Femmes et éducation en Europe de l'Est

Par Sara Pini | 2 mars 2007

Pour citer cet article : Sara Pini, “Femmes et éducation en Europe de l'Est”, Nouvelle Europe [en ligne], Vendredi 2 mars 2007, http://www.nouvelle-europe.eu/node/131, consulté le 13 août 2022

classe_allemande_1930Le système éducatif était le fleuron du régime communiste, non seulement grâce aux résultats obtenus par les étudiants et chercheurs du bloc soviétique dans les domaines techniques et scientifiques, mais aussi à cause de l’émancipation de la femme dont il se voulait la preuve. La recherche d’égalité, notion fondamentale du paradigme socialiste, se traduisait en effet aussi par un niveau d’accès à l’éducation élevé, avec une généralisation de la scolarité élémentaire et une totale égalité entre les sexes, objectif qu’aujourd’hui encore la plupart des pays occidentaux n’ont pas atteint.

 

L’égalité entre hommes et femmes ne s’appliquait toutefois pas dans tous les domaines, les filles étant plus nombreuses dans les filières d’éducation générale, qui débouchaient principalement dans l’enseignement, alors que les cursus plus prisés de la formation professionnelle et technique étaient réservés en priorité aux garçons, qui décrochaient ainsi ensuite les postes les mieux payés de l’industrie d’Etat.

 

Cet équilibre, bien que partiel, représentait tout de même un acquis important à préserver dans la marche vers la transition à la démocratie. Seulement, la condition féminine dans le domaine de l’éducation risque d’être remise en cause suite à la chute du mur de Berlin et la crise économique qui, bien que commencée déjà à partir du début des années 1980, a été aggravée par la "thérapie de choc" introduite dans plusieurs pays pour accélérer la transition à l’économie de marché.

 

Le résultat a été une baisse des dépenses de l’Etat et une hausse de celles des familles : plusieurs établissements d’enseignement introduisent des frais de scolarité, manuels et vêtements ne font plus l’objet d’allocations, les autorités publiques réduisent les bourses et l’aide sociale, notamment la fourniture de repas et la surveillance des enfants après la classe et, enfin, les parents doivent souvent payer des cours particuliers à leurs enfants, pour leur permettre d’intégrer les écoles et universités les plus prestigieuses.

 

L’augmentation des dépenses est accompagnée par une réduction de la plupart des revenus, des familles mais aussi des professeurs, qui sont souvent obligés d’avoir des activités secondaires, car leur salaire ne suffit plus. Cela conduit à la dégradation de la qualité de l’enseignement : le moral des enseignants chute en effet en même temps que leurs salaires, alors que bâtiments et équipements scolaires souffrent des restrictions budgétaires.

 

Cette situation porte à l’accroissement des inégalités, qui se creusent entre régions et entre groupes sociaux, mais aussi entre hommes et femmes : la tendance à réserver les activités le mieux payées aux hommes explique par exemple la féminisation de l’activité d’enseignement, notamment dans un pays comme la Pologne, où on considère parfois que c’est l’homme qui doit maintenir sa famille, la femme fournissant juste des revenus supplémentaires (mais cette mentalité est malheureusement commune à d'autres pays).

La Pologne bénéficie toutefois encore d'un certain "héritage communiste" : selon une récente étude Eurostat, le pourcentage des femmes parmi les étudiants de l’enseignement supérieur est de 57,8% (42,6 dans le filières informatiques, scientifiques et mathématiques et 69% dans les lettres et les arts) ; la Hongrie fait tout aussi bien, avec 56,7% de participation féminine (respectivement 35 et 65% dans les deux domaines) ce qui situe les deux pays dans la moyenne européenne ; par contre, République Tchèque et Slovaquie ont une présence féminine plutôt faible dans tous les secteurs universitaires et les Pays baltes, tout en enregistrant des scores positifs quant au pourcentage total de filles, poussent leur concentration dans les filières littéraires et artistiques au-delà de 70%.

Or, l’importance du niveau d’éducation réside aussi dans le fait qu’il se répercute sur le taux de participation politique, un facteur très important pour les sociétés postcommunistes, car elle n'est plus motivée par la nécessité de démontrer sa loyauté au parti ou la volonté de faire carrière, mais par le désir d'influencer les décisions gouvernementales. Promouvoir la participation à l’activité publique de tous les citoyens, hommes et femmes, est un défi important, que des démocraties encore jeunes et donc vulnérables ne peuvent pas se permettre de perdre.