Dans les coulisses des négociations

Par Eurechos | 27 février 2011

Pour citer cet article : Eurechos, “Dans les coulisses des négociations”, Nouvelle Europe [en ligne], Dimanche 27 février 2011, http://www.nouvelle-europe.eu/node/1036, consulté le 21 mai 2022

Samedi 19 février, 17 chefs d’Etat et de gouvernement se sont donnés rendez-vous à Paris pour élire le président du Conseil européen. De confidences en murmures, les participants auront bataillé jusqu’à la dernière minute pour se faire entendre. Retour sur une journée décisive.

delegation_grecque1.jpg 

Alexandre Calvez et Sam McGeever forment la délégation grecque

 

 

Six candidats, un seul élu

Pour ce marathon, six candidats se sont pressés sur la ligne de départ : la Pologne, le Royaume-Uni, l’Estonie, la Grèce, le Danemark, et Chypre. Mais rapidement, seule deux candidates sont restées en lice : les dirigeantes slovènes et estoniennes. Elles ont été soumises à un véritable interrogatoire de la part des dirigeants européens.

C'est l’Estonie qui a été la destinataire des premières questions... et des premières piques. Elle a répidement obtenu le soutien du Royaume-Uni. Mais sa candidature est restée fragile.

La Slovénie, déjà favorite des Allemands et des Français, a pris la tête de la course. La Roumanie, la Hongrie, l’Italie puis l’Espagne ont rejoint progressivement Ljubljana, assurant la victoire à la présidente slovène, Sarah-Marie Männche.

Au cours de la journée, le dirigeant polonais, Guillaume Poupeau, a tenté de jouer les troubles fêtes, en présentant à nouveau sa candidature. Mais le manque de soutiens de ses homologues l'a poussé à renoncer à cette entreprise.

Le fardeau de la présidence hongroise 

Plus qu’une personne et un CV, les 17 dirigeants européens présents autour de la table du Conseil cherchaient avant tout un rassembleur. La personnalité du futur président a été au cœur des négociations, tant l’aura de cette personne comptera pour les négociations à venir. Une tâche ardue, confiée à la délégation hongroise, qui a assuré la présidence tournante du Conseil.

Mais dès le début des pourparlers, le Président hongrois ont mis en péril les discussions, en affirmant haut et fort sa position, au lieu de jouer le consensus. Tout au long de la journée, la voix du Président, Gabriel Orazi, a été faible, parfois noyée dans le brouhaha des divergences chuchotées aux quatre coins de la table

La journée s'est d'ailleurs terminée sur un couac : à la surprise générale, le président hongrois, pris par le temps, a demandé à ses homologues de voter pour désigner le président du Conseil... quitte à forcer la main de certaines délégations. Une procédure inhabituelle, puisque la majorité des dirigeants souhaitaient aboutir à une décision unanime, sans avoir besoin de recourir au vote.

Les lobbies entendent parler fort discrètement

On les surnomme parfois les « hommes des couloirs » ; pourtant, les lobbies étaient bien présents dans la salle des négociations. Les groupes de pression ont réussi à se faire oublier et assister à l’intégralité des discussions supposées être confidentielles. Une erreur de stratégie qui coûtera probablement cher aux dirigeants européens au cours des prochaines négociations sur l'avenir de l'agriculture européenne.

Suivant la même stratégie, la Turquie a préféré rester en retrait. Erreur, car en étant trop discret, Istanbul s’est fait oublier, laissant la délégation grecque avancer ses pions durant la négociation.

Les stratèges de la délégation grecque

La grave crise traversée par la Grèce depuis 2008 n'a pas empêché Athènes de défendre ses intérêts avec acharnement. La république hellénique a même, selon l'aveu même de la présidente slovène fraîchement élue, fait basculer les négociations qui ont mené à sa désignation. Un ralliement qui ne s’est pas fait sans contrepartie : en échange, Sarah-Marie Männche a dû s’engager à régler la question de Chypre en préalable à toute discussion sur l’entrée de la Turquie dans l’Union.

Si la Grèce est parvenue à imposer ses conditions sur la question turque, c’est qu’elle a été menée par une délégation très incisive. En pleine conférence de presse, le représentant grec s’est même offert une mémorable prise de bec avec une ambassadrice allemande abasourdie, surprise de l'attaque. « Les accusations populistes portées contre le peuple grec par certains politiciens allemands ont été mal vécues en Grèce », s’est expliqué le délégué à la sortie du Conseil. « Surtout, nous avons eu le sentiment que l’Allemagne ne jouait pas franc jeu durant ces négociations. »

Côté allemand, on préfère relativiser et ne pas prendre « trop au sérieux ni trop à cœur » ces attaques. Diplomate, la déléguée allemande a dit « comprendre le ressentiment du peuple Grec », même si elle s’est agacée de ces piques pas forcément « bienvenues ». De part et d’autre, on s’est dit prêt à renouer le dialogue, avec plus ou moins de bonne volonté.

D’autant que, au-delà des divergences nées de la crise de la dette, les deux délégations défendent des positions communes, comme le refus d’une entrée immédiate de la Turquie dans l'UE.