Gaz : position commune de l'Italie, la Grèce et l'Espagne

Par Eurechos | 5 mars 2010

Pour citer cet article : Eurechos, “Gaz : position commune de l'Italie, la Grèce et l'Espagne ”, Nouvelle Europe [en ligne], Vendredi 5 mars 2010, http://www.nouvelle-europe.eu/node/826, consulté le 21 mai 2022

Hier soir, les délégations italienne, grecque et espagnole ont annoncé une position commune en vue des prochaines négociations du Conseil européen sur le gaz samedi. En voici les aspects essentiels.

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Elles se sont accordées sur trois points : la diversification des sources et des routes du gaz, la sécurité et la solidarité énergétiques entre les pays européens et enfin la promotion des énergies renouvelables.

Alors, quel projet de gazoduc vont-elles soutenir le 6 mars, l'européen Nabucco ou les russes South Stream et North Stream ? "Tous les trois", répondent les délégations. Elles rappellent que le premier dépend de fonds publics, tandis que les autres sont privés. Ces derniers se créeront donc quoi qu'il arrive (alors autant en profiter?). Quant à Nabucco, les Etats attendent toujours des garanties sérieuses... Ils ne sont pas contre l'idée, mais s'inquiètent notamment de ses sources, l'Iran et l'Irak ne figurant pas parmi les pays les plus stables à leurs yeux. Les trois pays insistent sur la sécurité que représente un approvisionnement assuré par Gazprom, leader dans ce domaine. Malgré tout, l'Italie, la Grèce et l'Espagne souhaitent une diversification de l’approvisionnement énergétique, autant par le Nord que par le Sud. Selon le représentant espagnol Lucas Manetti, "il y a suffisamment de demande en Europe pour ces deux gazoducs". Ce n'est pas le Commissaire européen à l'Energie qui le contredira, ayant lui-même déclaré hier que Nabucco et South Stream n'étaient "pas en concurrence"...

Quant à la Grèce, elle semble assez réticente au projet Nabucco à cause de sa traversée de la Turquie. Non seulement les Turcs réclament 15% du gaz, explique son représentant Pierre-Yves Noel, mais "ils joueraient un rôle d’intermédiaire alors même qu’ils ne parviennent pas à régler leurs problèmes avec l'Europe" (adhésion à l’UE, génocide arménien et Chypre en ce qui concerne la Grèce).

« L'UE a intérêt à se faire entendre d'une seule voix »

Ces pays ne craignent-ils pas qu'une dépendance énergétique à Gazpromne réduise leur l'indépendance politique ? "Politiquement, dépendre de la Russie n'est pas pire que de dépendre des pays du Moyen-Orient", souligne Sanjia Beronja, représentante de la Grèce. De l’autre côté, rappellent les délégations, Gazprom est lui-même tributaire de ses clients européens...

Toujours dans un soucis de sécurité, l'Italie, la Grèce et l'Espagne prônent la constitution de stocks européens pour faire face à des situations de crise comme en 2006 ou en 2009. "L'interconnexion entre les états permet de partager le gaz si un blocage politique advient", expliquent-ils. Cela permettrait par exemple d'aider les pays les plus dépendants de Gazprom en cas de coupure de l’approvisionnement (un argument pour les convaincre de rallier les projets russes ?)

A propos des énergies renouvelables, que vient faire le développement du gaz dans le paquet énergie climat ?  "Le gaz est l'énergie fossile la moins polluante qui soit", assurent ces pays.

Passer des accords avec Moscou n’est-il pas contradictoire avec la promotion des droits humains ? "L'UE est dépendante économiquement de la Chine et cela ne l'empêche pas d'hausser le ton", rétorque Pierre-Yves Noel. De plus, "avoir un partenariat économique stable, une relation de confiance, ne peut que favoriser le dialogue politique", ajoute Claire Guilhot, représentante italienne. Et Lucas Manetti d’ajouter : "c'est pour cela que l'UE a intérêt à se faire entendre d'une seule voix."

Claire Guilhot rappelle qu'il ne s'agit pas là d'un front ou d'une alliance offensive. Après avoir travaillé sur leurs intérêts communs, ces pays souhaitent lancer une dynamique afin que les autres délégations les rejoignent. Un appel notamment à la France et à Allemagne, dont les positions semblent assez proches de cette "base de travail". Qu'en diront les pays d'Europe de l'Est qui cherchent à se défaire de l'influence russe ?