La mer Baltique : un modèle d'union des villes ?
Écrit par Katarzyna Jasik | 27-12-2009

Image L'histoire de la région de la mer Baltique est complexe. Elle a divisé les Européens pendant la Guerre froide et semble redevenir un lieu de retrouvailles et d'échanges depuis la Chute du Rideau de Fer. Dans quelle mesure la mer Baltique est-elle un vecteur de coopération ? Quelles sont les initiatives prises et quel est le rôle des villes dans cette coopération ?

La déclaration de Robert Schuman du 9 mai 1950 affirme que « l’Europe ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait ». Le renforcement de la coopération européenne passe d’abord par une coopération à une moindre échelle, celle des villes par exemple.

La région de la mer Baltique peut être définie comme l’ensemble des États qui la bordent, à savoir l’Allemagne, la Pologne, la Lituanie, la Lettonie, l’Estonie, la Finlande, la Suède et le Danemark, plus les régions russes de Saint-Pétersbourg et Kaliningrad. Parfois on y ajoute aussi la Norvège et l’Islande qui certes ne sont pas riverains, mais qui font partie des pays nordiques et sont de ce fait liés aux intérêts régionaux. Le territoire de la région de la mer Baltique compte pour un peu moins de la moitié du territoire de l’Union européenne (environ 2,3 millions de km2) et rassemble près de 100 millions d’habitants. En même temps, il contribue à environ 16% du PIB de l’UE.

Avec l’adhésion de la Pologne, la Lituanie, la Lettonie et l’Estonie à l’Union européenne, la mer Baltique est devenue un « lac européen ». Toutefois, l’extension de l’UE n’est pas le seul et ultime facteur de la transition de la région baltique vers un nouvel ordre régional. Le commerce autour de la Baltique était une constante du développement économique de la région et la Hanse en est la preuve. Plus spécifiquement, la Ligue hanséatique était l'association des villes marchandes de l’Europe du Nord autour de la mer du Nord et de la mer Baltique. Entre le XIIe et le XVIIe siècle, cette Hanse a eu un rôle dominant au niveau commercial, puis politique en Europe. Cette dynamique de liens économiques tissés par quelques 130 villes est présente dans les mémoires si bien qu’en 1980, à Zwolle (Hollande), les villes ont relancé ce projet en instaurant la Nouvelle Hanse. Il s’agit d’une union internationale et volontaire de villes, à laquelle participent actuellement plus de 200 villes de 16 pays européens. Aujourd’hui, la Nouvelle Hanse, en se référant à la tradition de la Ligue hanséatique, se focalise sur la coopération des villes au niveau culturel, social et éducatif. Dans l’esprit de ce mouvement, pour appuyer ce développement et augmenter les échanges autour de la Baltique, plusieurs programmes de coopération ont été lancés.

Des initiatives régionales des États du pourtour de la Baltique : les efforts des villes

L’Union des Villes baltiques (UBC), fondée en 1991 par une centaine de villes de la région, est une organisation très décentralisée, fonctionnant en réseaux, dont le champ d’activités est très vaste et s’étend de la coopération économique à l’éducation en passant par la protection de l’environnement, la culture, l’urbanisme ou le tourisme. Il s’agit avant tout d’un échange d’expériences et de savoir-faire, de promotion de l’histoire, du patrimoine et de la culture de la région ainsi que de l’organisation d’événements, surtout dans le domaine sportif et culturel. Pour la période 2004-2009, les villes baltiques ont adopté le Programme d’action du nouvel Agenda 21. Ce projet de 8 millions d’euros était financé par les villes et leurs États, mais également par les différents programmes financiers de l’UE (FEDER, Interreg), ainsi que le Conseil nordique. Le secrétariat permanent de l’UBC est basé à Gdańsk, mais chacune des dix commissions sectorielles est dirigée par une autre ville, chargée de coordonner la mise en œuvre de l'Agenda 21. 

En tant qu’outil d’entraide et de concertation, le jumelage entre villes de la Baltique renforce davantage la dynamique mise en œuvre par l’Union des Villes baltiques. Le principe de jumelage consiste en des échanges socio-culturels entre des villes partenaires. Cette coopération est bien illustrée par le jumelage des villes de Jurmala (Lettonie), Anadia (Portugal), Cabourg (France), Eskilstüna et Gävle (Suède), Palanga (Lituanie), Pärnu (Estonie) et Terracina (Italie) qui sont pour la plupart situées en bord de mer et qui se sont regroupées autour de la question environnementale : en septembre 2006,  Jurmala a accueilli ses partenaires pour une conférence sur la « gestion et protection du littoral ». Un autre exemple de coopération réussie est le cas de Saint-Pétersbourg. Avec l’abandon du nom de Leningrad, la ville est redevenue la « fenêtre sur l’Europe ». L'Initiative baltique, lancée en 1996 par la Commission européenne, vise à renforcer la position de Saint-Pétersbourg dans la région baltique. La capitale du district nord-ouest russe s’est jumelée avec plusieurs villes de la région : Turku, Gdańsk, Stockholm et Göteborg, elles-mêmes jumelées avec d’autres villes baltiques (Tallinn, Oslo, Kaliningrad, Elseneur, Kalmar et autres). Cette tradition de jumelage a été le moteur de création d’un réseau et de la mise en place d’accords d'échanges entre différents instituts d’enseignement supérieur de la région. Citons par exemple le Baltic University Programme qui, impliquant à la fois les capitales et les « deuxièmes villes », constitue un réseau de plus de 225 universités coopérant autour de questions liées au développement durable, à la protection de l’environnement, etc. Quant au Conseil des États de la mer Baltique (CEMB), celui-ci a financé de 1993 à 2005 un projet d'EuroFacultés dans les universités de Tartu, Riga, Vilnius et Kaliningrad  (2000-2007), récemment transformé en programme nommé EuroBaltic Centres of Excellence géré par les villes elles-mêmes. Désormais, c'est la région de Pskov en Russie qui profitera du programme d'EuroFacultés. Dans la mesure où ces projets se veulent très concrets et à taille humaine, se pose alors la question de l’adhésion des citoyens. Au sein de l’Union européenne, un bon jumelage doit idéalement créer des liens entre les citoyens et contribuer à forger une identité européenne. Or, l’identité commune demeure toujours le point faible de la construction européenne. 

D'un point de vue économique, le cas de la mer Baltique montre bien que non seulement les capitales nationales – détentrices du pouvoir politique – peuvent jouer un rôle économique à l'échelle internationale, mais également les villes secondaires. La Conférence des Métropoles baltiques (Baltic Metropolises Network), connue sous le nom de BaltMet, est un forum qui rassemble les capitales (Copenhague, Oslo, Stockholm, Helsinki, Tallinn, Riga, Vilnius, Varsovie, Berlin) et les grandes villes comme Malmö ou Saint-Pétersbourg. Ces onze métropoles de la Baltique abritent près de 25 millions d'habitants – ce qui représente un citoyen sur quatre de la région de la mer Baltique. En tant que centres de l'activité économique et culturelle, ces villes sont le moteur du développement régional. Une étroite coopération entre les villes est le principal moyen afin de promouvoir la recherche et la compétitivité dans la région. À cet effet, les dix villes (sans Oslo) ont signé la Résolution de Copenhague lors de la rencontre du 12 et 13 octobre 2002.

Il ne faut pas oublier que les villes du pourtour de la mer Baltique sont aussi membres de l’Association des Métropoles européennes, communément appelée Eurocities qui donne à ses membres la possibilité de faire du lobbying à Bruxelles. Il s’agit de prendre en compte des intérêts les collectivités locales et de leurs permettre de bénéficier des financements communautaires.


 

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