Ceuta et Melilla, atouts ou dangers pour l'Europe ?
Écrit par Luce Ricard | 26-01-2010

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Enclaves espagnoles au nord-ouest du Maroc, les villes de Ceuta et Melilla constituent aujourd'hui une présence européenne en plein Maghreb. Atouts géopolitiques pour l'Europe, ces enclaves sont aussi un défi sécuritaire, migratoire, fiscal et politique pour la Méditerranée.

Ceuta et Melilla : futur épicentre de heurts identitaires ?

Ces villes présentent la particularité d'être restées depuis le XVIIè siècle sous administration espagnole. Toutes deux « villes autonomes » depuis 1995 (statut administratif intermédiaire entre la commune et la communauté autonome) après avoir été longtemps des « ports francs », Ceuta (19,3 km2) et Melilla (13,3 km2) sont des fragments de territoire espagnol et donc européen sur les côtes marocaines. Il va sans dire que cette présence espagnole renforcée dans le détroit de Gibraltar est pour l'Europe un avantage stratégique. Cependant, « le prix à payer » pour ces fenêtres sur la Méditerranée est sujet à polémique.

Ceuta, de par sa position, contrôle le détroit de Gibraltar et a donc un accès direct aux routes stratégiques commerciales internationales.

La question des enclaves espagnoles soulève immédiatement celle des revendications marocaines et de l'enjeu identitaire de l'appartenance nationale de ces villes. Le Maroc, soutenu par l'Union africaine, l'Organisation de la conférence islamique et la Ligue arabe revendique les enclaves et fait pression sur l'Espagne et l'UE via des ONG et des lobbies. Ces soutiens ne vont pas sans être à l'origine de tensions puisque l'OCI n'a pas hésité à faire intervenir une dimension religieuse dans la revendication des enclaves lors de la publication d'un communiqué sur le « soutien total au Maroc dans la récupération de ses deux villes occupées Sebta (Ceuta) et Melilla ». En outre, lors d'un discours au Parlement marocain, le Premier ministre marocain Abbas El Fassi a assimilé le statut des deux villes aux Territoires Occupés palestiniens. Plus fort encore, l'intervention de Mustafa Ramid, président du groupe parlementaire PJD, qui parle de du sort des « Marocains vivant sous colonisation espagnole (qui) sont comme nos frères palestiniens dans le cadre de la colonie israélienne ». Or, voici l'un des risques du cas de Ceuta et Melilla : que le débat soit confisqué par les opinions les plus radicales et qu'une question territoriale se retrouve teintée de revendications religieuses sur fond de « clash des civilisations » ou dépasse du cadre maroco- espagnol. C'est une dérive que les rois du Maroc et d'Espagne ont choisi d'écarter très clairement en adoptant une attitude fondée sur les principes de coexistence et d'intégration, principes rappelés lors du discours de Melilla du 6 novembre 2007.

Le défi migratoire, un test pour l'UE ?

Outre ces dérives qui pourraient porter un coup d'arrêt aux relations maroco-espagnoles, le principal défi des enclaves est la question migratoire avant tout illégale et le contrôle des flux de personnes et de marchandises. De cette question découlent des difficultés humanitaires, sécuritaires et économiques.

Les villes de Ceuta et Melilla concentrent quotidiennement d'importants flux de personnes puisque 30 000 travailleurs de jour marocains peuvent entrer à Ceuta et 20 000 à Melilla. Or, pénétrer dans ces villes signifie entrer dans l'Union européenne via l'Afrique du Nord. On comprend aisément l'attraction que peuvent représenter ces enclaves où le PIB est 13 fois supérieur à celui du Maroc (la frontière entre Espagne et Maroc à Ceuta et Melilla figure parmi les 10 frontières les plus inégales du monde). L'immigration clandestine, largement médiatisée, est devenue une question épineuse ces dernières années notamment depuis la mise en place en 1998 par le gouvernement Aznar de fortifications militaires équipées de matériel de surveillance autour de Ceuta et Melilla. Suite à cette mesure, les drames humanitaires qui se sont succédé ont mis ces enclaves sur le devant de la scène. En effet, l'automne 2005 a vu des milliers de migrants venus d'Afrique sub-saharienne tenter de franchir les barrières de Melilla et Ceuta. 13 des candidats à la migration ont été tués dans des conditions non-élucidées. Certaines ONG ont dénoncé le transfert de ces derniers à la frontière avec le Sahara occidental sans eau ni nourriture. De son côté, le ministère de l'Intérieur marocain a publié un rapport sur les décès dus aux clôtures espagnoles. La Cimade et Médecins Sans Frontières ont eux dénoncé le haut taux de victimes de violences des forces de sécurité espagnoles parmi les immigrés. L'image des barbelés de Ceuta a cristallisé le débat sur la question migratoire devenue enjeu migratoire et a attiré l'attention de la communauté internationale sur ces drames.

Face à cette situation, l'Union européenne, qui intervient dans les enclaves via le FEDER, le FSE et la BEI, a proposé en 2005 à travers la voix de F. Frattini, alors Commissaire chargé de la Justice, de la Liberté et de la Sécurité des mesures en coordination avec l'agence FRONTEX (Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieure, mise en place en 2005 et visant à fournir une assistance technique aux Etats membres de l'UE) dont les opérations de sauvetage et le prévention de la traite des êtres humains. En parallèle, l'UE a accordé une enveloppe de 67 millions d'euros au Maroc en appui à sa stratégie de lutte contre l'immigration clandestine. Cette aide a répondu aux recommandations de la Conférence euro- africaine sur la migration et le développement de juillet 2006 (qui visait à l'accord des pays africains pour le rapatriement de leurs citoyens). Depuis le traité d'Amsterdam, l'immigration est devenue une compétence communautaire et les politiques des États en la matière se doivent d'être de plus en plus encadrées par la législation européenne. L'UE inscrit sa lutte contre l'immigration illégale dans le cadre d'accords bilatéraux avec des pays tiers qui sont tenus de prévenir l'accès de ces illégaux sur le sol européen en échange d'aides financières. En Méditerranée, les programmes MEDA I (1995-1999) et MEDA II (2000-2006) associent les pays tiers à sa lutte contre l'immigration illégale.


 

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