Entretien avec Marc Lesage: de la construction de l'identité méridionale dans la littérature italienne à la résistance européenne

Par Capucine Goyet | 7 décembre 2012

Pour citer cet article : Capucine Goyet, “Entretien avec Marc Lesage: de la construction de l'identité méridionale dans la littérature italienne à la résistance européenne”, Nouvelle Europe [en ligne], Vendredi 7 décembre 2012, http://www.nouvelle-europe.eu/node/1606, consulté le 22 juillet 2018

 

Marc Lesage est ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure de Lyon, agrégé d'italien et doctorant à l'université Sorbonne Nouvelle - Paris 3. Son travail de thèse porte sur "la construction d'une identité méridionale dans la littérature italienne de l'après-guerre au début du miracle économique". Il a récemment traduit Le Volontaire. Witold Pilecki, l'homme qui organisa la Résistance dans le camp d'Auschwitz de Marco Patricelli.

1- Pourriez-vous commencer par dresser un panorama des auteurs sur lesquels vous travaillez. Quelles convergences et singularités observez-vous quant au regard qu'ils portent sur les évolutions sociétales?

Parmi les innombrables auteurs que compte l’activité littéraire d’après-guerre, mon travail s’est focalisé sur trois auteurs qui m’ont paru en représenter les différentes facettes : Raffaele La Capria, Anna Maria Ortese et Carlo Levi. J’ai choisi les deux premiers parce qu’ils représentaient un renouvellement générationnel. Tous les deux sont issus de la génération qui a émergé de la période du fascisme et du conflit mondial. En libérant l’Italie de la chape de plomb imposée par la dictature, la fin de la guerre a spontanément engendré une intense revitalisation de l’activité littéraire et culturelle. C’est dans ce contexte que des revues littéraires, regroupant bon nombre de jeunes intellectuels, ont vu le jour. Citons notamment Sud, une publication napolitaine pluridisciplinaire à laquelle ont participé La Capria et Ortese entre 1946 et 1947. Face à ces jeunes auteurs, j’ai souhaité juxtaposer une figure qui appartenait à la période préfasciste : Carlo Levi, un grand auteur antifasciste, envoyé en exil dans le sud de l’Italie en raison de son opposition au régime. Originaire de Turin, c’est à travers les soubresauts de l’histoire politique italienne qu’il a pu découvrir le sud et remettre en perspective une approche littéraire inspirée aussi bien les penseurs libéraux italiens que la psychanalyse jungienne.

Les trois auteurs se complètent : Ortese et La Capria témoignent de la transformation du monde urbain, alors que Carlo Levi s’attache plutôt à décrire le monde rural traditionnel, celui qu’il a connu pendant son exil en Lucanie, l’actuelle Basilicate. Les perspectives des uns et des autres se rejoignent dans la mesure où l’on observe dans l’immédiat après-guerre un déplacement du centre de gravité du Sud vers l’espace urbain industrialisé, qui est représenté par la ville de Naples, dont La Capria est originaire. En 1945, à l’heure où ces équilibres s’apprêtent à se recomposer, Carlo Levi ouvre une nouvelle perspective d’approche de la société méridionale traditionnelle, encore trop méconnue. En se déplaçant progressivement vers l’univers urbain, cette perspective est ensuite complétée par La Capria lorsqu’il décrit la transition de Naples vers une norme industrielle moderne. Nous sommes alors en 1961, en plein miracle économique, et voilà bientôt dix ans que l’armateur et capitaine d’industrie Achille Lauro, élu maire de la ville, a initié un mouvement inédit de transformation de l’ancienne capitale bourbonienne.

S’ils possèdent d’indéniables points de convergence (à commencer par un profond intérêt pour le Mezzogiorno), ces trois auteurs n’en demeurent pas moins profondément dissemblables. Il est donc difficile de les mettre sur le même plan, d’autant le regard qu’ils portent sur le Sud est largement conditionné par le rapport qu’eux-mêmes entretiennent avec la société de leur époque – avec ses aspirations comme avec ses contradictions. Deux alternatives se dessinent : Levi et Ortese défendent une littérature qui lorgne vers le documentaire, c’est-à-dire vers la description assez précise (bien que stylisée) de la réalité sociale, et visant le cas échéant à inspirer une action politique. La Capria, pour sa part, propose un roman largement inspiré des techniques de la littérature américaine de l’Entre-deux-guerres, notamment de Faulkner, et du « Stream of consciousness » de James Joyce. Une vraie bombe, après l’asphyxie stylistique imposée pendant vingt ans par le fascisme ! Œuvre abstraite, Ferito a morte de La Capria décrit la relation contrariée de son héros, Massimo, avec la ville de Naples. La « blessure mortelle » du titre correspond à un désenchantement, à un détachement. L’évolution de la société influence l’œuvre, puisque l’on est passé d’une phase d’engagement assez forte à une phase de relatif désengagement. Cette blessure mortelle marque la fin d’une saison dans la description du Mezzogiorno, que j’ai ainsi essayé de radiographie à travers ces trois auteurs, d’évolutions en contradictions.

2- Comment définiriez-vous l'essence de l'identité méridionale?                                       

Le terme « identité méridionale » donne l’impression de quelque chose de figé et de très précis. De la même manière, « Mezzogiorno » est un terme très générique, mais qui renvoie dans les faits à des réalités très contrastées. Il existe bien sûr une forme d’organisation globale : l’espace méridional apparaît polarisé entre un pôle nord continental dont Naples serait la capitale, et un pôle sud insulaire dont Palerme serait la capitale. C’est cet espace polarisé qui est de fait légitime pour une analyse. Il faudrait même plutôt parler de « Mezzogiorni », de « Suds ».

L’idée que l’on s’est faite du Mezzogiorno a pourtant longtemps été une construction de l’extérieur. On a juxtaposé la réalité du Nord à celle du Sud, dont on a fait l’exact inverse. On préféré percevoir le Sud de loin, et à travers un ensemble de préjugés, plutôt que de le connaître concrètement. Ces préjugés ont été colportés dès le XVIIIe siècle, quand le Sud est devenu une étape dans la formation intellectuelle d’une élite européenne. C’est à partir de ce moment-là que le malentendu s’est fondé. Les auteurs du Nord l’ont alors amplifié en faisant du Sud une terre du pire. Ce Sud est donc devenu l’exact inverse du référent qu’incarnait le monde septentrional largement industrialisé et doté d’une société très organisée. Politiquement, économiquement, culturellement, le Sud était entièrement à l’opposé.

Parallèlement à cette contribution des auteurs du Nord, les auteurs du Sud ont aussi contribué à singulariser le Mezzogiorno, en entretenant une espèce de carte postale, une vision assez irréelle du Sud, très imaginaire. Les responsabilités sont par conséquent partagées, mais l’une comme l’autre ne donnent pas une vision claire et légitime du Sud : la première est fondée sur des préjugés, tandis que la seconde s’appuie sur une mythification de la culture et de l’identité méridionales, ce que La Capria appelle, s’agissant de Naples, « l’armonia perduta ». Cette armonia perduta signifie (et l’hypothèse est très séduisante) que longtemps la culture méridionale aurait vécu dans une espèce de temps mythique, échappant à l’Histoire et à ses bouleversements. 

3- Quelle place faut-il accorder au contexte de l'après-guerre? Pourquoi avoir choisi de vous arrêter au miracle économique?

Dans l’après-guerre, on commence à parler d’une construction de l’identité méridionale, car on refuse d’entretenir l’idée que le Sud corresponde à une altérité réductible à quelque norme que ce soit.

On adopte alors une nouvelle optique en essayant de rendre le Sud à sa singularité. On ne va pas nécessairement le démarquer du reste de la nation, mais on va essayer de démontrer en quoi la culture méridionale repose sur une logique et une légitimité intérieures profondes. D’où le rôle central des anthropologues d’après-guerre comme Ernesto De Martino. Celui-ci s’est intéressé à la culture populaire dans les milieux ruraux, et en particulier à l’analyse des phénomènes magiques. La magie a en effet été l’un des éléments utilisés pour marquer la différence du Sud. À l’irrationalité du Sud se serait donc opposée la rationalité du Nord. De Martino, lui, démontre que ces phénomènes magiques ont une légitimité : ils ont pour but de répondre à une crise, à une angoisse existentielle. La magie vient pallier les insuffisances, les injustices, les peurs liées à la misère, à la pauvreté, à tout ce qui représente l’Histoire. Ses études illustrent brillamment la singularité du Sud, qu’elles définissent de la manière suivante : la culture méridionale est un système de syncrétismes associant des éléments très disparates empruntés à la culture populaire à des éléments inspirés des normes imposées par le Nord. Dans le cadre du religieux, cela correspond à l’association du paganisme et du christianisme. Les figures de saints viennent par exemple se mêler aux incantations païennes en dialecte. Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.

Dès lors, l’identité méridionale ne devient pas la revendication militante d’une singularité. On essaie au contraire de la réintégrer à l’histoire nationale. L’après-guerre peut de ce fait être considéré comme une sorte de second Risorgimento. Historiquement, le méridionalisme (c’est-à-dire la promotion d’une action publique en faveur du Mezzogiorno)  est né du constat de l’échec relatif du fusionnement du Nord et du Sud. L’après-guerre essaie alors de dépasser ce clivage en montrant l’existence d’une affinité entre deux mondes que l’on a toujours présentés comme radicalement opposés.  

Ce projet global ne manque évidemment pas de s’enrichir, et de se nuancer : Carlo Levi fait par exemple du Sud une espèce d’oracle, d’observatoire de toutes les transformations d’après-guerre. On prend acte de l’évolution du monde vers la modernité. Il a une formule assez belle à ce propos : « les Lucanies que nous avons en chacun de nous ». Inspirée par sa région d’exil, sa formule décrit le Sud comme l’écrin d’une culture intemporelle qui puiserait aux racines même de l’humanité. À ses yeux, le Sud pouvait éclairer des grands bouleversements au niveau mondial. Au moment même où, partout dans le monde, des états prenaient leur indépendance, Levi perçut une forte similitude entre cette volonté d’indépendance et l’intense désir d’autonomie qu’il avait perçu dans le Sud.

Le fascisme, très tôt, avait dit que la question méridionale, c’est-à-dire le constat des disparités entre le Nord et le Sud, avait été réglée, mais tel n’était pas le cas. Si l’après-guerre permit de libérer la parole littéraire autant que l’action politique, cet élan s’essouffle cependant très rapidement à partir des années 1950, à mesure que le monde rural est remplacé par le monde urbain et que la société traditionnelle se convertit à la société du bien-être économique. Un changement de normes s’opère. A partir de ce moment-là, les auteurs et acteurs politiques se rendent compte qu’il n’est plus possible d’avoir prise sur cette société. L’espoir s’est brisé.

À la fin des années 50 et au début des années 60 s’engage une grande vague d’exode rural. De nombreux habitants et paysans du Sud, refusant leurs condition de vie, encore précaires, décident de s’expatrier vers le Nord, qui devient le poumon de l’activité renaissante. Comme si le Sud se vidait de sa substance. Le début du miracle économique marque ainsi la fin d’une saison d’engagement vers le Sud, un Sud qui a finalement évolué de lui-même. Pendant vingt ans, une forme de silence entourera la région. Ferito a morte se conclut d’ailleurs sur le départ du héros pour Rome. Quelques pages plus tôt, La Capria décrit comment le héros, en plongeant dans la baie de Naples, se rend compte que le fond des mers est vide. Plus de poissons, plus de végétations. Cette désertification des fonds marins peut être interprétée comme une métaphore de toute la transformation de Naples, métamorphosée à la faveur des évolutions économiques urbaines lancées par Achille Lauro. Voilà pourquoi le début du miracle économique m’a paru être un moment très intéressant : c’est qu’il clôt la fin d’un chapitre dans l’histoire du Mezzogiorno.

4- L'unité italienne s'est faite via la construction d'une culture nationale, de symboles nationaux. Quel parallèle pourriez-vous faire entre la construction de l'identité italienne et la construction de l'identité régionale ?

La construction de l’identité nationale italienne s’est faite par la force politique, sans qu’il n’y ait exactement de volonté populaire. Le projet d’unification s’est imposée d’en haut. Toujours est-il que le mouvement d’homogénéisation imposé par le régime monarchique des Savoie n’a pas permis de créer une communauté nationale unifiée. Il y avait en effet trop de disparités pour que cela puisse fonctionner. Il y a toujours eu un décalage, notamment économique, entre le Nord et le Sud, dès l’unification. La politique menée pendant les cinquante premières années après l’unité a tendu à accentuer, certes involontairement, ces décalages. C’est à ce titre que l’unification a été perçue par beaucoup de méridionalistes comme un discours erroné : il fallait au contraire résoudre ces disparités avant de pouvoir parler de communauté nationale unifiée.

Comme le Sud renvoie à des réalités différentes, on ne peut pas dire qu’il ait décidé lui-même de se considérer comme un territoire unifié. Le terme de « Mezzogiorno » a été créé pour des raisons pratiques : il permettait désigner tout ce qui se trouvait en dessous de Rome. S’il ne s’intéresse pas à la notion d’identité méridionale, Raffale La Capria propose cependant une séduisante analyse de l’identité napolitaine. L’armonia perduta, cette nostalgie d’une Naples mythique d’avant l’Histoire, d’avant l’unification, est entrée dans le code génétique de la ville et de ses habitants. La Capria appelle cela « la recita colletiva », c’est-à-dire la théâtralisation collective des comportements. On joue au Napolitain. On se crée une espèce de répertoire de gestes, de mots, de comportements qui correspondent  à une image mythique de Naples. Chacun essaie de devenir un disciple de Polichinelle, grand personnage napolitain de la Commedia dell’arte. Tout le monde, spontanément, entretient cette image mythique de Naples. Et ce, pour une raison simple : c’est une manière de nier les transformations, parfois critiques, de la réalité. Cohabitent ainsi la norme imposée d’en haut, à la fois géographiquement (le nord) et politiquement (le gouvernement), à laquelle vient se contraposer cette culture populaire, qui est très largement artificialiée.

Bref, difficile, dans ces conditions, de parler d’une unification pleinement réussie. Voilà pourquoi le rôle de nombreux auteurs de l’après-guerre a aussi été d’avancer une critique du Nord et de la normalisation imposée, c’est-à-dire de l’industrialisation à tout crin, des échecs du Risorgimento, de la modernité comme seule valeur possible. En même temps, ces auteurs ont aussi critiqué ce déni de la réalité qui faisait que rien n’était possible. Et comme rien n’était possible, beaucoup ont choisi de partir, à l’image de La Capria. S’ils n’ont finalement pas souhaité entretenir la différence du Mezzogiorno, les auteurs ont préféré en faire un enjeu national. Après le fascisme, le Sud fut perçu comme le lieu possible d’une action politique qui aurait associé les forces économiques du nord et les forces intellectuelles et économiques du sud. Malgré quelques résultats indénaibles, ce mouvement de solidarité comporta malheureusement plus d’un échec. À commencer par l’exode rural, qui s’est en un sens apparenté à une réponse radicale des méridionaux eux-mêmes à leurs propres problèmes.

5- Vous avez récemment traduit de l'italien en français une biographie historique sur Witold Pilecki, un résistant polonais qui a organisé la résistance à Auschwitz. Bien que Pilecki ait accompli des actes de grande bravoure au nom de son idéal pour la liberté, il ne semble pas être une figure historique très reconnue en Pologne et en Europe. Pourquoi avoir choisi de le mettre en lumière seulement aujourd'hui ? Quels enjeux de la mémoire collective peut-on y voir?

Les événements qui ont jalonné la vie de Witold Pilecki ont été conditionnés par les bouleversements chaotiques liés à la domination allemande, puis russe. Car avant de voir naître les camps de concentration d’Auschwitz et de Birkenau, la Pologne fut le théâtre d’un conflit violent entre deux des plus puissances d’Europe.

Pourquoi avoir attendu autant de temps pour parler de Witold Pilecki ? Tout d’abord parce que sa propre histoire a été gardée secrète, retenue en otage par l’Histoire elle-même. On ignore encore aujourd’hui où il est enterré ! C’était avant tout un patriote qui avait pour idéal l’autonomie de la Pologne, qui vivait pour libérer la Pologne du joug de quelque pays que ce fût. Condamné à mort par le pouvoir communiste, Pilecki a été purement et simplement effacé de la mémoire collective.

Il a fallu attendre 1995 pour que Lech Walesa reconnaisse sa mémoire et lui décerne à titre posthume l’Ordre de la Renaissance de la Pologne. Suivit en 2006 la médaille de l’Ordre de l’Aigle blanc, la plus haute distinction en Pologne. Même si son rôle dans la résistance a été finalement reconnu, il n’est pas encore considéré comme un héros de la lutte contre le totalitarisme. Présentée au président du Parlement européen alors en exercice, une résolution proposa en 2009 que la date de son assassinat soit dédié à la mémoire des hommes et de femmes morts pour la liberté. Sans résultat. Witold Pileck mérite néanmoins d’être un emblème à part entière de cette résistance.

Le livre de Marco Patricelli était nécessaire en tant qu’il permettait une meilleure compréhension et connaissance du personnage. L’auteur se trouvait à Varsovie à l’occasion d’un colloque universitaire, lorsqu’il est tombé par hasard sur un petit livre qui racontait l’acte héroïque de Pilecki. Il s’est alors rendu compte que personne n’avait  réellement pris la peine de s’intéresser à ce personnage, puisqu’il avait été longtemps effacé de la mémoire d’Auschwitz et de la Pologne. C’est pourquoi Marco Patricelli a décidé de lui consacrer une biographie. À l’occasion de la sortie de la traduction française du livre, la chaîne France 2 a consacré un reportage de cinq minutes à Witold Pilecki. On y voyait les lieux où ce dernier avait été détenu prisonnier, notamment la cellule qu’il partageait avec d’autres personnes. On y interrogeait sa fille, son neveu. Une manière de compléter le livre. En espérant, qui sait ?, un documentaire.

Pour aller plus loin

Sur Nouvelle Europe

A lire

  • LEVI, Carlo, Le Christ s’est arrêté à Eboli, Gallimard, 1977.

  • ORTESE, Anna Maria, La mer ne baigne pas Naples, Gallimard, 1993.

  • LA CAPRIA, Raffaele, Blessé à mort, L’Imaginaire, 2004.

  • PATRICELLI, Marco, Le Volontaire. Witold Pilecki, l'homme qui organisa la Résistance dans le camp d'Auschwitz, (traduit par Marc Lesage), Jean-Claude Lattès, 2011.

Source photo: © Mostra di Carlo Levi ai Musei di Villa Torlonia sur flickr.

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