Dominique Lesage, un Français sur les listes européennes polonaises

Par Isabelle Pinzauti | 20 mai 2009

Pour citer cet article : Isabelle Pinzauti, “Dominique Lesage, un Français sur les listes européennes polonaises”, Nouvelle Europe [en ligne], Mercredi 20 mai 2009, http://www.nouvelle-europe.eu/node/660, consulté le 05 décembre 2021

Dominique Lesage est un Français qui vit en Pologne. Il a décidé de se présenter à Varsovie aux élections européennes, sous la bannière du Premier ministre, Donald Tusk, Platforma Obywatelska (Plateforme Citoyenne, centre-droit). Né à Nancy, il a passé presque 20 ans de sa vie en Pologne. Sa carrière, du théâtre à l’architecture en passant par les médias, est bâtie sur des expériences riches et variées.

 

Que représentent pour vous l’Union européenne et plus particulièrement son Parlement ?

L’Union européenne est devenue la première puissance économique mondiale (plus de 20% du PIB mondial). Cela en fait un partenaire incontournable du développement de notre société. Sur le plan politique, elle a su constituer une entité qui est aujourd’hui en mesure d’exister en temps que telle, tout en préservant les spécificités locales, sans oublier bien sûr les identités nationales et culturelles. Le Parlement est le point essentiel de rencontre de ces identités et de la mise en valeur de ces diversités. L’extension de son rôle dans le domaine du législatif va lui conférer un plus grand pouvoir encore, ce qui est une bonne chose eu égard au fait qu’il est la seule instance à être composée de membres élus au suffrage universel.

Français connaissant très bien la Pologne, comment en êtes-vous venu à vous présenter aux élections européennes, après un parcours professionnel déjà très diversifié ?

Je crois que c’est l’aboutissement quasi naturel d’un parcours effectué, ainsi que vous le mentionnez, d’une façon très diversifiée, et qui m’a permis d’acquérir une riche expérience, ainsi que comme le j’espère, certaines compétences. Cela dans des domaines aussi variés comme la télévision, le cinéma, le théâtre, l’Internet, les droits d’auteurs, et de façon général, ce qui touche aux nouveaux médias. J’ai été plusieurs années responsables des relations européennes dans un groupe de télévision, et à ce titre, j’ai participé à de nombreux travaux portant sur certains de ces aspects. L’absence flagrante d’une voix polonaise pendant ces travaux a été pour moi un élément décisif dans le choix de me présenter au vote des électeurs. La marche des nouveaux médias va prendre une part de plus en plus importante dans nos vies quotidiennes, et dans notre économie globale. On ne peut plus aujourd’hui y rester indifférents.

Quelles doivent être selon vous les qualités indispensables d’un député européen, par rapport notamment à un député national ?

Avant tout être capable d’écouter : il n’y a rien de plus enrichissant que la différence. C’est une chance de pouvoir être membre d’une assemblée comme celle qui siège à Bruxelles, au contact quotidien de quelques centaines de représentants de cultures et de sociétés différentes, avec leurs expériences, leurs expertises et leurs opinions. Ensuite, je pense qu’il faut savoir communiquer : apporter sa part d’expérience, ses questions, expliquer les problèmes et les attentes du pays que l’on représente. Cela veut dire qu’un député européen doit rester au contact de sa réalité d’origine. Enfin, il doit avoir une vue plus large et consensuelle des problèmes et être ouvert aux solutions de compromis. L’arène bruxelloise est un lieu de négociation, et non pas d’affrontement. À mon avis donc, le profil d’un député européen doit plus se rapprocher de celui d’un expert que de celui d’un élu purement politique, comme le sont les députés nationaux. Je rajouterai bien entendu qu’il est essentiel qu’il connaisse quelques langues, ce qui n’est pas forcément nécessaire pour un député national.

Comment décririez-vous le rôle et les positions de la Pologne au sein de l’Union européenne ?

Apres des débuts un peu difficiles, avec des affrontements parfois pathétiques qui sont restes vains, autour des sujets comme le mode de scrutin dans l’Union ou encore le traité de Nice, la Pologne a peu à peu montré ses capacités à créer des coalitions, à construire des arguments et à obtenir des compromis. Sa voix a commencé à se faire entendre. La position de la Pologne au sein du Parlement européen se renforce donc de manière progressive et va la mettre, j’espère à court terme, au niveau de celles des locomotives.

Seulement 21% des citoyens polonais ont votés aux élections européennes 2004, au lendemain de leur adhésion, comment expliquez-vous cela ? Pensez-vous que la situation va s’améliorer pour ces nouvelles élections ?

Je crois que les Polonais continuent à souffrir d’un manque de conscience vis-à-vis de ce que représente l’Europe pour eux. D’un coté, ils expriment leur attentes vis-à-vis de Bruxelles, au travers de sujets lies à leur environnement local (l’état de la rue, la construction d’une crèche, etc...), et d’un autre coté, ils semblent ne pas chercher à mieux comprendre le mode de fonctionnement des institutions européennes, et encore moins de leurs représentants, en évitant ainsi de comprendre que les travaux de ceux-ci auront un jour ou l’autre une influence sur leur quotidien même si elle n’est pas immédiate et directe. Les Polonais doivent donc mieux comprendre la complexité de la chaîne de valeurs qui relient leur quotidien aux travaux de Bruxelles. Certains sondages parlent aujourd’hui (nous sommes début mai) d’une fréquentation qui pourrait ne pas dépasser 13%. Si cela s’avère dans les faits, la légitimité des 50 députés qui seront élus s’en trouvera affaiblie, et derrière eux, celle de la Pologne toute entière. Cela serait une grande défaite aussi pour l’Europe toute entière.

Comment les partis polonais et notamment votre parti le PO s’organisent-ils pour intéresser leurs électeurs aux européennes ?

À 4 ou 5 semaines des élections, les campagnes ne font que démarrer ! Il n’y a donc plus de temps pour mener des travaux pédagogiques de fonds sur les mérites du vote citoyen. Ces campagnes vont avant tout se focaliser sur les personnalités des candidats. Chacun des candidats des listes fait sa propre campagne. Donc cela va être à chacun de doser quelle part de pédagogie mettre dans son message, tout en vantant les qualités de sa propre personnalité. PO mise beaucoup sur les personnalités têtes de liste, avec le slogan « Posta na Polska », qui veut dire « Misez sur la Pologne ». J’adhère à ce slogan à 100%.

 

Source image : Elections européennes en Pologne - Wikimédia Commons