Les origines de la crise de l'euro sont mêlées et comme on l'observe dans les difficiles négociations du Conseil européen, chaque État membre a sa propre perception du problème et des solutions. Définir une nouvelle coordination économique européenne, c'est donc un vaste chantier. Les rencontres du réseau de Weimar ont permis au cours de deux workshops de confronter et agréger les vue allemandes, françaises et polonaises de tous les participants.
Atelier 1 : la perception de l’euro dans l’opinion publique : cause ou protection contre la crise ? Débats en Allemagne, en France et en Pologne
« L’Europe se fera par la monnaie ou ne se fera pas ». Cette prédiction annoncée par l'économiste Jacques Rueff en 1949 semble illustrer le sentiment qui prime actuellement au sein de l’opinion publique par rapport à la crise de l’euro. Mais qu’en est-il réellement ? Quels discours tient-on dans chaque pays du triangle de Weimar ? Et comment les modèles économiques et la solidarité européenne sont-ils perçus ? Afin d’analyser les différentes tendances existantes au sein de l’opinion publique et de répondre à ces questions, un premier atelier a été organisé en compagnie de Björn Hacker, de la fondation Genshagen. Aleksander Glogowski, du parti socialiste français (PS), et Adrien Abécassis, de la fondation Jean Jaurès, commentaient l’intervention, tandis que Maxime Lefebvre, de l’École nationale d’Administration (ENA) modérait le débat.
Des phénomènes de crise à la gestion de la crise
Björn Hacker explique qu’il est primordial de s’interroger sur le concept de crise. Pendant longtemps, celle-ci est assimilée et réduite à une crise de solvabilité. Le discours ne s’intéresse alors qu’à l’endettement des États. Or, dans de nombreux pays, l’endettement est une conséquence, et non une cause de la crise. Par exemple, les situations irlandaise et espagnole d’avant la crise étaient meilleures que celles française et allemande. Rappelons en effet que ces deux derniers pays avaient violé le Pacte de stabilité et de croissance en 2003. De fait, le discours public jette l’anathème sur les spéculateurs, considérés comme seuls responsables de la crise. Or, il n’y a pas que les spéculateurs. L’intégration européenne pose elle aussi un problème, dans la mesure où la crise résulte d’une accumulation de déficits structurels de l’Union économique et monétaire (UEM). Si l’intégration a renforcé le marché, elle n’a cependant pas renforcé suffisamment les instruments de correction du marché. Ainsi, la suppression des entraves au commerce, le libre-échange et l’absence de politique fiscale et budgétaire ont entraîné un certain dumping social.
Du reste, au bout de dix ans de soft governance, cette méthode apparaît faible par rapport à la hard governance, une deuxième méthode qu’il faudrait renforcer en temps de crise. Alors que l’UE aurait besoin de plus de compétences, les mesures intergouvernementales continuent de primer. Mais où se trouve le souverain européen qui doit prendre les décisions ? Un grand malaise existe même au sein des partis de la majorité dans les grands pays lorsqu’il s’agit de sauver l’euro et de gérer la crise. La solution pour palier à ces déficits de la gouvernance économique européenne réside dans un policy mix favorisant une croissance sociale durable. La question qu’il faut finalement se poser est de savoir si l’euro est véritablement la cause de la crise ou s’il ne nous en protègerait pas plutôt.
Le « plus d’Europe » semble apparaître comme une nécessité. Néanmoins, cette perception n’est pas universelle. Björn Hacker dégage, en effet, trois manières de percevoir la crise. La première est celle des défenseurs du statu quo qui prônent un renforcement de la concurrence. La deuxième est celle des partisans de l’intégration politique, dont l’objectif est de rééquilibrer l’hétérogénéité socio-économique en comblant l’écart existant entre une intégration économique très avancée et une intégration politique quasi-inexistante. Enfin, les eurosceptiques ou euro-opposants font de la désintégration une véritable stratégie. D’une certaine manière, pour savoir à quoi ressemblera l’Europe de demain, il faut se poser la question du choix entre légitimité démocratique et coopération plus étroite, entre intégration politique et intégration économique, entre noyau dur et taille unique ?
« La compétitivité qui stimule, la coopération qui renforce, la solidarité qui unifie » (Jacques Delors)
Maxime Lefebvre renchérit en faisant appel à la figure d’autorité qu’incarne Jacques Delors. Cet ancien président de la Commission européenne expliquait que l’UEM avait été construite sur une seule jambe : la jambe monétaire, et qu’il lui manquait donc une jambe économique. C’est pourquoi un pacte de coordination économique avait été proposé comme solution. Cette proposition rejoint les trois piliers chers à Jacques Delors, sur lesquels l’UE doit reposer: la compétitivité, la coopération et la solidarité.
Aleksander Glogowski resserre le sujet en analysant la perception de la crise vue de France. A ses yeux, celle-ci sert de caution à une politique pensée bien avant la venue de la crise. Tel est le cas de la politique du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux. Il dénonce alors le cloisonnement comme approche à courte vue. Par exemple, une fois que les agences de notation en auront fini avec les pays importateurs, elles s’attaqueront aux pays exportateurs en s’appuyant sur le motif suivant : « vous n’aurez plus de clients ». Il s’agit donc de trouver des moyens autrement que sous la contrainte.







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