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Kaliningrad, petit
territoire russe entre la Pologne et la Lituanie, s'est mué en un îlot russe au
sein de l'UE depuis l'élargissement aux pays d'Europe centrale et orientale. L'enclave
a été au centre des attentions à cette occasion, mais sa situation ne suscite à
l'heure actuelle qu'un intérêt limité. Cinq années après l'élargissement, quel
est aujourd'hui le sort de Kaliningrad ?
Kaliningrad,
une zone frontière stratégique âprement disputée
Il est impossible
d'évoquer Kaliningrad sans rappeler quelques faits marquants de son histoire.
Une histoire qui s'entremêle à celle du continent européen et éclaire la
situation singulière de la région.
Fondée en 1256 par les
Chevaliers Teutoniques, la ville de Kaliningrad fut tour à tour capitale prussienne,
possession allemande puis russe. hemorrhoids treatment Conquise en 1945 par l'armée soviétique, la
région de Königsberg fut attribuée à la République socialiste soviétique de
Russie par le Traité de Postdam. Vidée de ses habitants allemands et
rebaptisée Kaliningrad en mémoire d'un obscur homme politique russe, l'ancienne
capitale prussienne devint alors un avant-poste fortement militarisé. Durant 45
ans, la ville et la région demeurèrent rigoureusement fermées à toute influence
étrangère. Lors de la désintégration de l'URSS, l'indépendance des Etats Baltes
(Estonie, Lettonie, Lituanie) et de la Biélorussie ont transformé l'oblast en une
enclave, la séparant de la Russie continentale par plus de 1000 km.
Depuis 1991, Kaliningrad
a tenté de s'ouvrir sur le monde avec l'aide de l'Union européenne et l'aval de
Moscou qui, en 2000, décida d'en faire une région pilote dans ses relations
avec l'UE. D'une taille réduite, seulement 15000 km2, l'enclave n'en constitue
pas moins une position stratégique pour le Kremlin. Sa situation géographique
en fait le seul port russe de la Mer Baltique libre de glace toute l'année et
elle contrôle le principal axe de passage maritime entre la Russie et l'Europe.
Par conséquent, l'oblast demeure soumis à un fort contrôle russe qui tient à
éviter toute tentation séparatiste. En 2000, l'arrivée au pouvoir de Vladimir
Poutine a conduit les autorités russes à accorder plus d'importance à l'enclave
et à renforcer le dialogue entre l'UE et la Russie sur ce sujet. La récente
menace du Président Medvedev d'installer des missiles Iskander à Kaliningrad si
les Etats-Unis ne renonçaient pas au projet de bouclier antimissile en Europe
de l'Est, démontre que la région demeure une zone stratégique pour les intérêts
russes.
Une
région marginalisée par ses difficultés économiques
L'enclavement
de Kaliningrad a un impact certain sur son économie. La faible étendue de son
territoire limite la taille de son marché domestique et son accès aux
ressources naturelles, la rendant dépendante à 90% des importations en
provenance des pays voisins, majoritairement pour les biens de consommation
qu'elle paie au prix fort. Les droits de douane et la garantie de la libre circulation
des marchandises sont des questions vitales pour Kaliningrad.
La frontière séparant
Kaliningrad de l'Union européenne est donc un point de passage vital, mais
c'est aussi une ligne de démarcation entre d'un coté, les régions polonaises et
lituaniennes en plein essor, et de l'autre l'oblast qui connait encore un
retard économique. Bien que le niveau de vie au sein de l'enclave soit
supérieur à la moyenne russe, il reste nettement inférieur à celui de la
Pologne et de la Lituanie, faisant de celle-ci une région sous-développée en
territoire européen, ce qui ne manque pas d'inquiéter l'UE. Celle-ci voit en
effet dans cette situation un facteur potentiel de déstabilisation de la région
et craint des flux d'immigration non contrôlés.
Aussi, les autorités communautaires ont-elles permis à Kaliningrad de bénéficier
des programmes d'aides TACIS (Technical Assistance to the Commonwealth of
Independent States, 1991-2000), ainsi que des plans d'action sectoriels dès l'an
2000 notamment dans les domaines tels que la coopération transfrontalière, la
lutte contre la criminalité et l'environnement. Du coté russe, l'oblast jouit
d'un statut privilégié de « Zone économique spéciale » (ZES) en vertu
d'un décret présidentiel de 1992 renouvelé en 2006 pour 25 ans, qui lui accorde
des allègements fiscaux et des avantages pour les investisseurs étrangers. Les
autorités russes, bien conscientes de la situation particulière de l'enclave,
ont cherché à favoriser son développement en créant les conditions propices à la
reconversion économique.
La région a vécu avec
difficulté la transition économique dans les années 1990, en raison de la forte
dépendance envers l'économie militaire héritée de la Guerre froide et a
souffert des répercussions de la crise financière de 1998. Depuis le début des
années 2000, Kaliningrad a accompli de remarquables progrès notamment grâce aux
investissements russes. Pour assurer son développement économique, elle mise
désormais sur l'industrie, notamment les secteurs électroniques et mécaniques,
mais surtout sur le tourisme grâce à son patrimoine naturel et historique. Les
activités traditionnelles telles que la pêche et l'exploitation de l'ambre
jouent également un rôle non négligeable dans son économie. Cependant, la crise
actuelle fragilise la région, faisant ressurgir les difficultés passées : hausse
du chômage, retard de paiement des salaires, faillite de la compagnie aérienne
locale.
Difficile
équilibre entre contrôle des frontières et liberté de circulation
La
liberté de circulation est aussi un enjeu diplomatique entre l'UE et la Russie,
car il est impensable d'empêcher les habitants de Kaliningrad de se rendre en
Russie continentale. Or, l'Union européenne redoute que l'oblast ne soit une
zone frontalière instable. En effet, en réaction aux difficultés économiques survenues
au début 1990, l'économie informelle s'était développée jusqu'à représenter 50% à 60% du PIB selon Viviane du Castel. Contrebande,
criminalité organisée et prostitution étaient répandues. A ces menaces,
s'ajoutaient des problèmes de
santé publique (taux de contamination par le VIH très élevé, tuberculose,
drogue) et environnementaux (déchets nucléaires, environnement dégradé). Depuis
lors, Kaliningrad a accompli de remarquable progrès et tente de rompre avec
cette image négative.
Si l'Union européenne souhaite garder le contrôle de ses frontières, la Russie
estime que ses ressortissants doivent pouvoir se déplacer librement d'une
partie à l'autre de son territoire. Des négociations entre les deux parties ont
abouti à la mise en œuvre de mesures destinées à prendre en compte la
spécificité de l'enclave et ce dès 2002. Il s'agit notamment du document de transit facilité (DTF)
délivré par les consulats lituaniens et un document facilitant le transit
ferroviaire (DFTF) délivré lors de
l'achat d'un billet de train et permettant aux voyageurs d'effectuer un
aller-retour entre Kaliningrad et la Russie continentale. Un million et demi de
voyageurs font chaque année le trajet et 70% empruntent le train, selon les
données de la Commission. Le système des DFTF est un succès et fonctionne sans
difficulté. Les problèmes actuels sont liés à la circulation et au séjour des
habitants de Kaliningrad dans l'espace Schengen. En effet, depuis l'entrée de Pologne
et de la Lituanie dans l'espace Schengen en décembre 2007, la délivrance de
visas multiples et gratuits a cessé. Ils ont été remplacés par des documents
payants dont le coût est particulièrement élevé au regard du faible niveau de
vie au sein de l'enclave. Les autorités russes se sont émues de cette situation.
Celle-ci engendre de nombreuses difficultés pour l'approvisionnement et les citoyens de Kaliningrad, nombreux
à vivre du commerce transfrontalier et à travailler dans les zones frontalières
polonaises et lituaniennes où les salaires sont plus élevés. Mais, jusqu'à
présent, l'UE s'est montrée réticente à tout assouplissement craignant de faire
de Kaliningrad un point d'entrée pour l'immigration clandestine. Or, la
question est d'importance car il s'agit non seulement de faciliter le transit
des habitants de Kaliningrad mais également celui de tous les citoyens russes
sur le sol de l'Union.
Perspectives
d'avenir pour Kaliningrad
Pour
beaucoup cette nouvelle frontière est perçue comme un nouveau Rideau de fer,
« le Rideau Schengen ». Une des solutions pour Kaliningrad réside
sans doute dans la coopération transfrontalière avec la Pologne et la Lituanie,
pays avec lesquels elle entretient de bonnes relations. Ainsi, des programmes
existent depuis les années 1990 dans divers domaines tels que le développement
économique, les infrastructures frontalières, le tourisme, l'environnement ou
encore les échanges culturels. Mais les dissymétries socio-économiques et les
problèmes de visas entravent ces coopérations.
La
régionalisation pourrait également contribuer au développement de l'enclave, mais
comme le souligne Denis Dafflon, ce terme est connoté négativement pour des
raisons historiques et les tendances centralisatrices de Moscou freinent le
processus.
L'intégration
de Kaliningrad en Europe est en marche depuis quelques années mais elle demeure
lente. Cette question concerne les Européens à plus d'un titre, aussi
doivent-ils veiller à agir en
faveur de cette région qui demeure vulnérable. L'UE, en tentant de sécuriser
ses frontières extérieures, doit prendre garde à ne pas enfermer Kaliningrad en
son sein, ce qui la condamnerait alors à un double isolement.
Pour aller plus loin
Sur
Nouvelle Europe :
Ailleurs :
-
Daflon
Denis, L'avenir de Kaliningrad dans la nouvelle Europe, isolement ou
intégration, Institut européen de Genève, 2004.
-
Du
Castel Viviane, De Königsberg à Kaliningrad : l'Europe face à un
« nouveau département d'Outre-terre » russe sur la Baltique,
L'Harmattan, édition augmentée et actualisée, 2008.
-
Du
Castel Viviane, Trou noir dans la zone bleue ?, Questions
d'Europe n°74, Fondation Robert Schuman, 18 janvier 2003.
-
Gänzle Stefan, Müntel Guido and
Vinokurov Evgeny, Adapting to European integration? Kaliningrad, Russia
and the European Union, Manchester University Press. 2008.
-
CHILLAUD, M. & TETART, F., The
Demilitarization of Kaliningrad: A Sisyphean Task ?, in Baltic Security
and Defence Review, Vol. 9, 2007 (in english)
-
Rapport
de la Commission du 22 décembre 2006 relatif au fonctionnement du transit
facilité entre la région de Kaliningrad et le reste de la Fédération de Russie.
COM(2006) 840 final
-
Rapport
du Conseil de l'Europe du 22 septembre 2002 sur l'élargissement de l'UE et la
région de Kaliningrad, rapporteur : Lara Margret Ragnarsdottir (Groupe des
démocrates européens) Doc. 9560
Source photo : Findustrip sur Flickr
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