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Les regards européens contemporains ont tendance à
lorgner vers les États et les villes du pourtour méditerranéen pour y chercher
les développements futurs de l'Union européenne. Toutefois, il ne faudrait par
pour autant sous-estimer l'importance de la Baltique, devenue depuis 2004 un
« lac européen », dans la structuration et la recomposition possible
de l'espace européen.
De fait, pendant des siècles, la Baltique et la mer du
Nord ont joué le rôle de Méditerranée du monde nordique. De nombreuses
marchandises y transitaient : ambre, esclaves, hareng salé, bois,
céréales, cire, fourrure. Entre le XIIe et le XVIIe siècle, cet espace fut
dominé par la Ligue hanséatique, une association de plus de cent ports d'Europe
du Nord. Lieux de production et d'échanges, ces villes ont joué le rôle
d'interface entre l'Europe continentale et les mondes scandinave et russe. De
Londres à Novgorod en passant par Bruges, Hambourg, Lübeck, Gdańsk ou Riga, cette
association fondée sur la reconnaissance d'intérêts commerciaux communs eut un
rôle important au niveau tant commercial que politique en Europe. Aujourd'hui
encore, que ce soit au travers de noms de rues, de quartiers ou de la fameuse
architecture de briques, nombreux sont les indices de ce passé commun.
Un réseau de villes reliées par un intérêt commun
L'idéal hanséatique semble également opérer un retour
en force dans l'Europe contemporaine. Pour s'en convaincre, il faut revenir sur
les conditions qui ont présidées à l'établissement de cette association de
villes. La Ligue hanséatique s'est constituée dans l'espace libre entre le fief
et l'État-nation (qui n'existait pas encore dans son sens moderne). La Ligue
fut au départ une association germanique de marchands, instituée pour sécuriser
les échanges entre villes de la Baltique. Peu à peu, cette ligue de marchands
devint une ligue de villes libres. Vers le XIIe siècle, en certains endroits le
pouvoir a glissé vers des associations capables de fonctionner comme entités
unifiées. C'est le cas de la Ligue hanséatique avec la bourgeoisie des villes
(notamment des villes d'Empire) s'affirmant contre leurs souverains et
organisant leurs échanges dans un monde baltique dominé par les Allemands. Se
libérant d'un système d'ordre public pyramidal, les villes de la Ligue ont
élaboré un système réticulaire, un modèle souple de réseaux entrecroisés.
Disposant de son propre droit, de sa propre politique
étrangère et d'un parlement, la Ligue hanséatique domine jusqu'au XVIIe siècle
un espace géopolitique qu'elle a elle-même contribué à façonner. Toutefois, ne
formant pas un État, mais plutôt un réseau de villes souveraines mettant en
commun certaines prérogatives, la Ligue a montré ses faiblesses face à la
montée en puissance de l'État-nation, fondé sur la territorialité et non plus
sur l'association mutuelle.
Le retour des villes comme lieu de pouvoir
Actuellement un glissement similaire du lieu de
pouvoir est en cours. Vers le haut, avec la construction européenne et vers le
bas, avec la montée en puissance des villes et régions. Ces glissements, aux
dépends de l'État-nation, se retrouvent également dans les changements dans les
valeurs géographiques. En effet, aujourd'hui proximité rime avec une meilleure
gouvernance. Cette idée est d'ailleurs renforcée par le principe de
subsidiarité, érigé au niveau européen en principe d'action.
À cet égard, les réminiscences de l'idéal hanséatique
sont à rechercher dans le lien étroit qui est énoncé entre pouvoir économique
et politique. Comme l'État-nation semble (du moins symboliquement) affaibli au
sein de l'espace européen, cela favorise l'apparition ou la réapparition de
formes de développement libérées des contraintes inhérentes au modèle
stato-national.
On ne compte plus les projets d'associations
transnationales entre villes ou entre régions européennes. Autant de signes qui
manifestent un retour des grandes métropoles comme composantes potentielles de
l'espace géopolitique européen. Les grandes villes semblent ainsi se croire
assurées d'une plus grande prospérité que si elles étaient de simples
composantes de grands États territoriaux.
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