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Différend
juridique et faible fréquentation sur le Passage du Nord Ouest
Depuis le premier transit
complet du P.N.O. réalisé en 1906, seuls 120 navires avaient renouvelé la
traversé avant fin 2008. Ce sont essentiellement des brises-glaces canadiens
voire quelques navires de plaisance. A l'été 2009, une hausse du trafic lié au
tourisme a été observé dans le P.N.O., mais celle-ci serait d'avantage due à
l'accroissement de la capacité des compagnies de desserte locale déjà présentes
dans la région, qu'à de nouvelles dessertes.
Le Passage du Nord-Ouest
[Source : voir infra]
L'argument de la longueur
moindre des itinéraires sub-arctique plaiderait pourtant en faveur d'un intérêt
réel des armateurs toutefois il est certain que le transport maritime ne
raisonne pas qu'en termes de distance. L'itinéraire méridional du P.N.O.
n'impose aucune limite de gabarit, ni de tirant d'eau pour les navires
souhaitant l'emprunter, à la différence des canaux de Suez et Panama qui sont
limités respectivement à 18,9 m et 12m maximum. Toutefois si les navires
ont besoin de solliciter l'assister des brises-glaces, il ne faut pas qu'ils
soient plus large que leurs sillages. Donc il faut considérer cette contrainte
sur la taille des navires. Grâce à la baisse des coûts des technologies de
construction navale, il est possible pour les cargos de naviguer dans des eaux
où flotte une banquise résiduelle notamment grâce aux navires à coques renforcées.
Mais le recours à ces navires suppose de lourds investissements qui nécessitent
un amortissement rapide. Sans compter que ces navires sont moins
hydrodynamiques et consomment plus de carburant. Ainsi les gains pour les
entreprises marchandes ne sont pas évidents et jusqu'à présent, malgré ces
techniques de construction navales modernes, les rigueurs polaires fermaient le
P.N.O. à toute navigation commerciale.
En outre, la question du P.N.O.
constitue un différend juridique entre le Canada et les Etats-Unis notamment.
Le Canada considère que les eaux de son archipel par lesquelles passe le P.N.O.
sont des « eaux intérieures » historiques (voir article 15
de la CMB) et les a circonscrites dans un système de lignes de base droites. Il
peut donc réglementer les conditions de navigation comme il l'entend. Là où les
russes n'étais pas autorisés à prélever des droits de péage sur le P.N.E., les
canadiens pourraient très légalement le faire sur le P.N.O. Normalement, les
navires battant pavillon d'un Etat tiers ne disposent pas d'un droit
automatique de « passage inoffensif » dans les eaux intérieures.
D'autres Etats (notamment les Etats-Unis) considèrent en revanche que les
chenaux de l'archipel qui constituent le P.N.O. à travers l'Océan Arctique
constituent un « détroit international » au sens du droit
international de la mer (voir article 34 de la CMB) et qu'un droit de passage
en transit doit donc être reconnu aux navires de toutes les nations. Tant que
le P.N.O. était recouvert de glaces permanentes, le débat était essentiellement
académique. Mais aujourd'hui la question du régime juridique de ces eaux revêt
un caractère de plus en plus pressant.
Le
poids des contraintes techniques et climatiques et une hausse des risques environnementaux
La fréquentation des passages
maritimes sub-arctique autant russes que canadiens est encore très modeste,
essentiellement à cause des nombreuses difficultés de navigation qui font que
ces itinéraires sont incertains, dangereux et peu rentables. La navigation pour
les navires qui ne sont pas équipés de coques fortement renforcée ou qui ne
suivraient pas la trace d'un brise-glace, ne peut se produire qu'une partie de
l'année, généralement entre juin et septembre, car l'hiver la banquise se
reformera toujours. Et il est encore impossible de prédire précisément à quelle
date les détroits se libéreront au printemps et regèleront en automne,
c'est-à-dire les moments entre lesquels la navigation sans brise-glace peut
être envisagée. Dans tous les cas, pour espérer naviguer sans une escorte de
brise-glace, il faut disposer d'un équipage expérimenté et d'équipements
spécifiques, par exemple, des projecteurs nocturnes pour la détection visuelle
des blocs de glace, des radars puissants, un hélicoptère embarqué pour la
reconnaissance préalable des détroits...soit des matériels coûteux et qui ne sont
pas à la porté de toutes les compagnies marchandes.
En outre, la mobilité des
glaces dérivantes fait planer des risques élevés de collision entre les navires
et les icebergs. Nul besoin de mentionner le drame du Titanic pour saisir le
choc et les répercutions négatives que provoqueraient de tels accidents
d'autant plus difficiles à prévoir que les icebergs sont très difficilement
détectables et imposent une grande rigueur dans la navigation et une allure
réduite. Cette question n'est pas résiduelle car la fonte progressive de
l'inlandsis du Groenland va par exemple entraîner un fort accroissement du
nombre d'icebergs dérivants dans la baie de Baffin (située entre le Nunavut
(Canada) et le Groenland) qui vont rendre la navigation très délicate. Ainsi
les incertitudes de navigation liées à la présence de glaces dérivantes ou au
passage des détroits sont difficiles à gérer pour les compagnies marchandes qui
ne peuvent pas se permettre d'avoir des retards dans leurs livraisons, même
pour des raisons climatiques, ni de devoir changer de routes maritimes
plusieurs fois par an. Sans compter que les Etats riverains doivent se
positionner pour être en mesure d'apporter immédiatement des solutions de
secours en cas de catastrophe, ce qui est une charge très lourde et très
coûteuse. Aux risques précédemment mentionnés, il faut aussi ajouter les
brouillards et le givrage qui conduisent les compagnies d'assurance à demander
des primes nettement plus élevées que pour les zones tempérées. Ces primes sont
une contrainte qui pèse considérablement dans le choix des compagnies
d'emprunter cet itinéraire.
Au vu du développement de la
navigation maritime, les gouvernements des pays riverains, notamment norvégien,
se sont inquiétés de la venue possible de « navires poubelles » et du
risque environnemental que pourrait représenter la navigation dans les eaux
arctiques de vieux navires sous pavillon de complaisance, affrétés par des
compagnies maritimes peu scrupuleuses. Même si les contrôles des navires dans
les ports se sont faits plus nombreux et que des progrès ont été accomplis pour
que plusieurs Etats détenteurs de pavillons de complaisance éliminent bon
nombre de vieux navires, l'inquiétude norvégienne ne s'est pas apaisée. Il faut
noter qu'à cause du froid, le pétrole met beaucoup plus de temps à se résorber
et qu'en cas d'accident les dommages seraient considérables et durables. Le cas
du pétrolier de la compagnie Exxon-Mobil échoué en Alaska a beaucoup frappé les
esprits. Cet exemple a d'ailleurs été utilisé par la Russie et le Canada pour
revendiquer que la navigation sur les voies arctiques soit organisée selon
leurs propres conditions c'est pourquoi ils revendiquent une souveraineté
absolue sur ces passages, ce à quoi s'opposent toujours les Etats-Unis et
l'Union-Européenne.
La fréquentation du P.N.E. et
P.N.O va certainement être appelée se développer pour le fret international
mais, pour l'heure, le géographe canadien Frédéric Lasserre a montré que rares
sont les entreprises souhaitant utiliser les passages qui ne le font pas déjà.
En effet, les contraintes politiques et économiques et les risques
environnementaux sont considérables et ne laissent pas entrevoir
l'établissement d'un trafic marchand régulier et sûr dans les passages
maritimes sub-arctiques. Beaucoup d'éléments vont dépendre de l'évolution de la
fonte des glaces dans les prochaines années et il ne faut pas être trop pressés
de considérer ces voies comme de possibles autoroutes maritimes !
Pour aller plus loin
Sources des cartes
- Carte sur le passage du Nord Est : Source: DUNLAP William (1996) "Transit Passage in te Russian Arctic Straits, Maritime Briefing, vol 1, n°7, International Boundary Research Uni, University of Durham. Carte reprise par Fédéric Lasserre, Professeur à l'Université de Laval au Québec dans une intervention intitulée: "Ouverture du passage du Nord-Ouest : quel développement pour la navigation?" reprise sur le site du Festival International de la géographie, actes du colloque "Mers et océans prennent le large" du 2 octobre 2009 http://fig-st-die.education.fr/actes/actes_2009/lasserre/nord_ouest/nord_ouest.swf, slide 11 sur 38;
- Carte sur le passage du Nord Ouest : Carte de Frédéric Lasserre, "Le passage du Nord-Ouest: une route maritime en devenir?", Revue internationale et Stratégique (Paris), n° 42, p 143-160, 2001. Egalement disponible à la précédente adresse slide 10/38;
Sur Nouvelle Europe
Ailleurs sur le web
- "L’ouverture politique du passage du Nord-Est". Association « Le cercle polaire ».
A lire
- "La bataille du Grand Nord a commencé" par Richard Labévière et François Thual (Perrin) 2009 ;
- Frédéric Lasserre, "Le passage du Nord-Ouest: une route maritime en devenir?", Revue internationale et Stratégique (Paris), n° 42, p 143-160, 2001.
- "Le Grand Nord russe" par Courrier de l’Est : N ° 1066 - La documentation française (mars-avril 2008) ;
- "Vers une autoroute maritime ? Passage arctique et trafic maritime international", Frédéric Lasserre, Université Laval, Québec, 2 mai 2008 ;
- Intervention de Fédéric Lasserre, Professeur à l'Université de Laval au Québec, intitulée: "Ouverture du passage du Nord-Ouest : quel développement pour la navigation?" reprise sur le site du Festival International de la géographie, actes du colloque "Mers et océans prennent le large" du 2 octobre 2009.
Illustration : Russill, Nick. Proud Gentoo Penguin , Janvier 21, 2007. Flickr.
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