Vers un renouveau de l'idéal hanséatique en Europe ?
Écrit par Gatien Du Bois | 03-01-2010

ImageLes regards européens contemporains ont tendance à lorgner vers les États et les villes du pourtour méditerranéen pour y chercher les développements futurs de l'Union européenne. Toutefois, il ne faudrait par pour autant sous-estimer l'importance de la Baltique, devenue depuis 2004 un « lac européen », dans la structuration et la recomposition possible de l'espace européen.

De fait, pendant des siècles, la Baltique et la mer du Nord ont joué le rôle de Méditerranée du monde nordique. De nombreuses marchandises y transitaient : ambre, esclaves, hareng salé, bois, céréales, cire, fourrure. Entre le XIIe et le XVIIe siècle, cet espace fut dominé par la Ligue hanséatique, une association de plus de cent ports d'Europe du Nord. Lieux de production et d'échanges, ces villes ont joué le rôle d'interface entre l'Europe continentale et les mondes scandinave et russe. De Londres à Novgorod en passant par Bruges, Hambourg, Lübeck, Gdańsk ou Riga, cette association fondée sur la reconnaissance d'intérêts commerciaux communs eut un rôle important au niveau tant commercial que politique en Europe. Aujourd'hui encore, que ce soit au travers de noms de rues, de quartiers ou de la fameuse architecture de briques, nombreux sont les indices de ce passé commun.

Un réseau de villes reliées par un intérêt commun

L'idéal hanséatique semble également opérer un retour en force dans l'Europe contemporaine. Pour s'en convaincre, il faut revenir sur les conditions qui ont présidées à l'établissement de cette association de villes. La Ligue hanséatique s'est constituée dans l'espace libre entre le fief et l'État-nation (qui n'existait pas encore dans son sens moderne). La Ligue fut au départ une association germanique de marchands, instituée pour sécuriser les échanges entre villes de la Baltique. Peu à peu, cette ligue de marchands devint une ligue de villes libres. Vers le XIIe siècle, en certains endroits le pouvoir a glissé vers des associations capables de fonctionner comme entités unifiées. C'est le cas de la Ligue hanséatique avec la bourgeoisie des villes (notamment des villes d'Empire) s'affirmant contre leurs souverains et organisant leurs échanges dans un monde baltique dominé par les Allemands. Se libérant d'un système d'ordre public pyramidal, les villes de la Ligue ont élaboré un système réticulaire, un modèle souple de réseaux entrecroisés.

Disposant de son propre droit, de sa propre politique étrangère et d'un parlement, la Ligue hanséatique domine jusqu'au XVIIe siècle un espace géopolitique qu'elle a elle-même contribué à façonner. Toutefois, ne formant pas un État, mais plutôt un réseau de villes souveraines mettant en commun certaines prérogatives, la Ligue a montré ses faiblesses face à la montée en puissance de l'État-nation, fondé sur la territorialité et non plus sur l'association mutuelle.

Le retour des villes comme lieu de pouvoir

Actuellement un glissement similaire du lieu de pouvoir est en cours. Vers le haut, avec la construction européenne et vers le bas, avec la montée en puissance des villes et régions. Ces glissements, aux dépends de l'État-nation, se retrouvent également dans les changements dans les valeurs géographiques. En effet, aujourd'hui proximité rime avec une meilleure gouvernance. Cette idée est d'ailleurs renforcée par le principe de subsidiarité, érigé au niveau européen en principe d'action.

À cet égard, les réminiscences de l'idéal hanséatique sont à rechercher dans le lien étroit qui est énoncé entre pouvoir économique et politique. Comme l'État-nation semble (du moins symboliquement) affaibli au sein de l'espace européen, cela favorise l'apparition ou la réapparition de formes de développement libérées des contraintes inhérentes au modèle stato-national.

On ne compte plus les projets d'associations transnationales entre villes ou entre régions européennes. Autant de signes qui manifestent un retour des grandes métropoles comme composantes potentielles de l'espace géopolitique européen. Les grandes villes semblent ainsi se croire assurées d'une plus grande prospérité que si elles étaient de simples composantes de grands États territoriaux.


 

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