2012 : année électorale en Europe

Par Claudia Louati | 5 mars 2012

  

Avec des élections de niveau gouvernemental dans sept pays de l’Union européenne, dans deux des États candidats et dans plusieurs États partenaires, l’année 2012 s’annonce comme celle du changement politique. Dans un contexte de crise de l’euro et de crise économique et financière, la question qui reste en suspens est celle de l’étendue de cette refonte du paysage politique européen et international.

Les électorats adopteront-ils une attitude conservatrice, choisissant de reconduire les gouvernements en place, ou opteront-ils plutôt pour une reprise en main démocratique par l’alternance politique ? Et dans ce cas, de quelle marge de manœuvre les gouvernements d’opposition bénéficieront-ils pour proposer une orientation politique résolument différente, dans un contexte de consensus généralisé sur la nécessité des réformes et de la lutte contre les déficits publics ? En temps de crise, les périodes électorales nous rappellent les limites de la démocratie.

Bien sûr dans certains États voisins de l’Union, ce sont encore certaines libertés fondamentales qui restent à conquérir. En Russie, au Belarus, en Albanie, en Arménie ou en Géorgie, les élections sont souvent une occasion de constater les progrès – ou non – de la liberté d’expression, de la liberté de la presse et de la lutte contre la corruption. À l’intérieur des frontières de l’Union, c’est une autre question qui se pose : face à la pression des marchés et aux impératifs économiques, la voix des citoyens a-t-elle encore une importance ?

L’Union européenne est d’ailleurs souvent pointée du doigt pour sa contribution à l’avènement d’une république technocratique, dans laquelle les élections se dépolitisent et donnent le pouvoir à des personnalités garantes du maintien du consensus autour d’un discours dominant, centré sur l’ultralibéralisme et la stricte discipline budgétaire. Symbole de cette tendance, le Président du Conseil européen Herman Van Rompuy, choisi pour son expertise économique et sa discrétion, et réélu la semaine dernière par les chefs d’Etats et de gouvernement des 27 dans l’indifférence générale. Pourtant, si cette Europe ne convient pas, comment expliquer l’absence de la dimension européenne dans les discours de campagne des candidats ? Celle-ci est souvent davantage présente dans les campagnes électorales des États voisins et candidats que dans celles des États membres, comme le témoignent les cas de la Serbie et de l’Islande. Dans les États membres, ce sont les préoccupations nationales qui sont au cœur des programmes électoraux, malgré la prégnance des grands enjeux européens actuels, comme la crise de l'euro. En temps de crise, le repli national est une réaction familière, souvent accompagnée par la montée des partis populistes et des rhétoriques nationalistes.

Pourtant, c’est bien maintenant que les citoyens devraient tourner leur regard vers Bruxelles. Les choix qui seront faits cette année en matière de gouvernance économique, de redistribution entre États et de perspectives financières sont immensément politiques et donneront à la construction européenne des orientations précises et durables. Au-delà des enjeux nationaux et des querelles politiciennes, c’est la poursuite du processus d’intégration qui influera le plus, dans les prochaines années, le cours des politiques nationales et la place des Européens dans le monde.

Malheureusement, à l'exception peut-être de la campagne présidentielle finlandaise, 2012 apparaît d’ores et déjà comme une occasion manquée de revigorer le débat démocratique européen par un investissement massif des candidats et des citoyens dans la réflexion sur le type de société et de gouvernance que l’Europe veut – ou peut – se donner. Mais ne désespérons pas, l’UE devra bien finir, un jour, par enlever son masque.

Ce mois-ci dans notre dossier

Sur la version anglaise de Nouvelle Europe

Source photo: Voting 5, Flickr

Ajouter un commentaire

HTML filtré

  • Les adresses de pages web et de courriels sont transformées en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et de courriels sont transformées en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.