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L'un des principes fondamentaux du
projet européen est la liberté de circulation. Cela se traduit par
une disparition progressive des frontières au sein de l'Union et, de
façon
concomitante, le renforcement des contrôles aux frontières extérieures.
Aujourd'hui, on parle d'"Europe forteresse" et d'"Europe passoire"
car les flux d'immigration illégaux continuent malgré les
efforts de l'Union. Construisons-nous de nouveaux murs ?
L'Europe, une terre d'accueil
L'Europe est le premier pôle
d'immigration du monde avec 3 millions d'entrées nettes (2005) en dépassant
même l'Amérique du Nord. Tous les pays européens ont un solde migratoire
positif, sauf les pays Baltes et la Pologne. L'Union est aujourd'hui confrontée
à une mondialisation des flux migratoires et elle-même est devenue un carrefour
des liens familiaux, économiques, géographiques, historiques,
culturels. Pourtant, elle continue à considérer l'immigration comme quelque chose
de temporaire même si cela est devenu une partie intégrante de son identité.
Depuis le choc pétrolier de 1974, les pays européens se sont mis à contrôler très strictement leur main d'oeuvre étrangère. C'est un régime
d'exception comparé aux autres régions d'immigration du monde. De plus, cette
approche a de nombreux effets pervers : entrées clandestines, sédentarisation
des sans-papiers, esclavage moderne, le détournement de la demande d'asile,
mariage à des fins de travail ... En effet, le système Schengen se présente comme
une véritable incitation à l'immigration illégale, car une fois pénétrée,
l'immigrant peut se rendre où bon lui semble.
L'Europe des 27 compte aujourd'hui 490 millions d'habitants, dont plus de
25 millions d'étrangers. Le nombre de clandestins est estimé de 5 à 7 millions
en Europe. La présence sur le territoire européen de ce nombre important de
personnes en situation irrégulière présente de nombreux enjeux comme la
stabilité économique et sociale, l'ordre public, la dignité des personnes, le
respect de la souveraineté des États, le terrorisme, etc.
Les politiques européennes
Les politiques européennes actuelles en matière de
migration visent principalement à maintenir les migrants et les demandeurs
d'asile en-dehors des frontières de l'UE. La vision sécuritaire est habillée
par des craintes de la criminalité organisée, l'obsession des défis à
l'intégration et le risque migratoire.
Les questions d'immigration relèvent
en grande partie toujours des États membres, mais l'Union avance vers une
harmonisation de ses politiques. Toutefois, le sujet reste très sensible et
plein de contradictions internes entre les États membres. Des pays comme
l'Espagne ou Malte accusent les autres de manque de solidarité concernant le
partage de l'accueil des immigrants ou le contrôle des frontières. En même
temps, l'Allemagne et la France critiquent les régularisations massives
conduites en Italie et en Espagne ayant peur de voir surgir de nouvelles
vagues de sans-papiers. Les nouveaux États membres préfèrent par contre garder
leurs frontières fermées et éviter une politique européenne commune les obligeant
à accueillir un grand nombre d'immigrants.
De cette contradiction interne, une
solution est apparue sur laquelle tout le monde est d'accord : essayer de garder les
immigrants en dehors des frontières européennes. Pour cela, FRONTEX (Agence
européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières
extérieures) a été mise en place en 2005 visant à fournir une assistance
technique aux États membres et à agir aux côtés des Etats confrontés à une pression
migratoire particulière. Le Système d'information de Schengen (SIS) est une
base de données afin de faciliter le suivi des personnes suspectes et
indésirables dans l'espace Schengen. De plus, EUROPOL (Office européen de
police), CEPOL (Collège européen de police), l'OLAF (Office européen de lutte anti-fraude) contribuent à ce travail de sécurisation des frontières extérieures.
La politique européenne varie selon les
types de migrations. Concernant la migration légale, c'est une immigration
choisie qui est généralement adoptée (quotas par branches, « migrations
qualifiantes »). Pour lutter contre la migration illégale, l'Europe
applique un principe de « glacis protecteur » : par le biais des
accords bilatéraux et la politique du voisinage, l'UE lie les tiers pays à la
"forteresse Europe" car en échange des aides financières (pour attaquer les
raisons des migrations à la source ; 40 millions d'euros en 2006), ils ont
l'obligation de lutter contre la migration clandestine vers l'UE. En outre, les
pays européens utilisent les régularisations et les expulsions. Pour ce qui
concerne les demandeurs de l'asile, l'idée dominante est le « partage du
fardeau » pour installer les réfugiés dans les tiers pays, plus près de
leur pays d'origine.
Les impacts sur les voisins de
l'Europe
L'Europe s'est entourée d'un
« cordon sanitaire » en impliquant les pays frontaliers dans sa lutte
contre l'immigration illégale. Cela touche plus particulièrement l'Ukraine, la
Moldavie - les principaux lieux de passage à l'Est - et les pays du Maghreb. La
Méditerranée est la plus grande ligne de fracture avec plus de 2500 morts
annuels dus aux essais d'atteindre les côtes européennes. Ces zones, incluant
encore les Balkans et la Turquie, sont devenues des plaques tournantes de la
migration clandestine. En raison de ses frontières semi-militarisées, l'Europe
apparaît pour tous ces immigrants comme une forteresse.
À travers des partenariats et des
programmes de co-développement, l'Europe cherche à associer les pays frontaliers
au contrôle des flux d'immigrants. Par exemple, les programmes MEDA I (1995-1999)
et MEDA II (2000-2006) ont été mis en place pour les pays de la rive sud de la
Méditerranée. Lors de la conférence eurafricaine à Rabat en 2006, la question
était d'obtenir l'accord des pays africains pour le rapatriement de leurs citoyens.
L'Union européenne tend à spécialiser ce « cordon sanitaire » en une
fonction de transit et de contrôle. Pour cela, les pays voisins reçoivent des
aides financières et de l'aide technique pour sécuriser leurs frontières. De
plus, ils font l'objet une véritable pression pour y participer - souvent les aides au
développement sont conditionnées par la capacité des pays d'émigration de
contrôler l'immigration clandestine.
Les pays du Maghreb, tout en demeurant
des pays de départ, sont devenus également de nouveaux pays d'immigration et
de transit pour une population subsaharienne. Faute de pouvoir arriver en
Europe, de plus en plus d'immigrants se voient contraints de rester dans les
pays de transit. Cela s'applique également pour l'Ukraine et la Turquie par
exemple. On estime le nombre de personnes en situation irrégulière en Turquie à
500 000. L'Ukraine, elle, est par contre la principale voie d'entrée des
immigrants sur la frontière de l'Est. La plupart de ces pays n'ont pas de
véritable politique d'immigration (hors de la pénalisation) ou d'intégration. Par
conséquent, ils ont beaucoup de mal à faire face leur nouveau rôle de
« terminus ». Malgré les aides européennes, ils n'ont pas les
capacités de sécuriser totalement leurs frontières ou de gérer les clandestins,
qui, faute d'atteindre l'Europe hautement sécurisée, sont de plus en plus
nombreux chez eux.
Les pays frontaliers se trouvent sous
une double pression. D'un côté l'UE veut sécuriser ses frontières extérieures
et protéger l'espace Schengen, de l'autre il y a les flux grandissant de
clandestins derrières les portes de l'Europe. De cette situation résultent les
critiques des organisations des droits de l'homme. Vue la préparation
insuffisante des pays, les immigrants illégaux se trouvent aujourd'hui dans des
conditions déplorables voire inhumaines dans des centres de rétention.
L'Europe forteresse peu adaptée aux
réalités européennes
La politique européenne d'immigration laisse une impression assez
différente de la réalité : comme si l'Europe n'avait pas besoin de
l'immigration. Aujourd'hui, on a l'impression que l'UE cherche à s'enfermer, se
protéger et à ignorer le fait qu'elle est devenue de terre d'émigration une
terre d'accueil. Pourtant, il y a un réel besoin de l'immigration en Europe.
L'Europe doit faire face au vieillissement démographique et à des pénuries
conjoncturelles et sectorielles du marché du travail. L'ONU l'avait signalé
déjà en 2000 et ce ne fut qu'en 2005 que le Livre vert européen a reconnu la
nécessité de prendre en compte le vieillissement démographique et les besoins
d'immigration des pays européens en entrouvrant les frontières.
L'Organisation mondiale des Migrations a signalé que les pays européens se
préparent à une féroce concurrence afin d'attirer de la main-d'œuvre
extra-européenne. Cela ne concerne pas uniquement les pays de l'Ouest mais
également les nouveaux États membres. En même temps, l'Europe pourrait profiter
encore plus d'une éventuelle ouverture vu que le profil des migrants a changé.
On ne fait plus face à des ruraux analphabètes comme pendant la période des
migrations de masse, mais davantage à des urbains scolarisés issus des classes
moyennes.
Malgré les images de naufragés sur les côtés européennes et un véritable
besoin de l'immigration, l'opinion publique reste hostile à l'immigration.
Pourtant, cela n'est pas forcement fondé. La politique européenne manqueprobablement d'unvolet explicatif, mais aussi prospectif puisque les tendances démographiques semblent remettre en cause les fondements de cette politique. L'Europe ne mérite peut-être pas ses murs.
Pour aller plus loin :
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Sur Nouvelle Europe
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Dossier de novembre 2009 :
L'Europe et ses murs : l'histoire continue
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Quelle politique européenne de
l'immigration ? Compte-rendu du débat du 25 février 2009
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Schengen et immigration :
l'Ukraine, terminus ?
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Dossier de février 2009 :
L'Europe, un continent migrant ?
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Sur Internet
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European
Commission, Migration and Asylum in External Relations
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Illegal immigration, asylum and border control (EurActiv.com)
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International Center for Migration Policy Development
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À lire
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Pierre Beckouche, Yann Richard, Atlas d'une nouvelle
Europe. L'UE est ses régions : vers une région mondiale ?, Editions
Autrement, Paris, 2008
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Catherine Wihtol de Wenden, Atlas mondial des migrations, Editions
Autrement, Paris, 2009
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Catherine Wihtol de Wenden, La globalisation humaine, Presses Universitaires
de France, Paris, 2009
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Source carte : Pascal Orcier "Europe et migrations" / Nouvelle Europe , février 2009
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