Entre amitiés, discordances et trahisons : l'Allemagne nous raconte les coulisses des négociations

Par Eurechos | 5 mars 2010

Pour citer cet article : Eurechos, “Entre amitiés, discordances et trahisons : l'Allemagne nous raconte les coulisses des négociations”, Nouvelle Europe [en ligne], Vendredi 5 mars 2010, http://www.nouvelle-europe.eu/node/827, consulté le 06 décembre 2022

L'ex-candidat allemand à la présidence du Conseil européen, Nickolas Cherrier, revient sur les non-dits des débats, des relations supposées de l'Allemagne avec les lobbies à la « trahison » luxembourgeoise. Objectif : une transparence totale.

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« Dans des négociations, ce qui importe c'est la confiance. » Sur ce point, Nickolas Cherrier ne transige pas. Le candidat malheureux à la présidence du Conseil européen le 13 février dernier, tire les conclusions de son échec. « Tout ce que nous avons promis, nous l'avons fait, souligne le délégué allemand. Nous avons toujours été honnêtes même si nous avons parfois été durs en business. » L'Allemagne trop honnête ? Pour son représentant, il n'y a pas de doute. Face aux manipulations et aux tactiques politiciennes de certaines délégations, l'Allemagne n'aurait pas fait le poids. En première ligne : le Luxembourg.

Trahisons en série du prétendant luxembourgeois ?

Rumeurs et bruits de couloir. L'Allemagne s'est déclarée victime d'une campagne de médisance de la part de ses adversaires, et surtout de son principal rival, Julien Crampes. « Nous avons sous-estimé le charisme luxembourgeois et les basses tactiques. » Le petit pays voisin aurait ainsi propagé de fausses rumeurs sur la délégation allemande. Des calomnies qui seraient responsables de l'échec du candidat germanique : « Il y a eu un quiproquo qui a beaucoup nui à l'Allemagne », indique Nickolas Cherrier. Ce dernier insiste : le Luxembourg n'aurait cessé de souffler le chaud et le froid autour de lui, acceptant puis refusant successivement d'ouvrir un dialogue avec l'Allemagne. Un manque de tact qui irriterait également d'autres pays. « Nous n'avons pas apprécié l'annonce de la candidature du Luxembourg pour des raisons de protocole diplomatique. Nous avons considéré cela comme un manque de tact de ne pas prendre contact avec d'autres délégations avant de se déclarer candidat », poursuit le délégué allemand. La campagne de dénigrement orchestrée par le candidat luxembourgeois serait notamment à l'origine des rumeurs concernant la signature d'un droit de veto à la Grande-Bretagne.

Une mystérieuse signature

Accord de principe, documents officieux signés dans les couloirs, droit de veto? Les rumeurs ont beaucoup circulé sur une hypothétique coalition entre la France, l'Allemagne et la Grande-Bretagne après la défection de cette dernière, jugée trop « atlantiste ». « La Grande-Bretagne était prête à se retirer mais sous certaines conditions », explique Nickolas Cherrier. Or le poids démographique que représente l'Angleterre étaient devenu un atout non négligeable dans la course à la présidence. Une position de force que l'île britannique a su exploiter : « La Grande-Bretagne voulait des garanties et être plus importante que la France dans notre alliance triangulaire ». Les trois alliés se seraient alors mis d'accord sur l'élaboration d'un document stipulant qu'aucun accord économique concernant l'Europe ne pourrait être pris par l'Allemagne et la France sans l'assentiment de la Grande-Bretagne. « Nous avons effectivement donné notre accord de principe mail il ne s'agissait à aucun moment de droit de veto », précise le représentant germanique, qui accuse le Luxembourg d'avoir alimenté de fausses rumeurs.

« Nous ne sommes pas vendus à la Russie »

Discours similaire concernant les accusations portées sur ses relations avec les lobbies. La déclaration fracassant des lobbies en conférence de presse, ces derniers reconnaissant publiquement avoir pris contact avec l'Allemagne, a provoqué de sérieux remous dans les délégations. « Nous n'avions rien à nous reprocher mais nous avons mal évalué l'impact de ce qui s'était passé », révèle Nickolas Cherrier, ajoutant immédiatement que sa relation avec les lobbies à cette époque se résumait à un email d'encouragement envoyé par Gazprom la veille des élections. Le débat selon la délégation allemande est illogique : « Notre programme était basé sur la diversification des projets et sur l'indépendance énergétique de l'Europe. Nous ne prônions pas l'entrée de la Russie dans l'Europe, au contraire. Nous n'étions pas les pantins de gazprom ».

L'outsider slovaque : une stratégie éclair

La rivalité avec le Luxembourg et les erreurs de stratégie ont permis notamment à Guillaume Sylvestre de rallier les indécis à sa cause. « La Slovaquie est sortie de nulle part. Nous ne l'avons pas vue venir. Si c'était à refaire, je négocierais moins et je communiquerais plus », reconnaît l'ex-candidat. De fait la Slovaquie est parvenue progressivement à concentrer les attentes et les espoirs de nombreuses délégations, réussissant notamment à convaincre le « Club Med », Grèce, Italie et Espagne qui soutenaient depuis le début des négociations la candidature allemande. Leur argument ? Une position neutre, un agenda consensuel et l'avantage d'être un petit pays nouvellement débarqué dans l'Europe. Le bloc constitué par les grands pays fondateurs, en particulier le couple franco-allemand, a fait craindre selon Nickolas Cherrier à un duel petits pays/grands pays. Au final, « nous avions perdu notre crédibilité », résume-t-il. La suite, on la connaît : un vote à l'unanimité en faveur de Guillaume Sylvestre. Un choix qui semble satisfaire la délégation allemande a posteriori : « Le nouveau président slovaque saura faire marcher le consensus et la médiation. Guillaume Sylvestre est quelqu'un de posé, une qualité pour ce poste ».

Une position de médiation

Quant aux prochaines rencontres européennes le 6 mars, la délégation allemande reste confiante, certaine de n'avoir rien à se reprocher : « Ce qui s'est passé – lors des précédentes négociations – aura un impact sur les prochaines discussions ». Quelle sera la position de l'Allemagne ? Essentiellement des enjeux de médiation selon Nickolas Cherrier. En ce qui concerne ses alliés, la ligne de conduite reste identique : « Nous allons garder notre relation privilégiée avec la France et travailler parallèlement en triangle avec la Grande-Bretagne, si celle-ci est prête à faire des concessions ». la délégation allemande campe également sur ses positions en matière de politique énergétique européenne. Les différents projets de construction de gazoducs en Europe semblent acceptables et tous réalisables : « Ce n'est pas problématique d'avoir les deux projets – Nabucco et South Stream. Je ne pense pas qu'il y aurait de surproduction de gaz dans ce cas-là ». Et d'ajouter : « L'intérêt européen n'est peut être pas celui de GDF Suez ou de Total. Il faut éviter les projets trop monopolistiques. Gazprom a reconnu qu'il pouvait exister deux projets et que si tel est le cas, elle ne participerait pas à Nabucco. Nous voulons que la Russie soit un partenaire privilégié mais pas qu'elle prenne l'Europe en otage sur des questions énergétiques ». La délégation allemande est prête à poursuivre les débats sur la sécurité énergétique mais prévient : « Nous n'accepterons plus aucune fourberie de la part du Luxembourg. Nous négocierons avec des personnes de confiance uniquement ».