Angela Merkel : une figure européenne

Par Pauline Joris | 25 février 2007

Pour citer cet article : Pauline Joris, “Angela Merkel : une figure européenne”, Nouvelle Europe [en ligne], Dimanche 25 février 2007, http://www.nouvelle-europe.eu/node/121, consulté le 25 novembre 2020

angelamerkelFemme, divorcée et protestante à la tête d'un parti majoritairement masculin et catholique, conservatrice, première femme et plus jeune chancelière d'Allemagne, ayant grandi au Nord de Berlin, pro-américaine, fille d'un pasteur exerçant en Allemagne de l'Est, atypique, … voici quelques-unes des expressions qui reviennent le plus souvent dans les articles de presse francophone pour décrire Angela Merkel et qui permettent imparfaitement de cerner sa personnalité.

Portrait de la femme qui depuis l'automne 2005 est à la tête du plus peuplé des Etats membres de l'Union européenne et qui préside jusqu'en juin 2007 le Conseil de l'UE.

De la physique à la politique

La politique ne fait partie de sa vie que depuis une quinzaine d’années, depuis le tournant de ce fameux mois de novembre 1989 en Allemagne.

Née à Hambourg en juillet 1954, Angela Merkel, née Kasner, a quitté l’Allemagne de l’Ouest quelques mois plus tard. Elle passe une grande partie de son enfance à Templin, au Nord de Berlin, où elle réussit brillamment ses études secondaires. La physique est sa spécialité. Elle épousera d’ailleurs en 1977 un physicien, Ulrich Merkel, dont elle a gardé le nom après leur divorce et son remariage. Elle obtient son doctorat de physique à l’université de Leipzig et travaille dès lors, jusque 1990, à l’Académie des sciences de la République Démocratique allemande (RDA), à Berlin. Elle n’a alors aucune activité politique.

Le 9 novembre 1989 change les choses. Angela Merkel s’engage au sein du mouvement Demokratischer Aufbruch qui n’a alors aucune couleur politique affichée. Elle devient porte-parole du premier gouvernement démocratiquement élu de RDA, dirigé par le chrétien-démocrate Lothar de Maizières. Elle est par la suite élue députée sur les listes de la CDU en mars puis en décembre 1990.

Helmut Kohl la prend sous son aile ; on la surnomme alors « Kohl Mädchens », une gamine de Kohl. Elle sera ministre de la famille, de la jeunesse et de la condition féminine de 1991 à 1994, puis ministre de l’environnement jusqu'à la victoire de la coalition Rot-Grün et le premier gouvernement Schröder en septembre 1998.

Elle prend de l’ascendant dans la vie politique et n’hésite pas, en 1999 lors du scandale des caisses noires de la CDU éclaboussant entre autre Helmut Kohl, à tuer son père politique en condamnant ces pratiques et leurs acteurs dans une tribune sans appel dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung.

Elle finit par prendre la tête du grand parti conservateur en avril 2000, mais c’est le président de parti conservateur bavarois de la CSU, Edmund Stoiber, qui est désigné à la tête de l’Union (CDU-CSU) pour les législatives de 2002. Ces élections sont remportées par la coalition Rot-Grün, ce qui donne l’avantage à Angela Merkel de ne plus avoir d’opposant interne. Elle arrive à imposer son profil atypique et l’idée qu’une femme, de l’Est, puisse mener la campagne du parti conservateur face à l’excellent communiquant qu’est Gerhard Schröder.

Les élections anticipées du 18 septembre 2005 ne représentent cependant pas la victoire tant attendue par la CDU-CSU. Ce sera donc une grande coalition entre le parti social-démocrate SPD (34,2 % des suffrages) et les partis conservateurs de l'Union (35,2 %) mais le chancelier allemand sera bien une femme : le 22 novembre 2005, Madame Merkel est élue Bundeskanzlerin, chancelière allemande.

Angela Merkel : sous les feux de la scène européenne

 

La politique étrangère de l’Allemagne depuis l'automne 2005 n’est pas strictement celle de la CDU. Le ministre allemand des affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, appartient en effet au SPD et est considéré comme un proche de Gerhard Schröder dont il a été le chef de la Chancellerie fédérale entre 1999 et 2005. CDU et SPD ont ainsi des avis opposés quant à l’avenir de l’Union européenne comme sur la question de l’adhésion de la Turquie à l’UE, le premier y étant opposé et le deuxième favorable.

 
 

Officiellement investie à la fin du mois de novembre 2005, Angela Merkel participe à son premier Conseil européen les 15 et 16 décembre à Bruxelles.

 

Or, après l’échec d’un accord sur les perspectives financières de l’UE pour la période 2007-2013 - à cause principalement de l’égoïsme des pays membres les plus riches comme le rapporte Jean-Claude Juncker, Premier ministre luxembourgeois et alors président de la Présidence tournante du Conseil de l’UE (voir sa conférence de presse) - la pression est grande sur les chefs d’Etat et de gouvernement des Etats membres de l’Union.

 

Angela Merkel fait à l’occasion de ce Conseil une entrée remarquée sur la scène européenne. La presse européenne dans son ensemble loue sa préparation du Conseil et sa fine diplomatie qui ont entre autre permis qu’il y ait accord sur le budget, un accord certes imparfait mais un accord tout de même. « Le sommet-Merkel » va jusqu’à titrer le 17 décembre 2005 le quotidien de gauche la Süddeutsche Zeitung.

 
 
 

Elle est de plus une des rares personnalités politiques de premier plan à ouvertement critiquer la guerre en Tchétchénie ou les limites de la démocratie russe lors de ses entretiens avec Vladimir Poutine (16 janvier 2006) ou, encore à parler de « crise de confiance » entre l’UE et la Russie à propos de la coupure de 3 jours en approvisionnement en gaz à destination de la Biélorussie et de l’Ukraine en janvier 2007.

Mais les enjeux européens auxquels Angela Merkel, présidente en exercice du Conseil de l'UE jusque juin 2007, est aujourd'hui confrontée sont de tailles. Rappelant lors de la présentation du programme de la présidence allemande devant le Parlement européen que de par son histoire personnelle, elle a une vision qui a longtemps été extérieure à la "maison" européenne, elle s'est dit résolue  à trouver des "solutions européennes aux défis du XXIème siècle."

 

Elle qui a longtemps caché son jeu - et finalement profité du fait que toujours on la sous-estime - devra mettre en œuvre tous ses talents pour relancer la réforme institutionnelle de l’Union. 

 

Quelques vidéos d'entretiens d'Angela Merkel :

- La conférence de presse qu'elle a tenue au Parlement européen le 17 janvier 2007 après sa présentation du programme de la Présidence allemande du Conseil de l'UE. 

-  L'émission France, Europe, Express du dimanche 14 janvier 2007 sur France 3 dont Angela Merkel était l'invitée.

Une publication :

- "Les premiers pas de la Grande coalition" in La revue Allemagne aujourd'hui, n° 175 (janvier-mars 2006), presse du Septentrion 

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