Crise : les pays baltes droit dans le mur ?
Écrit par Antoine Lanthony | 16-02-2009
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parex_lituanie.jpgarticle.pngAlors que l’Espagne a vu sa bulle immobilière exploser, que l’Islande a vu son système financier s’effondrer et que l’Ukraine a dû être aidée en urgence par le FMI, la situation des pays baltes ne passionne guère, et pourtant… ! -4,0% en Lituanie, -4,7% en Estonie et -6,9% en Lettonie : ces prévisions de croissance des pays baltes pour 2009 sont parmi les pires de l’Union européenne (UE).

Brutal retour de bâton pour les tigres baltes

Tigres économiques depuis plus de cinq ans, affichant des indicateurs économiques impressionnants, Tallinn, Riga et Vilnius semblaient vivre un conte de fées économique. Cette vision naïve du développement des pays baltes ignorait en réalité deux facteurs. D’une part, ces indicateurs stupéfiants résultaient en partie d’une croissance de rattrapage consécutive à l’effondrement de l’Union des Républiques socialistes soviétiques (URSS) et d’une émigration massive vers l’Irlande et le Royaume-Uni. D’autre part, la surchauffe économique était palpable, surtout en Lettonie, et le Fonds Monétaire international (FMI) avait à plusieurs reprises fait part de son inquiétude.

La crise financière puis économique provoque donc dans les pays baltes un dur retour à la réalité, dont le degré de violence varie cependant selon les États.

La crise a d’abord touché le système bancaire des pays baltes. Place financière et pays plusieurs fois rappelé à l’ordre pour son risque de surchauffe économique, la Lettonie a été la première à perdre pied. Face à une situation de stagflation (croissance de -2,3% et inflation de 15,3% en 2008), Riga a demandé l’aide du FMI. Après négociations et face à l’ampleur des besoins, c’est un prêt international de 7,5 milliards d’euros qui a été accordé à la Lettonie afin notamment de soutenir le lats et de combler le déficit budgétaire.

Au niveau balte, l’Estonie a été touchée en même temps que la Lettonie, tandis que la Lituanie a été comme à son habitude touchée par les soubresauts économiques quelques mois après Riga et Tallinn.

Ces trois pays vont, selon les prévisions de la Commission européenne, être parmi les plus touchés de l’UE, avec l’Irlande et l’Espagne, et la crise y aura dans les trois des conséquences comparables : croissance négative en 2009, augmentation du chômage qui aura fin 2010 doublé par rapport à fin 2008. La reprise s’amorcera cependant de manière décalée. L’Estonie pourrait selon ces prévisions sortir de la crise plus rapidement que ses homologues baltes.

Dépendante des nouvelles technologies et de ses voisines Suède et Finlande, l’Estonie semble en effet se trouver dans un environnement favorable à une sortie de crise courant 2010. En revanche, les cas letton et lituanien semblent plus contrastés. Ces deux pays ont en effet des activités et des partenariats plus divers. Un des points positifs semble être pour eux la possible compensation du déficit d’exportations à destination de la zone euro par une augmentation des exportations à destination de la Pologne et de la Russie, qui seront vraisemblablement les deux seuls États de la région à tirer l’activité en 2009.

Les points d’interrogation restent cependant importants : quid des activités de transit en cas de baisse des volumes et du rôle de plateforme Est-Ouest que souhaite endosser la Lettonie ? Quid des principales entreprises lettones (Parex banka…) ou lituaniennes (FlyLAL…) en grande difficulté ? Vers de nouveaux investissements ou vers un désengagement très craint des pays nordiques ? Vers un renforcement des investissements russes ? Quel impact aurait sur le chômage et la pauvreté le possible retour de travailleurs partis en Irlande et au Royaume-Uni ? Enfin, à plus long terme et de manière plus globale, quel impact aura cette crise sur les sociétés, notamment la société lettone, aujourd’hui la plus concernée ?

Le cas letton : fin du bling-bling et retour du nationalisme ?

La Lettonie et sa capitale Riga n’ont guère résisté aux pressions, notamment dans le domaine bancaire. La première banque du pays en termes de dépôts (Parex banka) n’a pu faire face à des retraits massifs, en particulier russes, et a dû être nationalisée dans l’urgence, conséquence d’une situation déjà fragilisée par les situations de surchauffe, puis de stagflation.

Nationalisation de sa seule entreprise réellement multinationale, puis aide massive de 7,5 milliards d’euros, la situation n’est guère réjouissante. Symbole du niveau de difficulté, les prêteurs sont très nombreux : FMI, Banque mondiale, UE, Banque européenne pour la Reconstruction et le Développement (BERD), Suède, Danemark, Norvège, Finlande, Pologne, République tchèque, et même Estonie !

Signe de la fin des temps de croissance et de bling-bling, symbolisés par les prêts faciles et l’achat de Hummer rutilants, le prêt octroyé par le voisin estonien a certainement eu le goût de l’affront. De même, l’honneur et la valeur des dirigeants lettons ont été plus que mis en doute par deux pétitions : l’une demandant une annexion par la Suède, l’autre demandant un rachat du pays par Roman Abramovitch !

Les dirigeants lettons vont donc également devoir faire face à un mécontentement généralisé. Ainsi, en réaction à certaines décisions impopulaires telles que la hausse de la TVA ou l’abaissement du seuil d’imposition sur le revenu, la plus importante manifestation depuis l’indépendance a dégénéré en violences, le Parlement (Saeima) ayant été attaqué de manière symbolique. Couplée à des manœuvres politiques volant parfois très bas, la situation lettone pourrait se complexifier dans les mois à venir et de nombreux changements intervenir.

Symbole de cette complexité : le Président Valdis Zatlers. Alors qu’il s’est posé en Président de toute la population et a posé un ultimatum en vue de la formation d’un nouveau gouvernement, il a fait preuve d’un nationalisme assez inédit chez lui : tout d’abord en refusant dorénavant de parler en russe à la presse lettone russophone ; puis en souhaitant que les partis « lettons » participent à la nouvelle coalition, ce qui dans le jargon local ne laisse aucun doute sur ses intentions ; enfin en oubliant bizarrement l’idée d’élections législatives anticipées qu’il avait eue quelques jours auparavant.

Les dirigeants lettons voudraient-ils comme en Lituanie faire vaguement porter la responsabilité des manifestations sur des « forces étrangères » et refuser la réalité ? De même, certains médias peu connus pour leur russophilie pointent le repli sur eux-mêmes des russophones et leur identification avec la Russie. Replacer le prisme ethno-linguistique au cœur du débat alors que la crise économique fait rage, nouvelle façon pour les dirigeants lettons de rester au pouvoir face à la popularité grandissante du Centre de la Concorde, parti d’abord russophone mais qui transcende les clivages et parle à tous ?

 

Pour aller plus loin : 

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La Lettonie : une Islande dans l'UE ?
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Photo : Agence lituanienne de la banque lettone Parex. Source : Wikipedia
Commentaires
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FlyLal
Armand 2009-02-16 19:07:25

C'est fait, elle a déposé son bilan dans la dernière semaine de janvier.
Gilles 2009-02-17 06:48:13

FlyLAL est à mon sens plus qu'"en grande difficulté" car elle a déposé le bilan. Est-ce que
ça ira jusqu'à la liquidation ?

En ce qui concerne la déclaration du Président Adamkus qui
avait évoqué des forces étrangères derrière la manifestation du 16 Janvier à Vilnius, c'est
apparemment tombé à plat !
FlyLAL
Antoine 2009-02-17 20:41:26

Merci pour vos commentaires, j'avais effectivement adopté une expression plus adaptée à Parex qu'à
FlyLAL, qui a déposé le bilan comme vous le rappelez.
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