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 Affiche électorale pour Yanoukovitch à Karkov - par Camille Marquette L'affrontement entre l'ancien et l'actuel premier ministre reste-t-il un
combat géographique entre l'est du pays, industriel et russophone et l'ouest du
pays, agricole et pro-occidental pour la définition de
l'identité ukrainienne ?
Des discours en mutation
Les deux candidats retenus pour le deuxième tour se sont efforcés de
gommer les traits de caractère les stéréotypant : ainsi, Victor
Yanoukovitch le russophone a perfectionné son ukrainien et fait des
déclarations pro-européennes ; Youlia Timoshenko quant à elle a adouci ses
attaques vers le Kremlin. Au point que son alter ego russe ; d'habitude
avare en compliments, a jugé « possible » de travailler avec
elle :
Cette atténuation est toutefois à relativiser, le Parti des Régions
de Yanoukovitch étant très proche de Russie Unie, le parti de l'équipe
dirigeante du Kremlin.
Youlia Timoshenko en organisant le lancement de sa campagne pour le
second tour à Lviv, capitale de l'Ouest du pays le vendredi 22 janvier,
marque aussi son ancrage électoral.
Selon Mikhail Kamtchatny, responsable du Comité des Electeurs
d'Ukraine pour la région de Kharkiv, les équipes de campagne ont préféré jouer
sur l'affect plutôt que sur le fond. Timoshenko joue sur son charisme et son
histoire personnelle en opposant « ceux qui parlent » (ses adversaires) à
« ceux qui agissent » (elle), mettant ainsi en avant son bilan à la
tête du gouvernement. Cette stratégie est risquée quand on connaît les
critiques auxquelles elle a dû faire face sur la gestion de la menace de la grippe
porcine par le gouvernement fin 2009. Cet atout charismatique a également été
utilisé pour la large campagne d'affichage « Vona peremoje » qui fait
l'amalgame entre la candidate et l'Ukraine en affirmant qu' « Elle va
gagner ». Le candidat adverse est d'ailleurs conscient de l'avantage de
Youlia sur le terrain de la dialectique, comme le montre son refus de se
confronter au premier ministre en exercice en direct entre les deux tours.
Les deux candidats, se détestant allègrement se livrent une bataille
rangée sur les clichés / préjugés, Yanoukovitch joue ainsi la carte du sexisme
en invitant Ioulia Timoshenko à « démontrer ses talents de cuisinière, si
elle veut être traîtée comme une femme » et l'équipe de Timoshenko
réplique en mettant en doute les capacités intellectuelles de son adversaire.
Ainsi, la dame de fer l'accuse de « ne pas pouvoir comprendre, ni
appréhender de manière intellectuelle ce qui est discuté »,
lorsqu'il « confond l'Autriche et l'Australie ».
Autre tactique des deux candidats : porter atteinte à l'intégrité
de leur adversaire. Timoshenko, ancienne magnat du gaz, est ainsi décrite par
ses détracteurs comme une femme très corrompue. Yanoukovitch n'est à ce sujet
pas mieux loti, au vu des liens étroits qui l'unissent à l'oligarque Akhmetov et
les fortunes du Donbass , sa région d'origine. Mais c'est surtout son
passé de prisonnier de droit commun qui dérange. Présentés comme des
« erreurs de jeunesse » par le candidat, les deux séjours en prison (trois
mois en deux ans) pour vol, crime organisé et agressions sont relativement mal
perçus, malgré l'annulation des condamnations huit ans après les faits par le
tribunal régional de Donetsk. Ainsi, selon Andreï, jeune ingénieur au chômage à
Kiev, la majorité des ukrainiens ne voteront pas pour un candidat mais contre
l'autre, ce qui montre bien la répulsion qu'inspirent les deux finalistes.
Les deux campagnes ont également eu chacune leur part de ridicule.
Côté orange, une lourde communication politique a été lancée pour
exposer Tigryoulia, félin offert à Youlia Timoshenko pour fêter l'année du
Tigre Blanc. Les photographies de la candidate aux cheveux détachés
(oh !), penchée sur le jeune tigre et vous présentant ses meilleurs vœux
pour l'année 2010, ont fleuries dans le métropolitain de Kiev. Côté bleu, on a
beaucoup raillé « Leader », chanson de campagne à la gloire de
Yanoukovitch et de l'Ukraine. Cette horreur musicale a indigné l'artiste
italien Toto Cutugno, qui a cru y reconnaître son tube mondial « Ti amo »3.
Les clés du scrutin : participation et report de voix.
Eugène Tarassov, sociologue à l'Université d'Etat de Donetsk
prévoit une participation plus forte au second tour. L'issue du scrutin de
dimanche repose fortement sur le choix de cette population muette du premier
tour et sur le report des quelques 42% des voix accordées aux autres candidats
du premier tour. Timoshenko fait le pari de combler son retard en dénonçant
l'absence de réserve de voix de son adversaire (à part les 3.54% des
communistes) et espérant un report de voix massif de tout les autres candidats
« oranges » (dont Yatseniouk, Youshchenko, Gritsenko, Souproun...). L'équipe
du Parti des Régions met quand à elle en avant son avance de près de 10% et
prépare l'opinion aux cris d'indignation face à la fraude électorale qu'elle s'apprête
à pousser si son candidat n'arrive pas en tête. Il est intéressant de noter
qu'après avoir annoncé qu'elle ne remettrait pas en cause les résultats de
l'élection, Youlia Timoshenko a menacé l'organisation d'une « nouvelle
révolution Orange » en cas de fraudes massives dues à la modification du code
électoral.
Dénonçant les capacités de déformations du scrutin de l'équipe en place,
les députés du Parti des Régions ont réussi en plein second tour
à révoquer Youri Loutsenko, ministre de l'intérieur de Timoshenko, en
faisant voter un vote de défiance à la Rada. L'inimitié entre le ministre de
l'intérieur et Yanoukovitch date de la tentative ratée du ministre d'annulation
du le jugement de 1978 du tribunal de Donetsk innocentant le candidat de ses « erreurs
de jeunesse». Timoshenko a fait preuve de fermeté en maintenant Loutsenko à la
tête du ministère en le nommant vice-ministre.
Le résultat final repose également sur le troisième homme, Serguei
Tihipko, qui est fortement courtisé par les deux camps. Après avoir dans un
premier temps essayé sans succès de pousser les deux candidats à accepter ses
projets politiques (notamment dans la gestion du gaz), le banquier a refusé de
se prononcer en faveur d'un ou l'autre candidat rejetant la proposition de Youlia
Timoshenko d'en faire son premier ministre.
Le choix des électeurs pourraient également se faire selon le futur
proche de la politique du pays. En effet, le président élu devra composer avec
une Rada émiettée entre de nombreuses fractions politiques. Si Timoshenko a
repoussé la perspective d'élections anticipées étant quasiment assurée de
conserver la majorité avec laquelle elle gouverne (alliance ByouT - Notre
Ukraine), Viktor Yanoukovitch a annoncé que l'actuelle premier ministre ne
pourrait en aucun cas rester à la tête du gouvernement s'il était élu
président, et qu'en cas d'absence de formation d'une majorité alternative, des
élections seraient organisées avant due date dés le printemps.
Camille Marquette est diplômé de l'Université pour l'Amitié des Peuples de Moscou
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