Création en Hongrie d'un groupe paramilitaire "pour sauver le peuple hongrois"

Par Pauline Joris | 28 août 2007

Pour citer cet article : Pauline Joris, “Création en Hongrie d'un groupe paramilitaire "pour sauver le peuple hongrois"”, Nouvelle Europe [en ligne], Mardi 28 août 2007, http://www.nouvelle-europe.eu/node/258, consulté le 08 août 2022

articlejuillet07_025_2 Ce samedi 25 août, le parti d’extrême droite hongrois Jobbik a mis en scène le groupe paramilitaire qu’il a créé. Une cinquantaine de personnes s’est rassemblée à proximité du palais présidentiel à Budapest, pour prêter serment et inaugurer cette milice, appelée « Magyar Garda », la garde hongroise.

articlejuillet07_025_2 Ce samedi 25 août, le parti d’extrême droite hongrois Jobbik a mis en scène le groupe paramilitaire qu’il a créé. Une cinquantaine de personnes s’est rassemblée à proximité du palais présidentiel à Budapest, pour prêter serment et inaugurer cette milice, appelée « Magyar Garda », la garde hongroise.

Le Jobbik, au discours violemment antisémite, anti-rrom et homophobe, est un parti politique de faible importance, qui, avec 2 % des voix lors des élections législatives de 2006, n’a pas atteint le seuil nécessaire pour pouvoir envoyer des élus au parlement ; il est cependant représenté dans plusieurs municipalités du pays.

 

Les membres de la milice qu’il a créée se sont donnés pour mission de « défendre la Hongrie sur le plan physique, moral et intellectuel ». 56 volontaires recevront donc un entraînement militaire afin d’être prêt à « sauver le peuple hongrois ».

 

Le Premier ministre, le socialiste Ferenc Gyurcsany, a dans une conférence de presse du 24 août, retourné l’argument : pour lui, la menace pour la Hongrie était qu’elle devienne « un lieu où les préjugés et la peur sévissent, et où la peur règne à la place de la paix et l’entente ».

 

Si la législation en matière de liberté d’expression ne permet pas aujourd’hui l’interdiction simple de la Garde hongroise, le Premier ministre a adressé une lettre au procureur général de Hongrie lui demandant de porter une grande attention à ses activités et de « réagir immédiatement » en cas d’actions illégales. M. Gyurcsany a fermement ajouté qu’il considérait la création de ce groupe comme une « honte pour la démocratie hongroise ».

 

La création de ce groupe paramilitaire ne réjouit pas non plus les voisins de la Hongrie, tels la Roumanie, la Serbie ou la Slovaquie, où d’importantes minorités de langue hongroise résident.

 

Néanmoins, Peter Schutz, éditorialiste de l’un des principaux quotidiens slovaques, le Sme, ironisait, dans l’édition du 27 août, en imaginant les 56 volontaires de la Garde hongroise, attendant dans des tranchées, les tanks (virtuels) que le leader du SNS, le parti nationaliste slovaque, Jan Slota, lancerait sur Budapest.

 

Le journaliste continue cependant en soulignant que malheureusement les symboles que la Garde hongroise s’est choisie ne font pas sourire. Lors de leur prestation de serment, ils arboraient en effet des drapeaux rouge-blanc-rouge, les couleurs du Parti des Croix fléchées, les nazis hongrois, au pouvoir d’octobre 1944 à janvier 1945, et leurs uniformes portaient des emblèmes représentant ces mêmes symboles.

Entre surexposition et sous-estimation d'un danger, appréciation du respect de la législation sur la liberté d'association et liberté d'expression, l'appréhension de ces groupes, tant par des acteurs étatiques que non-gouvernementaux, n'est jamais aisée.

© photo : Laure Jipo