1957-2007 : L’avant, l’à côté et l’après

Par admin | 29 mars 2007

Pour citer cet article : admin, “1957-2007 : L’avant, l’à côté et l’après”, Nouvelle Europe [en ligne], Jeudi 29 mars 2007, http://www.nouvelle-europe.eu/node/156, consulté le 01 juillet 2022

together

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"Together since 1957" clame le logo-anniversaire. Adopté à la suite d’un concours lancé par la Commission européenne, il a suscité un débat vif à Bruxelles mais instructif. L'occasion pour nous de revenir sur 50 ans de construction européenne sous un biais un peu décalé: l'Europe avant l'Europe, l'Europe vue d'ailleurs et le futur de l'Europe !

Tout d’abord, le « Together » : un message en une seule langue, ce qui a hérissé les amoureux des 22 autres langues officielles. D’autant plus que nous ne sommes « together » que depuis 1974 ! C’eut été impossible avant puisque aucun Etat membre n’avait l’anglais pour langue officielle. On est « ensemble » ou « zusammen » depuis 1957 mais certainement pas « together ».

D’ailleurs, cette vision des choses semble oublier qu’il y a eu une construction européenne avant la CEE : le Conseil de l’Europe et la CECA, dont le cinquantenaire qui signait sa mort (elle avait été conclue pour 50 ans en 1951) est passé totalement inaperçu. Cinquante ans de construction communautaire sont l’occasion de revenir sur les précurseurs de l’idée européenne, ces « grands pères de l’Europe » comme Coudenhove Kalergi dont certaines analyses sont tout à fait d’actualité. C’est aussi l’occasion de se pencher sur la méthode communautaire, celle prônée par Jean Monnet, dont Renaud Dehousse plaide la modernité et l’utilité pour relancer une intégration grippée.

Et même après 1957, nous n’étions pas ensemble. Comment des Slovaques, des Bulgares et Estoniens peuvent-ils se reconnaître dans cet anniversaire ? En 1957, les Polonais et les Hongrois pansaient les plaies douloureuses de la répression soviétique de l’année précédente : ils vivaient un « vmeste » (« ensemble ») difficile avec l’URSS ! Le Traité de Rome est passé quasiment totalement inaperçu à l’Est jusque dans les années 1980, comme le souligne Kryztof Pomian ou comme me le racontait Aksel Kirch, le directeur du département des études européennes à l’Université Audentes de Tallinn, lors de son dernier séjour parisien. La Guerre Froide mobilisait les esprits, à l’Est et à l’Ouest.

Enfin, ce logo est l’expression même d’une Europe marketing (avec son « esprit de marque ») qui a de moins en moins de légitimité pour les citoyens. Et partout en Europe, la question de la légitimité de la construction européenne est l’un des défis auquel l’UE sera confrontée dans les années à venir.
Elle a su devenir légitime en s’attaquant à des problèmes concrets dès son origine et ses citoyens, tout du moins certains, lui reprochent aujourd’hui d’apparaître comme le problème plutôt que comme la solution.
Certes, les Estoniens s’en contentent comme me le disait Monsieur Kirch, car ils ont 11% de croissance. Mais en Europe de l’Ouest et plus particulièrement en France, l’usage régulier de l’Europe comme le parapluie de toutes les réformes impopulaires l’a décrédibilisée.

« Together » (en 23 langues) est donc sûrement plus un objectif pour l’avenir qu’un constat pour le passé, pour faire face aux défis de la mondialisation, à la crise du politique mais aussi au besoin d’utopie de toutes les sociétés européennes.