Cameron, champion de l'élargissement à la Turquie ?

Par Gizem Ozturk Erdem | 26 octobre 2010

Pour citer cet article : Gizem Ozturk Erdem, “Cameron, champion de l'élargissement à la Turquie ?”, Nouvelle Europe [en ligne], Mardi 26 octobre 2010, http://www.nouvelle-europe.eu/node/944, consulté le 20 octobre 2019

« Furieux » : fin juillet 2010, le Premier ministre britannique David Cameron s'indignait du ralentissement des négociations de l'adhésion de la Turquie. En insistant notamment sur le rôle d'Ankara dans la sécurité de l'Europe, Cameron a fait une critique sévère de l'attitude des États contre l'adhésion turque. Quels sont donc les liens qu'entretiennent le Royaume-Uni et la Turquie ? Jusqu'où le premier soutiendra la seconde ?

 

Après la visite de Cameron

Deux mois et demi après sa nomination comme Premier ministre du Royaume-Uni, David Cameron a fait sa première visite officielle en Turquie. Cet événement a occupé une place importante dans la presse aussi bien européenne que turque. Les Premiers ministres des deux pays ont même souligné que c’était le début d’un nouvel âge d’or dans les relations anglo-turques. La presse européenne a insisté sur le message que Cameron a adressé aux pays de l’Union européenne qui sont contre l’adhésion de la Turquie. Mais en quoi cette visite était-elle tellement importante et comment les relations anglo-turques vont-elles évoluer par la suite ? 

Une vision commune 

Si on analyse les relations anglo-turques dans un cadre européen, on observe que le Royaume-Uni, qui est favorable à l’élargissement de l’UE plutôt qu’à l’approfondissement de celle-ci, pousse depuis longtemps l’adhésion de la Turquie. Un autre argument présent dans les esprits à Londres reste le rôle important de la Turquie au sein de l’OTAN et sa fonction de porte des hydrocarbures du Moyen-Orient et d’Asie Centrale. Un des points les plus importants de la visite était la mise à jour et la signature du « Document de collaboration stratégique entre la Turquie et Royaume-Uni »,  qui avait été signé pour deux ans en 2007 au cours de la visite d’Erdoğan au Royaume-Uni. Selon plusieurs spécialistes, avec la mise à jour de ce contrat, les relations culturelles, la défense et le commerce entre les deux pays s’approfondiront. Selon David Reddaway, Ambassadeur britannique en Turquie, « étant membre du G20 et une force économique ascendante, la Turquie joue un important rôle au sein des Nations unies. Le contrat de collaboration stratégique signé en juillet dernier entre le Royaume-Uni et la Turquie prévoit le renforcement des relations actuelles des deux pays, dont la création des économies de bas carbone constitue la preuve ».

Cameron met également l’accent sur le renforcement des relations entre les deux pays : « Nous souhaitons fortement l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Je sais bien que la Turquie n’est pas contente de garder le camp sans être autorisée à rentrer dans la tente. » Cameron a appelé à surmonter les obstacles d’une adhésion de la Turquie tout en soulignant son rôle dans le domaine de la sécurité de l’Europe, sa contribution à la guerre en Afghanistan et son alliance avec l’OTAN. Il a également ajouté : « Nous souhaitons la réalisation de la route d’Ankara jusqu'à Bruxelles ». Dans la presse turque, ces explications de Cameron sont comparées avec le discours de Tony Blair de 2001 à la bourse polonaise, où il soulignait l’appui du Royaume-Uni à l’élargissement de l’Union : « L’élargissement vers l’Est peut être le plus grand défi de l’Union européenne, mais je crois qu'il est sa plus grande opportunité. Sans élargissement, il y aura la menace de l’instabilité, du conflit et de l’immigration massive aux frontières de l’ouest de l’Europe. »

David Cameron : « Le plus puissant avocat de la Turquie »

Dans les relations anglo-turques, l’Angleterre soutient fortement la Turquie dans son processus d’adhésion à l’Union européenne et la considère comme le pays possédant le plus grand potentiel économique de l’Europe. La Turquie représente donc pour le Royaume-Uni un collaborateur stratégique et économique. Pour Ankara, cette visite est cruciale au moment où plusieurs voix affirment que les relations entre la Turquie et les États-Unis sont abîmées, parallèlement aux relations dégradées avec Israël. Un long processus vers l’UE… Même si les relations entre Londres et Ankara semblent au beau fixe, plusieurs zones d’ombre demeurent, notamment la question de Chypre, dont Londres est historiquement proche. Faute de résolution du différend chyprio-turc, il ne faut pas s'attendre à un véritable appui de la part du Royaume-Uni. Quand on a demandé à David Cameron quel rôle le Royaume-Uni pouvait jouer dans le processus de la résolution de la question chypriote, il a précisé qu’il faudrait immédiatement résoudre ce problème qui crée un obstacle à l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne et qu’il donnerait son appui à la Turquie à cet égard.

Dans la presse turque et européenne, la question chypriote est considérée comme l’un des plus grands obstacles dans les relations entre la Turquie et l’UE. Elle empêche l’ouverture de huit chapitres de négociations et rend presque impossible la clôture des autres chapitres. Le processus de l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne ressemble ainsi à un film au ralenti. Pour la Croatie dont les négociations avec l’UE avaient débuté au même moment que la Turquie, la date de l’adhésion prévue est 2011, tandis que pour Ankara, 2023 est un objectif encore lointain et incertain.

La visite de Cameron en Turquie a renforcé le partenariat entre les deux pays. Loin de se réduire au « cheval de Troie » de la Turquie en Europe, Londres peut démontrer sa capacité à peser sur Ankara pour un certain nombre de dossiers sensibles comme Chypre, l’Iran, le processus de paix et la poursuite des réformes en Turquie. Au bénéfice de tous les Européens.

 

Pour aller plus loin

Sur Nouvelle Europe

Sur Internet

  • « Cameron 'anger' at slow pace of Turkish EU negotiations » sur   bbc.co.uk, juillet 2010 (en anglais) 
  • « Cameron slams opponents to Turkey's membership of EU »  sur France24 (en anglais)  
  • « William Hague welcomes "new strategic partnership" with Turkey » , par Dr.Hanan Chehata sur  middleeastmonitor.org.uk (en anglais) 
  • « The Role of Transatlantic Relations in the New World Order », Chatham House, chathamhouse.org.uk (en anglais)
  • « Cameron: Türkiye Avrupalı bir ülke  », sur  hurriyet.com.tr , juillet 2010 (en turc) 
  • « Cameron, Ankara'dan Brüksel'e yol istedi  »,  sur cnnturk.com.tr , juillet 2010 (en turc)
  • « Cameron: Türkiye-İngiltere ilişkilerinde 'altın çağ' yaşanıyor », sur euractiv.tr, juillet 2010 (en turc) 
  • « Türkiye: Çemberin içinde mi dışında mı? », écrit par  Joost  Lagendijk sur  radikal.com.tr , août  2010  (en turc)

À lire 

  • GEORGE Stephen, An Awkward Partner: Britain in the European Community, Oxford University Press, 1998  
  • « David Cameron warns EU not to shut Turkey out » écrit  par  Nicholas Watt , juillet 2010 (en anglais) 

Illustration :  10 Number, Prime Minister David Cameron, 2010, accédé 27 octobre 2010, sur Flickr 

 

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