Changements politiques en Slovaquie : une sociologue comme Premier ministre

Par Pauline Joris | 8 juillet 2010

Pour citer cet article : Pauline Joris, “Changements politiques en Slovaquie : une sociologue comme Premier ministre”, Nouvelle Europe [en ligne], Jeudi 8 juillet 2010, http://www.nouvelle-europe.eu/node/905, consulté le 09 août 2022

Les élections se succèdent en Europe centrale et, au moins pour la République tchèque et la Slovaquie, se ressemblent. Dans ces deux pays, le parti social-démocrate est arrivé en tête sans être majoritaire et capable de former un gouvernement. Mais, ce 8 juillet, c’est, pour la première fois, une femme qui devient Premier ministre, Iveta Radičová, à la tête du parti libéral de centre-droit, la SDKU.

Un paysage politique slovaque fortement dominé par Robert Fico, le leader socia-démocrate

Le Parti du Premier ministre depuis 2006, le SMER-SD, est très nettement arrivé en tête des élections législatives du 12 juin 2010, avec 62 sièges sur les 150 que compte la chambre et 35% des suffrages. Les sondages le donnaient clairement en tête et son parti pouvait s’appuyer sur les excellents résultats électoraux obtenus en 2009 : 32% des voix aux élections européennes et victoire dans 7 des 8 régions du pays, Bratislava échappant au SMER-SD. Et en effet, le SMER-SD décroche de loin le meilleur score lors de ces élections puisque le deuxième parti, la SDKU (parti libéral de centre-droit) ne recueille que 15,5% des voix. Mais c’est pourtant autour de ce parti, avec à sa tête une nouvelle direction, qu’un nouveau gouvernement se forme.

Le SMER-SD et la SDKU sont les deux principaux partis politiques slovaques depuis une dizaine d’années. La SDKU, centre-droit, a été au pouvoir entre 1998 à 2006 avant l’alternance et la victoire de Fico, centre-gauche, il y a quatre ans.

Cette relative stabilité ne doit pas masquer que précisément ces élections législatives ont vu l’émergence de nouvelles forces politiques, ainsi que la disparition d’autres. Ainsi, comme en République tchèque avec le TOP 09, on a vu apparaître un nouveau parti, ici SaS, Sloboda a Solidarita (Liberté et Solidarité, centre-droit). Il s’est rapidement imposé, dépassant les estimations des sondages pour devenir, en juin, la troisième force parlementaire.

Mais plus que cette rapide progression, l’événement de cette élection réside sans doute plutôt dans la disparition du Parlement de deux partis présents dans les législatures précédentes. Ces disparitions marquent, peut-être, un tournant dans la vie politique slovaque d’après l'indépendance.

Il s’agit du parti de Vladimir Meciar, l’homme qui mena, côté slovaque, la séparation de la Tchécoslovaquie en quelques mois, avant de gouverner sans partage son pays jusque 1998. Membre de la coalition au pouvoir entre 2006 et 2010, son parti, le ĽS HZDS (Mouvement pour une Slovaquie indépendante) repose essentiellement sur la popularité de son chef, connu pour une certaine tendance à favoriser ses proches et amis. Ce parti était membre de la coalition hétéroclite au pouvoir en Slovaquie entre 2006 et 2010. Bien que les trois partis de cette coalition n’avaient pas expressément annoncé la reconduite de leur accord de coalition avant les élections, ce parti n’ayant pu rassembler 5% des suffrages – la limite pour avoir des représentants au Parlement – la question ne s’est pas posée et, en définitive, le SMER-SD, bien que premier parti en voix, n’a pu élaborer une majorité autour de sa victoire.

L’autre parti précédemment présent au Parlement et qui n’a lui non pas atteint le quorum de 5% est le SMK, le Parti de la Coalition hongroise de Slovaquie. La représentation politique de la minorité magyarophone de Slovaquie a connu d’importantes tensions ces dernières années. Ainsi, l’ancien Président de ce parti, Béla Bugár, a décidé de créer un autre Parti, afin de prendre ses distances par rapport à un discours qu’il considère comme trop revendicatif et provocateur de la part de celui qui lui a succédé à la tête du SMK, Pál Csáky. Et c’est ce parti, intitulé Most-Híd, qui signifie pont, respectivement en slovaque et en hongrois, qui a créé la surprise en récoltant 8% des suffrages.

Une nouvelle coalition au pouvoir

En apparence, la nouvelle coalition au pouvoir – l’accord entre les quatre partis a été formé ce 3 juillet 2010 (SDKU, SaS, KDH et Most-Híd) – ressemble fortement à celle qui gouverna avant 2006, où le Premier ministre était également issu de la SDKU, avec les chrétiens-démocrates du KDH et le parti de la minorité magyarophone de Slovaquie.

Il y a pourtant des différences non négligeables. La première d’entre elle est le succès d’Iveta Radičová. Cette femme dynamique, sociologue de formation, a une carrière politique déjà pleine de rebondissements. Elle s’est faite connaître en 2005 en devenant Ministre des Affaires sociales dans un gouvernement au discours et à la politique marqués par le libéralisme économique. Seule femme du gouvernement, elle a initié un autre discours sur les questions sociales, apprécié des électeurs (exprimé par le vote de préférence lors du scrutin de 2006) ainsi que de bon nombre des acteurs économiques et sociaux.

Elle a ainsi été la candidate principale de l’opposition lors de l’élection présidentielle au printemps 2009. Bien que le Président de la République slovaque exerce des fonctions essentiellement honorifiques, cette élection se fait au suffrage universel direct. Dès le départ, les chances de gagner de Mme Radičová étaient faibles face au Président sortant. Mais à nouveau, son discours, sa manière de faire de la politique, entre sourire affiché et discours travaillé, ont plu. Son style marquait clairement une rupture face à son adversaire, Ivan Gašparovič, qui mettait en avant les valeurs traditionnelles et populaires de la Slovaquie. Sans s'opposer à celles-ci, elle a mis en avant un contenu plus ouvert et elle a rassemblé près de 45% des électeurs au second tour de la présidentielle, le 4 avril 2009, score que les instituts de sondage n’avaient pas estimé si élevé. Ce résultat a participé à rendre crédible, notamment au sein de son parti, Iveta Radičová.

Pourtant, peu de temps après, elle est accusée de fraude pour avoir appuyé, le 21 avril 2009, sur le bouton de l’appareil de vote d’une de ses collègues, trop éloignée de sa place lors du vote. Le scandale prend très vite de l’ampleur et elle préfère rapidement démissionner. Pour nombre d’observateurs, sa carrière politique est alors finie.

Elle décide néanmoins de se présenter aux primaires de son parti, la SDKU. Le Président de ce parti, Mikuláš Dzurinda, qui a été le Premier ministre entre 1998 et 2006, impopulaire pour une partie de l’opinion slovaque et entretenant des relations parfois tendues avec un certain nombre d’hommes politiques, ne se présente pas à ces primaires, mais il soutient celui qui fut son Ministre des Finances, Ivan Miklos. C'est pourtant Iveta Radičová qui est désignée par son parti comme tête de liste.

L’opposition de droite et centre-droit est partie divisée face au parti de Robert Fico. Ce dernier est largement arrivée en tête, mais les quatre partis ont, finalement, réussi à s’entendre. La personnalité de Mme Radičová n’est sans doute pas étrangère à cette entente, qui devra s’évaluer dans la durée. Mais, avec Iveta Radičová, une nouvelle femme rejoint le club très fermé des femmes chefs d'État ou de gouvernement au Conseil européen.

Notons enfin que la participation au scrutin, problème majeur en Slovaquie comme ailleurs en Europe centrale, a progressé de 4 points par rapport aux élections législatives de 2006 pour atteindre 58,8%.

 

Les résultats des élections du 12 juin 2010

Partis politiques

Pourcentage des suffrages recueillis

Nombre de sièges au Parlement

Direction - Démocratie sociale

SMER-SD

34,79

62

Union démocratique et chrétienne - Parti démocratique SDKU-DS

15,42

28

Liberté et Solidarité SaS

12,14

22

Mouvement chrétien démocrate KDH

8,52

15

Most-Hid

8,12

14

Parti national Slovaque SNS

5,07

9

Parti de la coalition hongroise SMK

4,33

0

Mouvement pour une Slovaquie démocratique LU-HZDS

4,32

0

Autres

7,23

0

 

 

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Source photo : Iveta Radičová, par andrijbulba, sur Flickr