Erasmus est malade

Par Philippe Perchoc | 7 janvier 2009

Pour citer cet article : Philippe Perchoc, “Erasmus est malade”, Nouvelle Europe [en ligne], Mercredi 7 janvier 2009, http://www.nouvelle-europe.eu/node/580, consulté le 22 octobre 2017

la-croix.jpgTribune du 7 janvier 2009 dans La Croix. « Erasmus », plus que tout autre programme communautaire, sonne aux oreilles de très nombreux Européens, et pas seulement aux 1.9 millions d’étudiants qui en ont bénéficié depuis 1987. On a beaucoup célébré son succès et sa contribution à la création d’un esprit européen chez les jeunes générations. Soit. Mais est-ce assez ?

Des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent aujourd’hui pour appeler à un renforcement décisif des actions européennes en faveur de la mobilité. Il est très peu probable que le programme remplisse son objectif de 3 millions d’échanges pour 2012 et Erasmus ne concerne toujours qu’une faible minorité des étudiants européens (environ 4%). Par ailleurs, plus de 5000 bourses Erasmus n’ont pas de candidat cette année en France. En effet, Erasmus est malade : sa progression est avant tout soutenue par les étudiants des nouveaux Etats membres alors que le programme s’essouffle en Finlande, en Grèce, au Danemark … Cette progression d’Erasmus est largement enrayée par des raisons financières, par un manque d’information, mais aussi par une autocensure de nombreux jeunes qui estiment que cette mobilité « n’est pas pour eux ».

Au moment où l’Europe peine de plus en plus à se légitimer par ce qu’elle est, elle doit faire un effort décisif pour exister par ce qu’elle fait, pour tous ses citoyens et plus particulièrement pour les plus jeunes. Il faut donc agir en amont pour débloquer cette situation et permettre à Erasmus de prendre un souffle nouveau. De ce point de vue, un public prioritaire semble constitué par les formateurs et particulièrement les professeurs du secondaire. Un grand chantier serait donc de systématiser leurs opportunités d’échange, notamment pendant leur période de formation, mais pas seulement. En France, un certain nombre d’IUFM sont pionniers dans ce domaine, comme celui de Grenoble qui propose déjà des échanges dans d’autres Etats membres. Par ailleurs, un accord de formation croisé des maîtres a été signé entre la France et le Royaume-Uni. D’autres programmes de ce type existent ailleurs comme l’initiative « Argonauts of Europe ». Il faut aller plus loin. D’autant que Xavier Darcos a appelé le 7 mai 2008 à la création d’un « Erasmus des professeurs ».

Les avantages sont multiples : perfectionnement linguistique des enseignants et possibilités de multiplier les « classes européennes », briser l’autocensure en montrant une Europe directement accessible, favoriser les échanges de méthodes entre les différents pays de l’Union européenne … Enfin, et ce n’est pas le moindre des arguments, cette initiative aurait un puissant effet multiplicateur ! Un professeur s’adresse chaque semaine à plusieurs dizaines d’élèves et ce serait un puissant levier pour donner à nos futurs étudiants l’envie d’une mobilité universitaire.
Erasmus est probablement malade et il faut agir dès maintenant, comme l’ont montré différents rapports rendus publics ces derniers mois, comme celui du Centre d’Analyse Stratégique en juillet 2008. Créer un Erasmus des enseignants serait un formidable vecteur d’action en amont. Si nous devions lui donner un nom, nous pourrions l’appeler « Humboldt », du nom de deux frères allemands qui ont bouleversé le XIXe siècle. Alexandre fut un géographe célèbre pour sa mobilité et son frère Wilhelm eut un impact décisif pour la création de l’Université moderne. Tout un programme !

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