Compte rendu du Café "Verts l'Est - Verts l'Ouest"

Par Adrien Fauve | 13 mars 2007

Pour citer cet article : Adrien Fauve, “Compte rendu du Café "Verts l'Est - Verts l'Ouest"”, Nouvelle Europe [en ligne], Mardi 13 mars 2007, http://www.nouvelle-europe.eu/node/136, consulté le 08 décembre 2022

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Les partis Verts à l’Est et à l’Ouest de l’Europe n’ont pas la même histoire, mais le Parti Vert Européen s’est lancé comme défi de les faire marcher ensemble pour défendre une Europe écologique, élargie et forte. Un défi toujours à relever.

Pour discuter des partis Verts en Europe, M. Rupnik, Directeur de recherches au CERI et grand spécialiste de l'Europe centrale et M. Lamberts, porte parole du Parti Vert Européen, nous ont fait le plaisir de participer au Café européen que Nouvelle Europe a organisé le 28 février 2007 au Centre Culturel Tchèque de Paris.

 Les partis Verts en Europe de l’Est : de la mobilisation groupusculaire à l’accès au gouvernement

La parole a d’abord été donnée à M. Rupnik pour avoir une première idée des partis Verts en Europe de l’Est. L’invité a expliqué qu’aujourd’hui, les mouvements Verts ne sont que des groupuscules dans les nouveaux pays entrés en Union européenne. Malgré l’importance du problème écologique dans ces pays, les mouvements écologiques contestataires dans les régimes communistes n’ont pas accédé au statut de parti politique après la chute de ceux-ci.

Avant 1989, des mouvements dissidents se sont mobilisés autour des questions environnementales. En Tchécoslovaquie, par exemple, la Charte 77 diffusait régulièrement des documents sur ces problèmes. « C’était un moyen pour les intellectuels d’établir une passerelle avec la société » a expliqué Jacques Rupnik. Mais ces mobilisations n’étaient que des composantes de la dissidence. L’écologie était un domaine de critique du système moins frontale. Les plus importantes contestations ont été en Allemagne de l’Est, autour de l’Eglise protestante et des écolo-pacifistes. En Hongrie, aussi, un mouvement s’est cristallisé autour du projet de la construction d’un barrage sur le Danube, entre la Hongrie et la Tchécoslovaquie. Du coté hongrois ; la contestation fut très importante. Mais, ces mouvements restèrent groupusculaires, alors même que l’environnement a été dévasté, notamment dans le triangle entre Dresde et  la Boheme.

« Après 1989, j’aurais parié sur l’essor d’un parti Vert ». Jacques Rupnik a pourtant du constater que ces mouvements écologistes ne sont pas devenus des partis politiques influents après la chute des régimes communistes. Sans idéologie marquée, ils sont restés à l’état de groupuscules, contestant un mode de société, le système de partis et la politique traditionnelle. Les Verts ont été éclipsés dans la première décennie de la transition, notamment parce que les transformations économiques primaient sur le reste. L’écologie n’était pas la priorité.

Cependant, Jacques Rupnik observe aujourd’hui comme un retour de la question environnementale sur le devant de la scène politique. C’est une dimension qui s’introduit dans la politique traditionnelle, et que les partis commencent à prendre en compte. De plus, des partis Verts apparaissent peu à peu. Ainsi, en République Tchèque, le parti Vert vient de dépasser pour la première fois, les 5% aux dernières élections législatives et est entré au gouvernement. Le parti Vert tchèque vient donc d’accéder à un statut nouveau de manière spectaculaire. Non seulement, il est représenté au Parlement en tant que parti politique, mais en plus, il a participé au gouvernement. « C’est un changement de statut total » a fait observé M. Rupnik. Le ministre des affaires étrangères tchèque est maintenant un Vert. « C’est un vrai test ». Le parti Vert va-t-il parvenir à imposer ses priorités environnementales ? Et quel va être son engagement européen, sachant, qu’a priori, le ministre en question est un eurosceptique ? L’heure est donc pour le parti Vert tchèque, de clarifier ses prises de position.

Des partis nationaux petits, fragiles et divergents que le Parti Vert Européen tente de structurer pour construire un Parti Vert indépendant de la droite comme de la gauche

Le tour a été ensuite à M. Lamberts de présenter le Parti Vert Européen (PVE) dont il est le porte-parole. Ce parti est une fédération de 33 partis verts, dont les élus représentent au Parlement européen, une minorité. Les partis Verts nationaux en Europe de l’Est sont souvent de très petites structures, comme l’a dit M.Rupnik, et cela pose un problème de cohérence, de continuité, pour le PVE. Par exemple, la Slovénie en 1991, avait une représentation verte au Parlement européen, mais elle s’est éclatée par la suite, puis s’est en partie reconstituée aujourd’hui, composée essentiellement d’étudiants et de petits partis locaux. Et, la Slovénie n’est qu’un exemple parmi d’autres. Et, selon les pays, les Verts sont plus ou moins importants. En Roumanie, M.Lamberts a parlé de plusieurs dizaines de milliers de membres, alors que la Pologne n’a qu’un parti microscopique. En Hongrie, M. Lamberts a expliqué que même si il y a eu une mobilisation autour du barrage du Danube, la jeune génération préfère s’investir dans la mobilisation informelle plutôt que dans des partis. Le parti Vert est donc virtuellement absent en Hongrie. Cette faiblesse des partis Verts sur les scènes nationales est un défi pour le PVE. Et, l’arrivée de la Roumanie et de la Bulgarie dilue encore plus la présence du PVE au Parlement européen, puisqu’il faudra attendre encore quelques temps avant que ces pays n’envoient des représentants Verts.

Face à ces difficultés, le PVE tente d’agir pour la construction de partis politiques Verts dans les pays de l’Europe centrale et orientale. L’aide directe est interdite, mais le soutien peut passer par l’envoi de cadres européens dans les structures nationales pour aider à la structuration. Mais, même si les partis membres du PVE sont petits, fragiles et divers, le PVE a une position commune envers l’Europe. Plus de 80% des membres du PVE sont pour l’élargissement et l’approfondissement de l’Union européenne. Ce consensus est temporisé par quelques eurosceptiques, certes, mais la position du PVE est claire. Les partis britanniques et scandinaves, plus eurosceptiques, ne représentent qu’une majorité au sein du PVE.

Une autre différence de vues entre les partis membres peut également surprendre. Alors qu’en Europe de l’Ouest, un parti Vert est naturellement vu comme un parti de gauche, à l’Est, cela est loin d’être évident. Par exemple, en Tchécoslovaquie, quand le parti Vert s’est trouvé, au lendemain des législatives, en position de négocier pour accéder au gouvernement, le partenaire naturel vers lequel il s’est tourné a été l’ODS, c'est-à-dire le parti de droite. Le Président du Parti Vert tchèque est en effet absolument opposé à un accord avec les héritiers du communisme. Cette différence, M. Lamberts la voit comme une chance : « les partis de l’Est peuvent donc aider les autres partis à avoir une position plus indépendante par rapport aux autres partis ».

Le débat s’est alors ouvert… 

Question du public : Est-ce que les Verts de l’Est forment des courants aussi divers qu’à l’Ouest ?

JR : Ils partagent tous l’avis que l’union fait la force et invoquent la puissance normative de l’Union européenne. Ils ont en commun de négocier leur entrée dans le gouvernement en exigeant que quelques mesures environnementales passent, alors même que leur poids dans les coalitions majoritaires est assez faible. En République tchèque, leur réussite à s’imposer est un défi, un apprentissage politique. Dans les autres pays, on ne peut pas actuellement penser à autre chose que des demandes générales et fonder un espoir écologique envers les normes européennes qui seules peuvent à présent faire évoluer les choses.

PL : Dans le parti vert européen, on observe à la fois des eurosceptiques (Royaume-Uni et Scandinavie) et des fédéralistes (Allemagne, Belgique, une partie des Verts français, Autriche, Finlande). A l’Est, c’est surtout la nécessité de poursuivre l’élargissement et l’approfondissement qui constitue une idée commune quant à l’avenir européen. L’Union européenne est vue comme un moyen de réaliser les objectifs politiques des Verts. En France, les Verts sont à gauche, mais c’est différent à l’Est : ainsi la République tchèque a fait coalition avec la droite. Le ressort le plus puissant chez les Verts de l’Est est le rejet du communisme, ce qui explique qu’ils peuvent préférer se tourner vers la droite lorsque la gauche n’est pas suffisamment débarrassée des anciens communistes. Cependant, les systèmes de représentation proportionnelle sont ceux qui permettent le plus facilement de se positionner comme indépendant de la gauche et de la droite.  

Question du public : Quelle est la position des Verts européens sur la question du nucléaire ?

Le nucléaire est une énergie dont il faut programmer la disparition, même l’EPR. Les technologies nucléaires ne sont pas tout à fait sûres, et les conséquences d’un accident peuvent être particulièrement dramatiques. Si l’on observe le plan économique, la production d’un kilowattheure est coûteuse. Il faut envisager en conséquence la fermeture du parc nucléaire, mais de manière progressive, pour avoir le temps de développer des énergies alternatives et d’économiser l’énergie. Il faut élaborer une stratégie à long-terme et se rendre compte que le nucléaire est non renouvelable, et que son stock serait épuisé en un siècle si l’on ne devait compter que sur lui.

Question du public : Que penser du maintien du nucléaire pour palier la dépendance énergétique ?

JR : Pour les pays qui sortent immédiatement de l’orbite russe, le nucléaire peut être une solution assez évidente, mais la diversification des sources d’énergie est aussi une clé. Pour les partis verts, il est souhaitable de mettre en place une politique énergétique européenne qui permette d’établir cette indépendance énergétique.

Question du public : Dans quels domaines peut-on réduire les dépenses énergétiques ?

PL : Dans celui du transport de courrier express – la proportion de courrier réellement urgent n’étant pas si élevée –, en arrêtant le transport de têtes de poulet, en arrêtant de consommer des fruits hors saison. 

Question du public : Y a-t-il la même structure de clivages dans les Verts de l’Est ? 

JR : Les Verts de l’Est voulaient créer des mouvements plus que des partis, trop hiérarchisés. Cela fait cependant leur faiblesse, par manque de structure et de fonds. Une autre spécificité est qu’ils ne se définissent pas forcément à gauche. Parfois les coalitions se font davantage par opportunisme que par réelle conviction, en s’alliant avec le groupe qui est en mesure de satisfaire le plus de demandes écologistes.

PL : Le poids de l’alignement à gauche est moins systématique. Cependant la jeune génération a moins de mal à s’avouer de gauche, n’ayant pas connu le communisme longtemps. La tendance générale européenne est toutefois à la disparition des tendances gauchistes des Verts, la France faisant figure d’exception.

Question du public : L’Union européenne encourage-t-elle la diffusion des techniques environnementales en Europe ?

PL : Ce marché existe et les techniques les plus avancées en matière de protection de l’environnement sont donc présentes dans toute l’Europe.

Question du public : Quelles sont les sources d’énergie alternatives ?

PL : Le nucléaire représente seulement 3% de l’énergie mondiale, ce qui montre bien que l’on peut s’en passer. Il faut en premier lieu diminuer la consommation inutile d’énergie. Les énergies autres que le nucléaire sont les énergies fossiles, l’éolien, le solaire, les biocarburants, l’hydraulique, la géothermie ou encore la pile à combustible.

Question du public : Qu’espérer du fluvial ou du ferroviaire ?

PL : Cela nécessite des investissements colossaux. Il est nécessaire pour l’Union européenne de s’approprier ces techniques, mais les fonds actuels sont insuffisants. Alors il faut faire des choix : de ce fait, il y a un risque de désinvestir le service ferroviaire de proximité. Il faudrait jouer sur la fiscalité pour générer de l’investissement dans ces secteurs. L’horizon politique se fait quant à lui à moins long-terme, avec les régulières échéances électorales.

 

Pour aller plus loin :

 

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