Istanbul, une capitale européenne ?
Écrit par Audrey Douspis | 29-12-2009
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Tags : Turquie 

Image Une ville située hors de l'Union européenne et en partie asiatique choisie comme capitale européenne de la culture ? Une erreur ? Une preuve de l'incurie de Bruxelles ? Des fonctionnaires européens qui ont oublié de consulter une carte ? Non, tout simplement un hommage à une ville hors norme : Istanbul.

Istanbul entre Europe et Asie

Située à l'extrême nord-ouest de la Turquie, Istanbul entre Asie et Europe tire sa singularité de sa position géographique. Cité lacustre, baignée par les eaux de la Mer de Marmara, la ville se partage entre rives européenne et asiatique. L'agglomération se compose de trois principaux ensembles rapprochés par des ponts et prolongés en de vastes faubourgs. Au sud de la Corne d'Or, se trouve Stamboul la ville byzantine puis ottomane, sur la rive nord Galata l'ancienne ville européenne et à l'est les quartiers de Üsküdar et Kadiköy installés en rive asiatique.

La vieille ville, elle-même, n'est qu'un enchevêtrement de quartiers. Balat, l'ancien ghetto juif qui borde la Corne d'Or abrite aujourd'hui des provinciaux et des Arméniens. Le Phanar, enclave réservée au Patriarche grec, se peuple de musulmans. Au sud, les rues populaires du Fatih bordent le centre historique où affluent les Européens. Ils viennent admirer la Basilique Sainte-Sophie, le palais de Topkapi ou encore la mosquée de Sultanahmet avant de déambuler dans les échoppes du Grand Bazar. Tandis que sur l'autre rive européenne, dans le quartier de Pera et de Beyodu, se pressent les Stambouliotes.

Cette diversité caractérise la ville. L'Eglise Sainte-Sophie, emblème d'Istanbul, fut tour à tour basilique puis mosquée, avant d'être transformée en musée laïc en 1935. La visiter c'est parcourir l'histoire d'une ville qui fut successivement Byzance, Constantinople, Istanbul.

De Constantinople à Istanbul

A l'origine Byzance n'est qu'une petite colonie grecque tirant sa prospérité économique d'échanges commerciaux avec l'Asie. Conquise par Rome au IIe siècle de notre ère, son destin bascule en 324. L'empereur Constantin (306-337), à la recherche d'une nouvelle capitale pour mieux combattre les ennemis orientaux de l'Empire, notamment les Perses, arrête son choix sur Byzance en raison de sa situation géographique exceptionnelle. La ville est ensuite renommée Constantinople en hommage à l'empereur. 

Alors que plusieurs empereurs se partagent l'Orient et l'Occident,  Constantinople devient la capitale naturelle de l'empire d'Orient. Après la chute de Rome, l'empire connaît au VIe siècle une période faste sous le règne de l'empereur Justinien (527-565).  Voulant montrer la magnificence de son héritage et l'étendue de sa reconquête partielle de l'Occident (Afrique et Italie), l'empereur décida de reconstruire la Basilique Sainte-Sophie qui datait de la période de Constantin. Son ambition était d'en faire la plus grande église au monde, ce qu'elle resta jusqu'à la construction de Saint-Pierre de Rome (1506-1626). Constantinople se peuple alors peu à peu de toutes les populations de l'empire et profite de sa position centrale dans les circuits commerciaux avec l'Orient.

Après une phase de repli au VIII et IXe siècle, l'empire Byzantin et sa capitale connaissent un siècle et demi d'expansion territoriale. Dominant les routes commerciales internationales, Byzance s'impose comme un carrefour entre Europe et Asie. Elle en tire prospérité et éclat : sa richesse est partout célébrée, tout comme la profusion de ses églises et de ses reliques. Mais en 1204, la capitale tombe aux mains des croisés. L'empire Byzantin cède le pas à un empire latin, les empereurs se replient sur Nicée en Asie Mineure. Constantinople décline et se dépeuple pendant un demi-siècle, ses élites s'exilent en Europe et notamment en Italie, où elles participent à l'éclosion de la Renaissance. Michel Paléologue VIII parvient à reprendre possession de la ville en 1261, mais sa puissance est considérablement amoindrie. Les empereurs de plus en plus endettés auprès des Génois et des Vénitiens sont contraints de leur céder des avantages exorbitants. En 1355, les Turcs Ottomans, qui ont déjà conquis la totalité de l'Asie Mineure, passent en Europe où ils s'emparent de la péninsule des Balkans. Au début du 15e siècle, Constantinople est encerclée par les armées turques, seuls subsistent quelques fragments de l'Empire comme Trébizonde, Mistra. Le 29 mai 1453, les Turcs sous le commandement de Mehmed II s'emparent de la ville.    

Vécue en Occident comme un évènement tragique, la prise de la ville ne signifie pas sa disparition, bien au contraire. Sous la domination ottomane, Constantinople rebaptisée Istanbul, est une capitale en pleine essor durant le XVIe siècle. Alors que la puissance de la Sublime Porte décroît, Istanbul s'ouvre aux influences occidentales au cours des XVIIIe et XIXe siècle.

Après la chute de l'Empire Ottoman en 1923, Ankara devient la nouvelle capitale politique de la République turque tandis qu'Istanbul, au lourd passé, est privée de toute fonction politique. Nommée officiellement Istanbul en 1928, la ville continue pourtant à se développer tout au long du XXe siècle jusqu'à devenir une métropole de taille internationale.

Une métropole dynamique

Mettre sous silence le passé d'Istanbul serait nier son caractère unique qui fait son immense richesse. Mais, elle ne saurait s'y réduire. Tout comme il serait impossible de réduire des villes comme Paris, Rome ou encore Prague, par exemple, à leur patrimoine historique et architectural, au risque de les transformer en musées à ciel ouvert. Istanbul, ville bimillénaire est une métropole internationale vibrante d'activité.

Croissance fulgurante, expansion anarchique, Istanbul défie les normes établies. Véritable métropole dont la population dépasse les 11 millions aujourd'hui, la ville rassemble plus de 15% de la population turque comme le souligne le chercheur Jean-François Pérouse. Cette Istanbul moderne est l'un des tous premiers carrefours urbains de la région. Sa croissance repose largement sur l'immigration de populations provenant principalement des régions rurales d'Anatolie. Cette originalité dans un pays pourtant largement urbanisé contribue à la singularité de la ville et renforce son ancrage anatolien.  

A cette croissance démographique répond une forte expansion spatiale. Les quartiers centraux, aujourd'hui délaissés par les habitants, sont convertis en espaces commerciaux et de bureaux ou investis par les touristes. La population aisée se retrouve dans les quartiers périphériques transformés en cités de standing, à côté desquelles voisinent des gecekondu ou baraque construites en une nuit. Ces constructions illégales forment une réalité incontournable d'Istanbul mais ne sont pas des bidonvilles. Leur standing est en effet très variable, notamment sur les rives du Bosphore.

L'étalement urbain apporte son cortège de difficultés : pollution, dénaturation des paysages, encombrement urbain. Les moyens de liaison entre rives asiatique et européenne sont insuffisants. Routes, autoroutes et voies ferrées peinent à répondre à une activité urbaine toujours plus trépidante.


 

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