Président de la Commission est responsable des questions économiques et commerciales – selon Herman Van Rompuy, cet accord permet de « véritablement parler (et écouter) au nom des vingt-sept » (voir le texte de Dauvergne).

Autre défi de la présidence du Conseil européen : ne pas entrer en conflit avec le rôle accordé par le Traité à la Haute Représentante. Catherine Ashton doit superviser la politique extérieure de l'UE, alors que « [l]e président du Conseil européen assure, à son niveau et en sa qualité, la représentation extérieure de l'Union » (Art. 15 TUE). Cela rend les relations hiérarchiques entre H. Van Rompuy et C. Ashton floues. En effet, selon Desmond Dinan, le trio de M. Barroso, Mme Ashton et M. Van Rompuy ne résoud pas la difficulté, qui devait pourtant être traitée par le Traité de Lisbonne, de définir la représentation extérieure de l'UE – au contraire, cela « peut même déconcerter et embrouiller les interlocuteurs internationaux de l'UE ».

Herman Van Rompuy : Le seul candidat à sa succession ?

En somme, au cours des deux ans et demi de sa présidence, Herman Van Rompuy a peut-être élargi son rôle en prenant l'initiative de réunir le Conseil européen de manière beaucoup plus fréquente, mais ses pouvoirs restent limités - malgré son engagement à être le « gardien de l'unité des 27. » Ces limites montrent une certaine réticence de la part des États membres, explique Tony Barber. La nomination de M. Van Rompuy a montré la volonté de créer une gestion plus efficace du Conseil européen dans le contexte d'une Union récemment élargie, mais sans pour autant donner à l'UE une personnalité sachant s'opposer de manière décisive au contrôle des leaders nationaux sur les orientations à donner à l'intégration européenne. Dans ce cadre, Herman Van Rompuy a dû - et devra - agir en tant que négociateur, représenter l'UE à l'étranger et être "ami" avec tous les membres du Conseil européen et du Parlement européen. Tout cela sans être nécessairement aimé par tous, particulièrement dans le milieu journalistique. S'il a été réélu, c'est parce qu'il a pu remplir ce rôle paradoxal dans un contexte de répartition compliquée des pouvoirs entre les niveaux national et européen.

Une autre question concerne le manque de transparence créé par cette situation, une critique que l'on fait traditionnellement au Conseil. La procédure de désignation reste obscure, limitée aux chefs d'État et de gouvernement, un collège électoral qu'on aurait pu élargir, par exemple, à des membres du Parlement européen et de Parlements nationaux, selon le chercheur Thierry Chopin. Par ailleurs, M. Chopin parle de la possibilité de déclarations de candidature et de délibérations enregistrées lors desquelles les candidats exposeraient leurs programmes. Deux ans plus tard, la sélection du Président du Conseil européen a été encore moins transparente : par exemple, le grand public n'a connu les priorités du Président qu'après son élection, dans son discours d'acceptation.

Comme le souligne une campagne récemment lancée sur les réseaux sociaux par un étudiant en Affaires européennes, Tug 2012 (« Yes, EU can! ») : quelle légitimité sa nomination donne-t-elle au Président, surtout si quelques jours à peine avant ou après l'élection, on n'entend aucun débat sur la question ?

Aller plus loin

Sur Nouvelle Europe

Sur Internet

À voir

À lire

  • RICARD, P., STROOBANTS, J.-P., « Herman Van Rompuy, le stratège qui veut rester anonyme, » Le Monde, 27 septembre 2011

  • SZALAI, P., « Michel Barnier a proposé de fusionner les postes de Président du Conseil européen et de Président de la Commission européenne. Quels en seraient les avantages et les inconvénients ? » Épreuve orale du diplôme non publiée, Sciences Po Paris, 2011

Source photo: "President Van Rompuy speaking at the Informal Meeting of Members of the European Council, Brussels, 30 January 2012", sur Flickr

Herman Van Rompuy : comment être ami avec tout le monde sans être aimé par personne

"Une des raisons de la

"Une des raisons de la nouvelle candidature de M. Van Rompuy : il n'y aurait pas eu d'autre candidat"

Pour un salaire de 24000 euros par mois (non taxable), plus quelques petits avantages, et pour remplir une mission non définie, mais consensuelle, sur la base d'un programme vide (et logiquement consensuel), il devrait y avoir de nombreux volontaires a la candidature.

Le fait est: la procédure de dépot de candidature reste a définir.

Vous pouvez trouver plus d'informations sur www.facebook.com/Tug2012

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