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L'Arctique est certainement
le sujet géopolitique du moment qui suscite le plus de fantasmes, notamment à
propos des passages du Nord-Est (P.N.E.) et du Nord-Ouest (P.N.O.). Ces deux
passages sont les routes maritimes longeant respectivement les côtes
septentrionales russes et canadiennes.
Elles seraient rendues
navigable par la fonte des glaces et susceptibles même de faire concurrence aux
canaux de Suez et Panama réunis ! Certainement, ces annonces sont-elles
très exagérées et la question de savoir quels sont les véritables enjeux et
réalités de la navigation sur le P.N.E. et le P.N.O. reste entière. Nous allons
tenter de les déterminer et voir les nouvelles potentialités réellement
offertes par ces deux routes maritimes.
Le
Passage du Nord Est ou les effets d'une volonté politique d'ouverture limitée.
Les origines de la
réflexion russe à propos de la « Route Maritime du Nord » (ie sevmorput
ou севморпуть, nom utilisé en russe pour désigner le Passage du Nord
Est) remontent à la guerre russo-japonaise de 1905. L'attachement de la Russie
à l'Arctique est un élément ancien et fondamental de son identité. Ainsi la
« Route Maritime du Nord » est en usage depuis de nombreuses années
et ce fut essentiellement grâce aux Soviétiques que ce passage a pris de
l'importance. A ses débuts, la politique de développement soviétique reposait
beaucoup sur la volonté de mise en valeur de ses ressources propres et la
« Route Maritime du Nord » était très utilisée pour remonter ensuite
les fleuves sibériens (Péchora, Ob, Inénisseï et Léna) et approvisionner les
grandes villes en produits alimentaires et manufacturés. Des efforts
considérables ont été déployés pour ouvrir ce passage qui a été rendu navigable
sur toute sa longueur dès les années 1930 et toute l'année dans sa partie
occidentale (non prise par les glaces) à partir de la mise en service, dans les
années 1980, d'une importante flotte de brise-glace nucléaires. Cet équipement
a permis d'augmenter considérablement le trafic maritime de la « Route
Maritime du Nord » et le volume de marchandises annuel est passé de 2 980
milliers de tonnes en 1970 à 6 580 milliers de tonnes en 1987. Ainsi l'usage de
la « Route Maritime du Nord » n'est pas nouveau, ni lié au contexte
de la fonte des glaces arctiques.
Passage du Nord Est ou Route Maritime du Nord (sevmorput)
[source : voir infra]
Ce qui est nouveau en
revanche, c'est le fait que la route soit ouverte au trafic de navires
étrangers mais cela est davantage dû à une volonté politique russe d'ouverture
qu'aux effets du réchauffement climatique. Si une tendance réelle au déclin de
la banquise estivale se dessine, la navigation n'en est pas pour autant
bouleversée. Le trafic international sur le P.N.E. est désormais possible mais
il est encore rare et très coûteux, notamment quand les compagnies sont
obligées par les conditions climatiques de demander l'assistance de
brises-glaces russes.
Cet été, par exemple, deux
navires de la compagnie allemande Beluga Shipping ont emprunté la Route
Maritime du Nord et pour des nécessités de navigation, ils étaient encadrés à
tout moment par un à deux brises-glaces russes. Outre la contrainte de
l'assistance technique à la navigation, les compagnies marchandes soulignent
également la prégnance du contrôle frontalier et douanier russe.
D'après la « Stratégie de sécurité nationale de la Fédération de Russie
jusqu'en 2020 » adoptée le 12 mai 2009 au Kremlin, le contrôle des
frontières revient désormais au F.S.B. (service fédéral de sécurité russe,
ex-K.G.B.) qui opère dans la région arctique une surveillance particulièrement
stricte. Les navires étrangers sont obligés de faire connaître leur position au
F.S.B. deux fois par jour. D'après certains spécialistes, plus que pour assurer
la sécurité des navires, cette contrainte est davantage liée à la volonté du
FSB de renforcer ses prérogatives et son contrôle et à celle de l'Etat russe de
renforcer sa souveraineté.
Les Russes ont
l'intention de prélever des droits de péage élevés sur le P.N.E. ce qui leur
permettrait de financer la rénovation des infrastructures du Grand Nord Russe,
même lorsque les navires marchands ne solliciteraient pas l'assistance de leurs
brises-glace. Cette imposition risque néanmoins de tuer la poule aux œufs d'or
car un tel péage aurait un effet fortement désincitatif pour les compagnies
maritimes, sans compter qu'il n'est pas juridiquement fondé étant donné que les
routes les plus septentrionales du P.N.E. sont situées dans les eaux
territoriales russes sur lesquelles, selon la Convention de Montego Bay, il y a
un droit de « passage inoffensif » pour tous les navires.
Economiquement, le passage n'est éventuellement intéressant pour les compagnies
maritimes que si elles n'ont pas à payer les droits de péage dont elles doivent
s'acquitter à Suez ou à Panama. Autrement, le gain de distance n'est pas
(encore) synonyme de gain de temps, puisqu'en raison des difficiles conditions
de navigation, les navires sont obligés de réduire leur vitesse. Ainsi, comme
pour le P.N.O., si le trafic lié au tourisme, à l'exploitation des ressources
naturelles et surtout à la desserte des communautés locales augmente, le trafic
de transit demeure pour sa part très faible. L'Arctique russe est toutefois
mieux à même de d'accueillir le trafic potentiel que l'Arctique canadien car il
compte de nombreux petits ports le long de la côte sibérienne.
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